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Innovation et destruction créatrice

C’est certainement au titre de sa théorie de l’innovation et de la destruction créatrice que Schumpeter est le plus connu. Il a le mérite de replacer au cœur de l’économie le personnage de l’entrepreneur, totalement oublié depuis Jean Baptiste Say.

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L’affaire Ghosn : avatar d’un capitalisme dévoyé PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Mercredi, 11 Mai 2016 00:00

La vraie gouvernance exige un marché financier libéré

 

On peut voir dans l’affaire Ghosn une simple passe d’armes entre deux fortes individualités. On peut aussi expliquer l’ardeur de notre jeune ministre de l’Economie par son désir de marier entreprise capitaliste et justice sociale, couple utopique de la sociale démocratie. D’ailleurs, la rémunération des grands patrons scandalise beaucoup de Français, même ceux qui acceptent les salaires des footballeurs et les cachets des artistes.

En réalité, il s’agit d’un débat bien plus important, qui agite la science économique depuis les années 1930 et a rebondi avec la crise de 2008.

Entre les deux guerres mondiales, l’émergence aux Etats-Unis des « grands trusts » industriels (pétrole, sidérurgie, mécanique, électricité) a accrédité la thèse de la fin prochaine du système capitaliste. La thèse devait beaucoup au marxisme : victime de ses « contradictions internes », le capitalisme court à sa perte. Les profits s’accumulent dans de grandes sociétés qui produisent en très grande quantité et à coûts décroissants (« courbes plates » de Srafa), balayant les PME, rendant la révolution prolétarienne inéluctable, même si elle était retardée par l’impérialisme (exploitation commerciale des colonies). La crise de 1929 permettait à Schumpeter, bien qu’adversaire du marxisme, d’annoncer la disparition du capitalisme (Socialisme capitalisme et démocratie ). Berle et Means expliquaient le volet juridique de cette apocalypse : les actionnaires des grandes sociétés n’avaient plus aucun contrôle des dirigeants, les assemblées générales étant entre les mains d’une minorité de gros porteurs. S’ouvrait ainsi « L’ère des managers » (Burnham). Un dernier pas était franchi dans les années 1950 avec Galbraith : dans les pays capitalistes, le pouvoir a échappé aux actionnaires propriétaires, de même que dans les pays socialistes il avait échappé aux ouvriers ; il était désormais partagé entre grands directeurs, grands syndicats, grandes administrations, de sorte que l’avenir serait à la convergence des systèmes vers un « nouvel Etat industriel ».

Ces funestes prévisions ont été démenties. Aux Etats-Unis, les dinosaures industriels ont disparu et la croissance s’est localisée dans une nuée de PME, la souplesse caractérise l’économie de services. Toutefois le numérique a remis quelques vieilles idées à la mode.

A ma connaissance, c’est Henry Manne qui a expliqué l’erreur. S’il est vrai que les petits actionnaires ne contrôlent plus les assemblées générales, en dépit des réglementations visant à les protéger, il existe un marché financier actif, qui leur permet de mettre en danger des dirigeants qui n’assureraient pas la rentabilité de leurs placements : les cours chutent, menaçant les grands patrons d’une Offre Publique d’Achat ou d’Echange, et des concurrents actuels ou potentiels vont prétendre remettre les entreprises sur la voie du profit et de la distribution de dividendes. Le marché financier est ainsi le vrai gendarme de l’entreprise et le meilleur garant de la propriété privée. Dans le système capitaliste, la gouvernance (mot inventé par Henry Manne) dépend de la chaîne : bonne gestion = satisfaction des clients = profits = satisfaction des actionnaires = cours élevés = confiance aux managers.

Dans cette logique, la rémunération des managers est sous le contrôle des administrateurs, eux-mêmes sous contrôle du marché financier. Le niveau de rémunération fait partie des critères de bonne gestion.

Que se passe-t-il dans l’affaire Ghosn ? Parmi les administrateurs de Renault figure l’Etat, dont le souci essentiel n’est ni la rentabilité de l’entreprise ni la qualité de ses produits. En fait, ici comme dans bien des cas, les administrateurs sont devenus inamovibles et le jeu du marché financier ne les concerne pas, ou pas principalement. Il y a à cela deux raisons :

La première c’est l’esprit de corps : les administrateurs sont choisis au sein d’une élite d’ingénieurs, de financiers, de dirigeants issus des mêmes écoles ou de la même promotion de l’ENA (Voltaire !), et ils siègent dans plusieurs conseils, le système est bien verrouillé.

La deuxième c’est l’altération des cours de bourse par la politique monétaire laxiste, qui donne aux opérateurs la facilité de spéculer et de créer des bulles, au lieu de prendre en compte les seules performances de gestion des entreprises.

Dans les deux cas, c’est l’Etat qui dérègle le système : le choix des administrateurs est guidé par les relations étroites entre dirigeants et hauts fonctionnaires, c’est un avatar de l’économie dirigée, particulièrement sensible en France, Quant à la politique monétaire, elle est l’outil du pouvoir entre les mains des Banques Centrales.

Cette alliance entre classe politique et monde des affaires donne le « capitalisme de connivence », système où la logique du profit n’a plus sa place (on a tout fait pour le diaboliser). La gouvernance a disparu. Le vrai péril n’est pas le capitalisme, mais l’Etat.

 
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Au sommaire du n°1362 du 2 mai 2018

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