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D’Aristote à René Girard, ils ont abordé les thèmes de l’éternel humain : la nature de l’homme, son destin, sa conscience, la liberté, le pouvoir, la religion, la vie, la vérité, etc. Dans une société où le paraître l’emporte largement sur l’être, se rapprocher des philosophes nous aide à retrouver ce qui importe à long terme, ce qui est le fond de notre humanité et ce qui donne valeur à notre liberté.

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L’intérêt général, fruit des intérêts personnels

Turgot partage sans doute avec Adam Smith la paternité de la science économique ; contemporains, les deux hommes n’ont cessé de correspondre et de s’influencer mutuellement. Puisque l’économie se ramène au jeu de l’échange, les divers acteurs de la production y recherchent leur intérêt personnel. Les conflits d’intérêts sont naturels, mais ils se règlent harmonieusement par le contrat. Par contraste vouloir établir d’en haut un intérêt général et recourir à la puissance publique pour l’imposer ne fait que contrarier les intérêts des uns pour mieux servir les intérêts des autres. C’est en cela que les procédures marchandes sont supérieures aux administrations politiques.

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La répartition en faillite PDF Imprimer Envoyer
Écrit par La rédaction   
Jeudi, 07 Juin 2012 01:00

Pour assurer notre retraite, nous sommes tous soumis à un système public et obligatoire. Il existe aussi des retraites complémentaires ou des régimes spéciaux, et encore des assurances-vie ou des plans d’épargne.

Mais je voudrais avec vous m’en tenir au seul système public et obligatoire, qui concerne plus de 80 % des Français,  et qui est un système par répartition.

La répartition est simple. Les actifs payent pour les retraités. Les uns sont jeunes, les autres âgés : quoi de plus sympathique que de faire entretenir ceux-ci par ceux-là ? Dans les familles on a pratiqué la méthode durant des siècles : les parents se sacrifient pour les enfants, jusqu’à ce qu’à leur tour les enfants prennent en charge les parents. Mais la ressemblance avec la famille est trompeuse : d’une part cette solidarité entre générations était volontaire et accompagnée de rapports affectifs, d’autre part ceux qui donnaient et ceux qui recevaient se connaissaient et pouvaient adapter leurs contributions et leurs aides aux situations individuelles. En passant de la répartition familiale à la répartition « sociale » on est entré dans une logique de redistribution obligatoire et bureaucratique, et dans l’anonymat puisque les cotisants ne connaissent pas les pensionnés.

Je vous engage déjà à détromper ceux qui autour de vous croient que l’argent qu’ils payent chaque mois est mis de côté jusqu’à l’âge de leur retraite. Non : cet argent n’est pas plus tôt rentré dans les caisses de l’URSSAF (organe collecteur des cotisations sociales) qu’il va dans celles des Caisses Nationales d’Assurance Vieillesse qui s’en servent immédiatement pour servir les pensions des retraités adhérents. 

La répartition est explosive Il faut évidemment qu’il y ait assez d’argent des actifs cotisants pour payer les pensions des retraités. En 1960, il n’y avait aucun souci, pour un retraité il y avait 4 actifs, mais en 1980 il n’y en avait plus que 2,4, puis en 2000 1,5, aujourd’hui 1,25 et à partir de 2020 il y aura plus de retraités que d’actifs.

La raison en est bien simple : la population française vieillit, de sorte que le Français qui avait le bon goût de mourir avant de partir à la retraite ne coûtait rien à l’assureur, alors qu’aujourd’hui il a l’indécence de vivre jusqu’à 70 ans passés, donc de toucher sa pension pendant plus de dix ans.

A l’autre bout de la chaîne, les jeunes Français entrent en activité bien plus tard, et un quart des jeunes est au chômage. Les chômeurs, quel que soit leur âge, ne cotisent pas. Il y en a près de trois millions à l’heure actuelle. Si la composante « chômage » peut s’améliorer, en revanche le vieillissement – et c’est heureux – ne changera pas de si tôt. 

J’ai compris le fonctionnement de la répartition en me rappelant les problèmes de plombier que l’on m’avait donnés à l’école, avec les baignoires qui se remplissent et se vident. Le débit du robinet doit être suffisant pour compenser l’eau qui est évacuée par la bonde.

Quand le niveau de la baignoire baisse, deux solutions :

  • on augmente le débit du robinet : cela correspond à la hausse des cotisations (en augmentant leur taux ou leur base) ou à l’allongement de la durée de cotisation.
  • on ferme un peu la bonde : on baisse des pensions en reculant l’âge de la retraite, ou en modifiant les modalités de leur calcul.   

A ce jour, les réformes réalisées pour échapper au piège de la répartition ont été des réformes de plombiers, c’est ce que l’on appelle les « ajustements paramétriques ». Malgré les réglages successifs,  la baignoire se vide sans cesse et les déficits du seul régime d’assurance vieillesse des travailleurs salariés n’ont cessé d’augmenter. En moins de cinq ans, ils sont passés de 5 à 11 milliards d’euros, il se creuse de plus en plus vite.

Non seulement les réformes sont inefficaces et sans cesse réformées, mais je les trouve injustes, à plusieurs titres. Tout d’abord, les assurés sont prisonniers du système et on leur annonce en cours de carrière, ou même pendant leur retraite, que les droits qu’ils avaient acquis sont diminués par décision unilatérale de l’assureur. Il n’y a aucun recours contre ces changements qui me semblent arbitraires, puisque légitimés au seul argument qu’il n’y a plus assez d’argent dans la caisse. D’autre part, les pensions représentent une part très importante des revenus des personnes âgées de condition modeste, de même que la hausse des cotisations est plus douloureusement sentie par ceux qui ont un faible pouvoir d’achat. Enfin, si les individus et ménages aux revenus plus élevés ont les moyens de se protéger contre la faillite – et tant mieux pour eux -  les autres ne les ont pas.

Mise à jour le Jeudi, 11 Octobre 2012 14:22
 

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Au sommaire du n°1362 du 2 mai 2018

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