Commandez

Catalogue de la SEFEL l www.libres.org

Lettre hebdomadaire (40 numéros) qui est dans sa 31ème année : c’est le commentaire libéral de l’actualité économique, sociale et politique, en toute indépendance. C’est aussi une source d’information sur les idées de la liberté dans le monde entier. Editorial de Jacques Garello, chronique de conjoncture de Jean Yves Naudet, rubriques d’actualité, revue des livres, dossiers.

8 pages, Abonnement électronique (format pdf) 40 € (40 numéros par an)

Bulletin d'abonnement

Portait

Science économique, science du comportement 

Ludwig von Mises appartient à « l’école autrichienne d’économie » fondée par Carl Menger, dont il reprend les deux idées majeures : l’individualisme méthodologique (on ne peut comprendre l’économie qu’à partir des décisions prises par les individus), la subjectivité de la valeur (la valeur attribuée à un bien ou service varie avec chaque individu et chaque contexte).

Allant plus loin que son maître de Vienne, Mises fait de la science économique une branche de la « praxéologie », science de « l’agir humain » : comment les hommes se comportent-ils dans les choix qu’ils ont à faire dans la vie ? Obéissent-ils à une logique immuable et quantifiable (position des purs rationalistes et des inventeurs néo-classiques de l’homo oeconomicus) ? Sont-ils conditionnés par l’histoire (position des historicistes allemands qui entretiennent une violente querelle avec les économistes autrichiens) ? Ou sont-ils simplement guidés par ce qu’ils pensent être leur intérêt, compte tenu des multiples paramètres qui entrent dans leur calcul ? Ceci est la position des classiques libéraux depuis Adam Smith, c’est celle des économistes autrichiens.

Lire la suite...
MACHIAVEL (1469 - 1527) PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Vendredi, 07 Octobre 2011 01:00

Réalisme et pragmatisme

Les philosophes de l’Antiquité et de la Chrétienté s'étaient interrogés sur le bonheur de l’humanité, sur l’âme et l’esprit, ou encore sur la nature, l’origine et la légitimité des règles d’organisation de la société. Machiavel est en pleine rupture avec cette tradition. Mériterait-il le nom de philosophe, lui qui rejette tout principe, toute morale, et se contente d’être un simple observateur de la réalité ? Ce qui est réel lui semble bien plus important que ce qui est juste.

Il est vrai que Machiavel a une piètre idée de l’être humain. Les hommes sont « ingrats, changeants, dissimulés, ennemis du danger, avides de gagner ». L’homme n’est qu’une bête, même s’il est un animal supérieur. L’homme est lion et renard : la force et la ruse.

Machiavel va au-delà des cyniques, qui se réfèrent au moins implicitement à une vérité ou à une éthique. Il faudra attendre Marx pour oser une telle dose d’indifférence et de froideur, au prétexte d’efficacité. Pourtant, Machiavel va faire école, et très tôt : en bannissant tout dogmatisme, il donne aux gouvernants le conseil qu’ils attendent : soyez pragmatiques, ne vous encombrez ni de principes, ni de promesses, ni de scrupules. Message apparemment bien reçu !

La raison d’Etat

Assurer la puissance et la continuité de l’Etat donne tous les moyens aux gouvernants. « Qui veut la fin veut les moyens » : cette formule, même si elle n’est pas de Machiavel, résume son message quand elle s’applique au comportement des hommes d’Etat. Ce qui est interdit au commun des mortels est admis quand l’Etat est en cause : meurtre, poison, prison, manipulation, intrigues, mensonges. Il est normal, voire recommandé, de masquer ces comportements en présentant au peuple naïf un visage qui inspire confiance et flatte les pensées dominantes.

Machiavel est maître en dictature, et tiendrait nombre de princes actuels comme ses fidèles élèves, comme les Médicis qu’il voulait conseiller. Mais c’est César Borgia qui sera le premier et le plus impitoyable des princes machiavéliens.

Le drame est que Machiavel passe aussi pour l’inspirateur de toute classe politique, même dans les régimes démocratiques, au point de mériter le titre d’inventeur de la science politique. La science du gouvernement aurait-elle émergé comme science du mensonge ?

L’Etat moderne est né : vive l’Etat !

Machiavel dispense ses conseils parce qu’il est l’un des tout premiers théoriciens de l’Etat. L’Etat lui semble être une forme particulière et moderne du pouvoir. Par comparaison avec les empires, royaumes et seigneuries qui l’ont précédé l’Etat présente des caractéristiques spécifiques : il est impersonnel, général et intemporel.

Impersonnel, il ne s’incarne pas dans un prince ou dans une lignée, c’est une institution et non un personnage. Il survit à la mort ou à la déchéance du prince.

Général, il ne se soucie pas du seul intérêt des gouvernants, mais il offre sa puissance au peuple entier. Sur ce point, Machiavel a de la sympathie pour la République, telle que l’ont pratiquée Athéniens et Romains, car le peuple peut y choisir ses dirigeants et a quelque génie pour ce faire. De toutes façons, quel que soit le régime politique, l’Etat est l’expression de la nation.

Intemporel, l’Etat travaille pour plusieurs générations successives, la continuité de son existence et de son action est donc indispensable.

Pour conclure : que ne ferait-on pas pour ce bel Etat, gardien durable de la communauté ? Que ne lui autoriserait-on pas ? Il y a de bonnes raisons à la raison d’Etat.

Le machiavélisme privé

La pensée politique de Machiavel a pour sous-produit le machiavélisme privé. Etre machiavélique, c’est se comporter comme des hommes d’Etat. Pourquoi le réalisme et le pragmatisme ne conduiraient-ils pas à rejeter toute morale, et à justifier tous les moyens ?

Pourquoi un double standard de moralité, avec un niveau zéro pour la classe au pouvoir, et un niveau élevé pour les autres ? Si l’homme est réellement cet animal décrit par Machiavel, la lutte de tous contre tous est dans la nature des choses, et aucune loi ne peut être respectée. Ainsi naît la société sans droit. Machiavel estimait que la paix durable ne peut exister. Il annonçait la guerre permanente, et le jeu incessant de la force et de la duplicité. Voilà des lendemains qui chantent.

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1362 du 2 mai 2018

Editorial : Victoire des Black Blocks
Actualité
:
Cinquante ans plus tard - Service national : pour quelle nation ? - Peut-on faire confiance aux iraniens ? 
Connaissance du libéralisme :
La concurrence sauvage
Lu pour vous :
Bertrand Lemennicier, La nation, fétiche politique introuvable


Acheter le numéro

Revue des Livres

Jacques De Guenin

Œuvres complètes de Bastiat

Le livre à lire cette semaine n’est pas celui d...

Pascal Salin

FREDERIC BASTIAT PERE DE LA SCIENCE ECONOMIQUE MOD...

Vous pourrez tomber à votre tour sous le charme d...