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48 pages, 22 portraits, 5€

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HAYEK (1899-1992) PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Vendredi, 27 Mai 2011 01:00

La route de la servitude

En décembre 1943 Hayek écrit à Londres un ouvrage qui porte ce titre. En 1945, ce livre lui vaudra la célébrité :

une version résumée publiée par la Sélection du Reader’s Digest sera diffusée à plusieurs millions d’exemplaires dans le monde entier. La raison du succès est simple : avant même la fin de la guerre, Hayek avait eu la lucidité de voir que Hitler et Staline ont mené le même combat contre la liberté, et au nom de la même idéologie socialiste. Mais il a dénoncé aussi la dérive socialiste de l’Occident, en particulier du New Deal de Roosevelt. Ainsi Hayek sera-t-il désormais reconnu comme l’artisan de la « révolution néo-libérale » qui balaiera le socialisme keynésien et inspirera Reagan et Thatcher.

Comment éviter les crises ?

Pourtant l’analyse politique n’est que l’une des dimensions de l’œuvre d’Hayek. Economiste autrichien, il avait participé aux côtés de Mises à la critique scientifique de la planification. Sa théorie des cycles (1931, qui lui vaudra le Nobel en 1974) incrimine les manipulations monétaires des Etats dans la naissance et le traitement des crises. Elle a été largement validée par les faits, y compris dans les mois récents. Les Etats font pression sur les banques centrales pour abaisser les taux d’intérêt. Keynes n’a-t-il pas expliqué que doper le crédit était la seule façon d’éviter le chômage ? Ainsi les banques et les financiers trouvent-ils sur le marché monétaire de l’argent à bon marché qui leur permet d’accorder davantage de crédits, y compris des crédits douteux. L’écart se creuse entre le taux d’intérêt « monétaire », et le taux d’intérêt « réel », celui que rapporte l’investissement réalisé avec le crédit. On débouche alors sur le « surinvestissement » (1932) ou le « malinvestissement » (1948) dans des entreprises et des emplois sans lendemain.

Comment éviter les crises ? En 1978 Hayek donne sa solution (héritée de la théorie de Carl Menger) : se passer de banques centrales, et revenir à un système de banques privées et concurrentes.

Ordre créé et ordre spontané

Dans la Constitution de la Liberté (1960), Hayek se fait politologue et juriste pour démontrer l’importance des institutions pour l’émergence et la solidité d’une société de libertés. Ces règles sociales fournissent une information sur la façon dont devraient se conduire les gens dans leurs rapports aux autres, elles diminuent l’incertitude inévitable qui pèse sur les comportements, et permettent d’établir la confiance entre membres de la « grande société » (Popper). Il a notamment insisté sur le rôle des institutions juridiques, et en premier lieu du droit de propriété.

Mais comment naissent et évoluent les institutions, et le droit en particulier ? Le premier des trois volumes de Droit Législation et Liberté (de 1976 à 1979) établit la différence entre deux types d’ordre social. Un ordre créé est conçu et imposé par un homme, un groupe, ou une assemblée élue. Il est le pur produit de leur volonté de construire une société parfaite selon leurs plans. Par contraste un ordre spontané est celui qui épouse une évolution sociale permanente. Il n’est établi par personne, et par tout le monde à la fois. C’est en quoi il est spontané : il n’a pas d’origine précise, il est façonné par l’expérience des relations entre les hommes, à travers un processus permanent d’essais et d’erreurs. On a parlé de « darwinisme social » à ce propos.

La présomption fatale du constructivisme

La supériorité de l’ordre spontané tient à la complexité des sociétés modernes. Elles ne peuvent s’accommoder de la centralisation, car une organisation centrale ne peut saisir ni traiter toute l’information nécessaire. Les hommes ont une grande capacité à s’auto-organiser entre eux, et par contraste vouloir construire une société parfaite et imposer des règles sociales « par en haut » constitue une « présomption fatale ». C’est justement cette présomption qui domine le socialisme, et conduit à l’extension de l’Etat : sa législation n’a plus rien à voir avec le droit, elle s’abrite derrière des concepts vides de sens comme l’intérêt général, la souveraineté ou la justice sociale. Par exemple la justice sociale, dont personne ne sait rien, a pour effet immanquable de détruire la propriété et la liberté, et d’avancer sur la route de la servitude.

 

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