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A l’occasion du bicentenaire d’Alexis de Tocqueville et de la 28ème Université d’Eté de la Nouvelle Economie (2005), l’ALEPS plaide pour le retour de la société civile :
« Beaucoup de nos contemporains ne font plus confiance à la société politique pour surmonter la crise économique, sociale et morale qui frappe le pays. Alors, ne serait-il pas temps de se tourner vers la société civile ? Mais où est-elle ? Que fait-elle ? Que pourrait-elle faire ? » Et aujourd’hui ?
 

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Un nouveau monde de science et d’industrie

Saint Simon « le dernier des gentilshommes et le premier des socialistes » (se définissait-il modestement) partage l’idée d’Auguste Comte : avec le XIXème siècle le monde est entré dans une ère scientifique.

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GREGOIRE VII (1013 - 1085) PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Vendredi, 23 Septembre 2011 01:00

Universités, abbayes et communes

Dans une Europe relativement apaisée, trois pôles d’indépendance et de liberté apparaissent entre le dixième et le douzième siècle. Les Universités symbolisent la liberté de penser, il y a matière à réflexion et à débats avec la redécouverte de l’Orient (à l’occasion des Croisades) qui met à la disposition de l’Occident l’héritage culturel des Grecs et des Romains.

Les abbayes (dont la première aura été celle de Cluny) détachent la religion du pouvoir politique et dépendent directement du Pape. Enfin les communes obtiennent des franchises qui les placent à l’abri des seigneurs locaux : ceux-ci les accordent parce qu’ils s’attachent le soutien des populations de ces nouvelles villes, riches de leur commerce et de leur artisanat. Un vent de libération semble ainsi souffler sur l’Europe, et il faudra attendre le 13ème siècle pour que le pouvoir politique se reconstitue sous forme massive avec la réapparition des grands royaumes.

La révolution papale

Dans le contexte médiéval va donc se poser le problème des relations entre le pouvoir politique et l’Eglise. C’est Grégoire VII (Hildebrand) qui va donner son couronnement à ce que l’on appelle la « révolution papale ». Il s’agit bien d’une révolution puisque pour la première fois depuis l’Empire Romain, le pouvoir politique va être désacralisé. Il y a en effet deux lectures du célèbre « Omnis potestas a Deo ». L’une, totalitaire, a dominé jusque là, et prône le pouvoir absolu du prince ou seigneur, puisqu’il le tient de Dieu lui-même. Le peuple a un devoir d’obéissance. L’autre rappelle que tout pouvoir doit être exercé selon la volonté de Dieu, ce qui implique d’une part toutes les vertus morales du prince, d’autre part un respect par le prince de l’Eglise. Ce respect s’était progressivement perdu, et en particulier l’Empereur (au sommet de la féodalité européenne) et les grands seigneurs s’étaient attribués le droit de nommer les évêques et, de ce fait, de dominer l’Eglise, sans souci de ce que le Pape pouvait en penser.

Une telle pratique avait porté au pouvoir épiscopal des gens souvent sans foi ni loi, dont on attendait seulement qu’ils fussent fidèles au pouvoir politique.

Grégoire VII entra ouvertement en conflit avec l’Empereur de l’époque, Henri IV, et décréta que nul ne pouvait être nommé évêque par quelque clerc que ce fût. Fort d’un soutien populaire important, causé par les débordements et les dérèglements de ce clergé « séculier » investi par le pouvoir politique (simonie), Grégoire VII rallia à sa cause un grand nombre de chrétiens désireux de redonner à l’Eglise son indépendance et sa mission spirituelle. En encourageant le développement du clergé « régulier », fait des moines des abbayes constituant des « ordres » directement dépendants de Rome, il bénéficia d’un véritable réseau européen de chrétienté redonnant vigueur et profondeur à l’Eglise. La « règle de Saint Benoît » en particulier déboucha sur une véritable internationale de la chrétienté.

Usant des armes qui lui étaient propres (comme l’excommunication) Grégoire VII finit par faire plier Henri IV, finalement conduit à implorer le pardon du Pape à Canossa. La révolution papale consacrait définitivement la séparation du pouvoir des gouvernants et de la mission de l’Eglise.

La révolution du droit

Mais une autre révolution se profile derrière la révolution papale. Plus importante encore, si l’on en croit Harold Berman et Philippe Nemo : la révolution du droit.

Le droit a été redécouvert dans les Universités qui ont eu accès au droit romain, tombé dans l’oubli avec l’effondrement de l’empire d’Occident. Les « Institutes » de Justinien sont commentées par les glaussateurs de l’Université de Bologne, et se dégage progressivement le droit canon. La nouvelle étape consistera à dégager le droit de toute dépendance à l’égard du pouvoir politique, ce qui revient à mettre la loi au-dessus de la volonté du prince, et de soumettre le prince lui-même au droit. Cette évolution est d’autant mieux acceptée que le droit nouveau a été « filtré » par la morale chrétienne au cours des siècles précédents. La justice est désormais indépendante des gouvernants, et le « règne de la loi » (the rule of law) s’impose pour freiner les excès de violence et d’arbitraire du pouvoir politique.

Alors que la question ne se posait pas auparavant, le pouvoir de légiférer est l’objet de l’attention de tous les canonistes. La voie est désormais ouverte au droit naturel, au constitutionnalisme, et à tout ce qui va progressivement conduire l’Occident vers les droits individuels et la démocratie. Le droit trace la frontière entre barbarie et civilisation.

 

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