Commandez

Catalogue de la SEFEL l www.libres.org

Publication trimestrielle depuis plus de 40 ans, le Bulletin rend compte de la vie de l’ALEPS mais il propose aussi dans chacun de ses numéros plusieurs études de ses administrateurs, dont Fred Aftalion, Axel Arnoux, Jacqueline Balestier, Jean Philippe Feldmann, Georges Lane, Bertrand Lemennicier, Pascal Salin, Patrick Simon.

50 pages, Abonnement  annuel : 50€,  numéros anciens 5€ suivant disponibilité

Bulletin d'abonnement

Portait

Le monétarisme de l’école de Chicago

« L’anti-Keynes » : ainsi a-t-on qualifié Milton Friedman, bien que Keynes ait été contesté dès les années 1930 par l’école autrichienne.

Lire la suite...
Quand la loi tombe dans la rue PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 07 Mars 2016 00:00
Je suis Chienlit l www.libres.org

Le bonheur est dans le pré, mais le pouvoir est dans la rue. Les avatars de la démocratie française nous portent vers les rivages de la guerre civile, ou de quelque chose qui peut lui ressembler. On a connu la chienlit de mai 1968, ou décembre 1995, ou mars 2006, en voici une nouvelle édition, mais en plus inquiétant.

.

 

 

Les hostilités entre pouvoir légal et pouvoir réel ont éclaté sur plusieurs fronts : le front corporatiste, avec taxis, pilotes, auto-écoles, le front écologique avec Notre Dame des Landes, le front paysan avec éleveurs et producteurs de lait et le front de la loi travail, avec l’annonce de mobilisation générale, animée par les lycéens et étudiants dès demain.

Certes la liberté de réunion, la liberté de coalition, la liberté de manifestation sont des libertés publiques fondamentales. Mais peuvent-elles s’exercer au détriment des libertés personnelles de se déplacer, de travailler, de communiquer, de contracter ? Peuvent-elles ignorer le principe constitutionnel de la démocratie représentative, qui suppose que la souveraineté du peuple s’exprime par des élections libres, par le choix de représentants et par le vote de la loi par le Parlement ?

A ces deux questions, la réponse aujourd’hui est oui : oui au pouvoir de la rue, oui à la contestation de la loi.

Le pouvoir de la rue s’explique par l’impuissance de la loi quand elle procède de l’ordre créé par un législateur qui ignore le droit. Pour parler comme Hayek, disons que la législation ne peut passer pour de la loi, et que le déclin du droit est aujourd’hui un fait accompli et dramatique pour la société. Comment les règles sociales peuvent-elles varier suivant le caprice d’un gouvernement ou d’une majorité éphémères ? Les avatars de la « loi » El Khomry illustrent cette dramatique erreur.

Règle sociale : « Les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites » (code civil, art. 1134, al. 1). Comment ce principe a-t-il été reconnu par les rédacteurs du Code Civil et respecté pendant un bon siècle ? Parce qu’il procédait d’une longue évolution, amorcée dès le droit romain, éprouvée avec la féodalité, mûrie par les idées de la liberté des 17ème et 18ème siècles. Il se trouve que la tradition étatiste est revenue sur cet acquis de la Révolution et que l’emprise du pouvoir central s’est à nouveau affirmée. Ainsi le « droit du travail » est-il devenu le « droit social » (titre bien choisi pour la grande revue française de droit du travail). Au contrat individuel, de droit commun, s’est substituée la négociation collective. Dans un article demeuré célèbre (en 2003 dans la revue Droit Social bien sûr), le professeur Alain Supiot remarquait que le patronat a suivi les syndicats dans leur idée de « partenaires sociaux » : des deux côtés on a éliminé le contrat pour lui substituer un statut. Bien conseillés par Raymond Soubie, le gourou du droit social, les gouvernements « de droite », de Raymond Barre à Sarkozy, ont suivi le mouvement. Aujourd’hui, seuls les libéraux osent encore parler du contrat individuel de travail. C’est pourquoi je ne considère pas la « loi travail » comme un texte accompli : si le coup porté aux 35 heures et le principe de négociations au niveau de l’entreprise vont dans le bon sens, le caractère personnel du contrat n’y est pas reconnu.

L’ordre ainsi créé artificiellement par des conventions collectives aurait pu s’installer s’il n’était devenu un désordre. Cette lapalissade signifie que le statut imposé aux employeurs et aux employés n’a cessé de varier au gré de la vie politique. Aujourd’hui, il n’y a rien de plus incertain que le soi-disant droit du travail, et c’est bien là une des causes du chômage : ladite rigidité du marché du travail s’entend en réalité d’une ignorance de la loi du marché et d’une réécriture quotidienne des règles du jeu.

Par là-même les faiseurs de législation ont perdu toute crédibilité dans l’opinion publique, et les gens descendent dans la rue. Le Parlement est d’une représentativité douteuse, et surtout il a laissé la place à l’exécutif : c’est le gouvernement qui légifère, les députés se couchent. Certains proposent même une législation par ordonnances, estimant que les députés ne se couchent pas assez vite.

Vous vous direz que je me suis éloigné de mon sujet. Je ne le crois pas. C’est que la manifestation de demain contre la « loi » El Khomry est bien la révolte des partisans du statut qui observent un frémissement contractuel dans les relations de travail. Et que les manifestations des paysans sont dirigées contre la politique agricole commune, exemple typique de législation arbitraire, que les écologistes sont ulcérés de la lenteur avec laquelle on met en place une législation de leur crû, que les corporations se dressent contre la perte éventuelle de leurs privilèges, ayant obtenu dans le passé une loi privée (priva lex) dérogatoire du droit commun, c'est-à-dire de la règle sociale de la liberté d’entreprendre.

Alain Supiot, qui n’est évidemment pas libéral mais qui est honnête et lucide, conclut son article ainsi : Un dirigeant chinois, interrogé récemment sur l'horizon institutionnel de son immense pays, répondit qu'il devait se mettre à l'école de l'Occident et devenir une "dictature démocratique". Aujourd’hui, en France, nous y sommes.

 
More Articles :

» Beaucoup d’emplois créés, mais toujours plus de chômeurs

Beaucoup plus d’emplois créés en 2016 : de quoi chanter victoire dans les sphères gouvernementales, et même patronales. Mais quels emplois ? Pour combien de temps et dans quels secteurs ? Ces interrogations éclairent en partie le...

» La défaite de la CGT : enfin la paix sociale ?

Battue dans les urnes, sa présence dans la rue et les médias n’est pas atteinte

» Mise en examen de Pénélope Fillon

Fort heureusement, la mise en examen de Pénélope Fillon, à la suite d’une instruction « à charge » et d’une « célérité inhabituelle » (Me Cornut-Gentil) a eu peu d’écho puisque les médias ont été occupés à commenter : le...

» La campagne serait-elle enfin commencée ?

Dix millions de téléspectateurs, pendant trois heures et demie. Trois utopistes, un illusionniste et un président. Voilà ce qu’on retiendra de cette émission dont certains pensent qu’elle a ouvert la campagne. Il est vrai qu’à quelques...

» Les successions promises à un bel avenir

La conjoncture présente est à la fois immobilière et politique. Immobilière : nous avons analysé récemment les raisons du renouveau de l’attrait des Français pour la propriété immobilière (NL 1304) : prévenir une hausse des taux de...

Flashes du jour

Macron guérit des écrouelles

Emmanuel Macron en visite à la Faculté de Droit de Lille

 

Lire la suite...

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1323 du 23 mai 2017


Editorial : Garder son sang froid

Conjoncture : Etat actionnaire : des privatisations en vue ?

Actualité  : Les Etats-Unis de retour au Moyen Orient

Spécial présidentielles  : Ce qui attendrait les Français après le 18 juin - La guerre du Code du Travail n’aura pas lieu - Hausse de la CSG : inefficace et injuste - Le programme des Républicains est-il attrayant ?

Actualité libérale

Acheter le numéro

Revue des Livres

Jacques De Guenin

Œuvres complètes de Bastiat

Le livre à lire cette semaine n’est pas celui d...

Pascal Salin

FREDERIC BASTIAT PERE DE LA SCIENCE ECONOMIQUE MOD...

Vous pourrez tomber à votre tour sous le charme d...