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Etes-vous adeptes et satisfaits de la pensée unique ? Ces portraits montrent l’extrême richesse de l’histoire de la pensée économique, d’Adam Smith à nos jours. Ils vous font découvrir les permanences (les problèmes économiques) et les oppositions (les doctrines économiques).
Dépenses publiques et impôts d’un côté, ou libre échange et libre entreprise de l’autre : ce débat actuel s’est noué avec Say et Malthus, se poursuivant entre Bastiat et Marx, puis aux 20ème siècle par Keynes et Hayek – par exemple.

48 pages, 22 portraits, 5€

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L’intérêt général, fruit des intérêts personnels

Turgot partage sans doute avec Adam Smith la paternité de la science économique ; contemporains, les deux hommes n’ont cessé de correspondre et de s’influencer mutuellement. Puisque l’économie se ramène au jeu de l’échange, les divers acteurs de la production y recherchent leur intérêt personnel. Les conflits d’intérêts sont naturels, mais ils se règlent harmonieusement par le contrat. Par contraste vouloir établir d’en haut un intérêt général et recourir à la puissance publique pour l’imposer ne fait que contrarier les intérêts des uns pour mieux servir les intérêts des autres. C’est en cela que les procédures marchandes sont supérieures aux administrations politiques.

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KANT (1724 - 1804) PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Vendredi, 16 Décembre 2011 01:00

Que peut raisonnablement nous apporter la raison ?

Kant réagit contre la « raison pure » qui a eu la faveur de si nombreux philosophes du XVIIème siècle, qui avaient soutenu que l’on peut arriver à la connaissance de toutes choses, voire même à la connaissance de Dieu, en s’en remettant à la seule raison humaine.

En fait, toute connaissance est personnelle et sensitive : ce que chacun d’entre nous saisit n’est qu’une apparence de la réalité (phénomène) mais pas la réalité elle-même (noumène). La réalité n’est qu’un fait neutre, ce qui est important c’est ce que nous en comprenons. Qu’est-ce qui autorise Kant à fixer ainsi des limites au pouvoir euristique de la raison ? C’est évidemment la raison…

Quels que soient les méandres de la pensée kantienne, elle se réfère à une anthropologie aristotélicienne et thomiste : l’homme n’a pas accès à la connaissance parfaite par la seule application de sa raison. Kant reconnaît d’ailleurs avoir une dette à l’égard de Hume : rien n’est a priori connu ni planifié. Il s’inscrit ainsi dans la philosophie des Lumières : « Oser penser ».

Les individus font l’histoire

La compréhension du monde réel et sa fin dernière (eschatologie) étant hors de portée d’un apriorisme rationnel, comment donner un sens à l’histoire ? A-t-elle seulement un sens ? Kant repousse avec énergie toute lecture holiste de l’histoire, du genre « la société évolue ». La société n’a pas de volonté, elle n’agit pas. Seuls les individus agissent. Ce sont eux qui ouvrent la voie du progrès, du moins ce qu’ils croient être le progrès. Car plusieurs voies sont ouvertes, et plusieurs directions sont explorées. Kant n’y voit aucun inconvénient, loi de là ; c’est l’extrême diversité des chemins individuels, c’est ce mélange des esprits, qui augmentent les chances de trouver le chemin. Cet éloge de la diversité en tant que processus de découverte annonce les Autrichiens comme Menger, Hayek et Kirzner. La diversité appelle la liberté.

Liberté et morale

En fait, la position de Kant sur la découverte du progrès est sophistiquée. Car de son point de vue, si finalement l’histoire avance sous l’effet des choix individuels, c’est parce que ces choix sont ceux d’individus qui ont un comportement moral : les hommes font ce qu’ils doivent faire. Ils obéissent à ce que Kant appelle « l’impératif catégorique » : chacun agit comme si son action pouvait être érigée en règle universelle. Le comportement moral de l’individu est « idéal », c’est celui d’un législateur de l’humanité : que chacun agisse comme si son comportement pouvait devenir la règle de l’humanité entière.

La liberté de Kant est donc celle de Bossuet « vouloir ce que l’on doit ». Mais l’impératif catégorique n’est pas dicté par une volonté supérieure, il est inspiré par la « raison pratique », par les égards que l’on doit aux autres. On peut le traduire approximativement par l’expression « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse ». C’est une restriction morale à la liberté individuelle. Kant ne cesse de plaider pour la liberté de créer, de penser et – revendication décisive à son époque révolutionnaire – d’exprimer publiquement sa pensée. Mais toute liberté oblige : Kant est considéré par certains comme un philosophe de la rigueur.

La propriété, le droit et l’Etat

Comment les individus peuvent-ils retrouver la rigueur morale dans l’exercice de leur liberté ? Il leur faut un environnement institutionnel propice et en particulier des règles de droit. Comme chez Locke, ces règles sont « de droit naturel », elles ne sont pas posées par l’Etat (droit positif) ; tout au contraire l’Etat est là pour les faire respecter en les respectant lui-même. Au cœur du droit est la propriété : comme chez Locke elle est reconnue au « premier occupant », mais tandis que Locke légitime la propriété par la valorisation de la terre jusque là ignorée ou délaissée, Kant ne retient que l’antériorité – la valeur ajoutée n’est pas prise en compte. Il évoque ici la vielle théorie de la « commune possession des biens » : la terre ayant été donnée à usage des hommes sans répartition allouée, c’est celui qui s’empare le premier d’une parcelle qui en a la possession durable, et l’Etat la garantira. Pourtant, Kant n’exclut pas que l’Etat puisse intervenir et redistribuer. Paradoxalement l’Etat kantien, même limité par le principe de séparation des pouvoirs, a un domaine plus élargi que celui que lui concédaient les autres philosophes des Lumières. Kant est un libéral conservateur – une ambiguïté peut-être.

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1330 du 11 juillet 2017


Editorial : La Reconquête

Conjoncture : Taillables et Corvéables à merci

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