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Burkini : la liberté en question ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Mardi, 30 Août 2016 00:00
Polémique l www.libres.org

Dans un premier réflexe j’ai fui le débat sur le Burkini. Il me paraissait tantôt mesquin, trop politisé et trop électoral, tantôt tentaculaire, lié la liberté religieuse, à la nature de l’Islam, à la situation des musulmans de France.

 

 

 

 

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L’arrêt du Conseil d’Etat m’a persuadé que l’affaire avait une dimension encore plus importante que ce qu’il m’avait semblé au premier abord, puisque le concept même de liberté était en jeu.

Je vous donne tout de suite mon point de vue : le port du burkini doit se juger non pas au nom de la liberté, mais au nom de la dignité. La différence est de taille, elle dessine la ligne de démarcation entre libéraux et étatistes, entre libéraux et conservateurs, entre libéraux et libertaires.

De nombreuses voix se sont élevées pour dire que le port du burkini menaçait l’ordre public. Il est vraisemblable que le burkini a été conçu par certains « islamistes radicaux » comme une arme de provocation et de déstabilisation de la société française, ou occidentale. S’il y a menace pour la sécurité intérieure, à la police et à la justice de régler l’affaire : nous voici dans les compétences régaliennes de la puissance publique, si mal assumées. Cette mission incombe donc à l’Etat ou aux maires, l’ambiguïté venant de ce que l’on n’a jamais défini avec précision si c’est à Paris ou à Villeneuve Loubet ou à Nice voire à Marseille que se trouvent les centres de décision et les moyens nécessaires.

On peut être aussi contre le burkini parce qu’il est contraire aux mœurs françaises, à notre « identité nationale » comme dit Sarkozy, c’est un refus d’assimilation. Ce point de vue conservateur pose un problème délicat : qui établit le contenu de cette moralité publique ? Qui fixe les interdits ? Est-ce la loi ? Le Conseil d’Etat a refusé de retenir la référence à la loi du 15 mars 2004 sur les signes extérieurs d’appartenance religieuse, qui ne s’applique qu’aux établissements d’enseignement. De nombreux parlementaires ont dit leur intention de déposer des projets de lois plus précis et plus extensifs dès la rentrée. Mais la loi est-elle de nature à fixer les mœurs, ou à s’adapter aux mœurs, comme beaucoup le prétendent ? Quid des lois Taubira par exemple ? Mitterrand avait fustigé « la force injuste de la loi » et Bastiat n’a cessé de dénoncer l’arbitraire du législateur. La légalité n’est pas la légitimité. Bien évidemment les libéraux ne rejettent pas les règles sociales, ni leur diversité, ni leur évolution. Mais ces règles doivent naître d’un ordre spontané, et non d’un ordre créé.

Le Conseil d’Etat a préféré déclarer les décrets municipaux attentatoires aux libertés individuelles. C’est le point de vue de nombreux hommes de gauche, mais aussi de droite. Mais, là encore, qui définit le contenu des libertés individuelles ? S’agit-il des déclarations des droits et des traités internationaux ? On s’inscrit alors dans la logique de la hiérarchie des normes, que les libéraux ont toujours rejetée. Ou alors on se range dans le camp des libertaires (certains diront libertariens, bien que le vocable soit ambigu), on admet que la liberté est sans limite et que nul ne peut en contrôler l’usage. Mais la liberté des autres n’est-elle pas une limite ?

C’est ici, je crois, que l’on vient au nœud du problème : la liberté, pour quoi faire ? J’appartiens à cette catégorie de libéraux qui estiment qu’elle n’est pas un objectif en soi, mais un simple chemin : un viatique de chaque être humain vers son épanouissement personnel, un état des relations sociales qui permet aux êtres humains d’affirmer et de faire respecter leur dignité personnelle (ce que l’on appelle au sens strict le « bien commun »).

La question du burkini revient alors à celle-ci : le burkini porte-t-il ou non atteinte à la dignité de celle qui le porte ? Suivant un point de vue souvent exprimé ces derniers jours, porter un vêtement de bain sur la plage relève davantage d’une mode (comme celle des seins nus), que d’une démonstration religieuse ou politique. Et ce serait céder au vertige des phobies nées des attentats que de dramatiser l’affaire. Mais il est tout aussi justifié de voir dans le burkini la traduction d’un statut mineur de la femme, une règle tribale inégalitaire, qui ne s’affiche pas seulement sur les plages de la Cote d’Azur, mais dans plusieurs régions du monde. Les hommes dignes et libres devraient se faire un devoir d’effacer ces traces d’indignité comme on a pu le faire naguère pour l’esclavage politique (pays soumis à la dictature, en particulier communiste), ou l’esclavage marchand (qui n’a pas disparu de la planète). Alors oui, je serais contre le port du burkini, non parce qu’il porte atteinte à l’ordre public, ou à l’identité française, ou à la laïcité républicaine, ou à la législation, mais parce qu’il attente à la dignité de la femme.

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1341 du 15 novembre 2017

Editorial : La voix de son maître
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