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Les partis : piliers ou prédateurs de la démocratie ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Mercredi, 22 Novembre 2017 00:00

Ils peuvent être l’un ou l’autre, suivant leurs modes de constitution et de fonctionnement.

Cette réflexion ne m’a pas été inspirée principalement par les débats autour des mandats de Christophe Castaner, qui relèvent à mes yeux de l’insupportable tintamarre médiatique. Ce sont plutôt les problèmes d’Angela Merkel qui attirent notre attention sur la démocratie allemande et la place tenue Outre Rhin par les partis.

 

 

 

Les partis tiennent dans une démocratie représentative le rôle d’écran entre les citoyens et les parlements investis en principe du pouvoir législatif et du contrôle du pouvoir exécutif. Par comparaison les partis sont inutiles ou mineurs dans une démocratie directe, où les citoyens ont directement accès à la production de lois et au contrôle de leur application.

Mais quel est le type d’écran mis en place ? Un écran-filtre qui transmet au pouvoir la quintessence des choix des électeurs ou un écran-cloison qui sépare pouvoir et citoyens, société civile et société politique ?

Les premiers partis apparus avec le parlementarisme anglais au 17ème siècle se sont constitués sur des oppositions tranchantes : whigs protestants et libéraux, tories anglicans et étatistes. Au milieu du 18ème siècle Républicains et Démocrates américains s’affrontent autour du problème de l’esclavage et du fédéralisme. Certes ces conditions constituantes ont pu s’amender au fil du temps, certes elles n’ont pas rassemblé la totalité des citoyens (dont un grand nombre peuvent se désintéresser et de la politique et de la démocratie), mais elles ont permis une identification et une simplification pour la dévolution du pouvoir. On vote pour des idées, des valeurs et des croyances, à travers un parti.

C’est plutôt sur ce modèle que fonctionnent actuellement les partis allemands, et ceux de nombreux pays démocratiques. Si Angela Merkel ne parvient pas à recueillir une majorité c’est que le FDP est un parti libéral, que les Verts et l’Alliance 90 sont des partis écologistes, et si la CDU de Merkel et la CSU de Seehofer, tous deux partis chrétiens-démocrates, ont proposé un programme commun de gouvernement, cela n’empêche pas les Bavarois du CSU de se séparer de la CDU sur des questions sociétales, comme l’immigration.

Ce sont précisément les divergences doctrinales qui rendent impossible la constitution d’une coalition de gouvernement. Quant à la « grande coalition » entre chrétiens démocrates et socialistes (SPD), elle est une mise à l’écart des divergences doctrinales, et elle s’est avérée impraticable à terme.

Par comparaison, les partis français les plus souvent au pouvoir, gauche et droite confondues, se présentent essentiellement comme des machines électorales. Leur objectif prioritaire est de remporter les prochaines consultations. Quelle place tiennent déjà les élections européennes de 2019, alors même qu’on sort à peine des scrutins de 2017 ! Des professionnels de l’élection Chez nous les partis sont conçus et fonctionnent actuellement par et avec des professionnels de la politique. Ils se disent « pragmatiques » pour ne pas avoir à s’encombrer d’une doctrine « clivante » qui les empêcherait d’aller chercher des voix « ailleurs », ou « d’appoint ». L’analyse des choix politiques (public choice de Buchanan et Tullock) a démontré l’incapacité des partis « électoralement motivés » à réunir des majorités s’ils s’écartent du centre, du « marais ». « La France doit être gouvernée au centre » (VGE). Les partis affichant des idées plus tranchées et plus marquées idéologiquement n’ont que peu de chances de gagner les élections. En revanche, le succès (impensable au départ) de Macron a tenu à l’effacement de toute doctrine autre que celle du changement (forme subtile et policée du populisme) : c’est l’auberge espagnole, c’est le « rassemblement » de tout et son contraire. La professionnalisation des partis est renforcée par la loi Balladur sur le financement : seuls les partis en place peuvent recevoir les subventions de l’Etat. Créer un parti et avoir des élus deviennent d’excellentes affaires. Il n’y a donc que très peu de chances de faire émerger un parti nouveau porteur de doctrine nouvelle.

La conséquence de la professionnalisation est dramatique et tue réellement la démocratie. D’une part, les citoyens sont de plus en plus mal représentés par leurs élus et la classe politique se sclérose et se déconsidère. Elle n’a pas besoin de talents, elle veut des gagnants. La société civile écartée et désagrégée D’autre part, les citoyens (et surtout ceux qui ont du talent) se désintéressent de la vie publique et la société civile se délite. Il n’existe plus de cellule de réflexion, ni de corps intermédiaire entre l’Etat et les individus. La servitude s’installe avec le désintérêt et le désengagement.

Je vous livre cette analyse pour indiquer ce qu’il nous reste à faire pour éviter la servitude et reconquérir la liberté : s’ancrer dans la doctrine, la décliner pour les diverses communautés, professions, âges et familles de la société, multiplier les forums et les clubs. Préparer ainsi un vrai retour à la démocratie et la naissance d’un vrai parti libéral.

 
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Au sommaire du n°1361 du 25 avril 2018

Editorial : La sueur des autres
Actualité
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Connaissance du libéralisme :
La concurrence sauvage
Lu pour vous :
Pierre Bentata, Les désillusions de la liberté


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