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L’omniscience de Karl Marx

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JOHN LOCKE (1632 - 1704) PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Vendredi, 18 Novembre 2011 01:00

Par nature l’homme est social

En dépit de certaines ressemblances formelles, comme la commune référence à l’état de nature et au contrat social, on imagine difficilement deux pensées aussi opposées que celles de Locke et de Hobbes. C’est qu’ils diffèrent fondamentalement sur leur conception de l’être humain.

Dans la tradition d’Aristote et Saint Thomas, Locke décrit un homme libre, rayonnant d’une dignité qu’il a en propre, et naturellement porté vers le respect des autres et la compréhension mutuelle.

Nulle convention sociale n’est à l’origine de ce comportement. C’est un état de nature. Aussi l’homme est-il pourvu de droits naturels, qu’aucun législateur n’a créés. Ces droits garantissent son individualité, sa personnalité, sa qualité « d’être unique et irremplaçable ».

La propriété de soi : le domaine vital

Le droit naturel veut que l’homme soit propriétaire. Mais, pour Locke, il ne s’agit pas, ou pas seulement, de la propriété mobilière ou immobilière. Il s’agit de tout ce que l’homme a en propre, qu’il s’agisse d’une terre, ou d’une idée, ou d’un talent, ou d’une relation : tout ce qui vient de lui-même ou a été valorisé par lui-même. En fait l’homme est propriétaire de son corps et de son esprit (il n’admet pas le « dualisme cartésien ») et, entre autres, les biens et richesses acquis par son travail lui sont nécessairement dévolus. Mais l’homme a aussi en propriété sa liberté, sa santé, sa sécurité, tout ce qui lui permet de vivre et constitue en quelque sorte son domaine vital.

Du droit naturel à l’état de droit

Propriétaires en leur domaine vital, les êtres humains sont tout aussi naturellement portés à l’échange. John Locke, bien avant Smith, souligne la complémentarité des talents et l’importance de la division des savoirs. La monnaie joue un rôle très utile dans les échanges car elle permet la conservation des droits dans le temps et dans l’espace.

La reconnaissance et la protection des droits de propriété font alors l’objet d’un véritable contrat social, destiné non pas à faire naître des droits nouveaux, puisqu’ils sont naturels, mais à les rendre plus opérationnels, en facilitant leur circulation. Un système de législation et de juridictions s’établit alors, c’est un système politique avec un pouvoir législatif et un pouvoir judiciaire. Ce pouvoir est au service des droits naturels, il n’en est pas l’origine. Voilà pourquoi ceux qui l’exercent doivent eux-mêmes respecter ces droits. Locke est un farouche adversaire de l’absolutisme tant à la mode à son époque, tant prôné par Bodin et Hobbes.

La société politique fonctionne sous le règne du droit (rule of law). Bastiat et Hayek reprendront ce thème en opposant droit et législation : le droit est antérieur à la législation, celle-ci ne fait qu’exprimer le droit en proposant des règles claires, générales, intemporelles, et la mission des juges est de même nature. Tout abus du pouvoir sous forme d’atteinte aux droits naturels justifierait « la résistance à l’oppression » et le dépôt des autorités publiques, de la même manière que la Glorieuse Révolution a déposé le roi d’Angleterre pour le remplacer par Guillaume d’Orange (dont Locke fut le conseiller).

Le proviso lockéen

N’y aurait-il pas quelque limite aux droits naturels? Locke aborde la question délicate de la limite de la propriété. Il s’intéresse principalement à la propriété des terres et des ressources naturelles, mais son analyse peut aussi déboucher sur une théorie générale de la propriété. A priori. Locke n’est pas trop pessimiste, car il s’émerveille des immenses espaces ouverts avec les découvertes du Nouveau Monde.

Il n’en demeure pas moins que parfois la propriété des uns peut empêcher les autres de jouir aussi de la propriété. Locke reprend le thème thomiste de la commune destination des biens : Dieu a donné la terre en héritage à tous les hommes. Quand le travail d’un homme lui permet de « dominer la terre » la propriété lui en est acquise. Mais être propriétaire au-delà de ses besoins et empêcher de ce fait l’exploitation des ressources naturelles par d’autres n’est pas légitime. De même que l’on est libre pourvu que (proviso) l’on respecte la liberté des autres, on est propriétaire pourvu que l’on ne prive pas les autres de propriété. Locke n’a pas poussé l’analyse jusqu’à introduire les marchés des droits de propriété et le rôle des prix, qui aboutissent à une meilleure affectation des droits de propriété. Il faudra pour ce faire attendre Adam Smith.

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1343 du 29 novembre 2017

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