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Lettre hebdomadaire (40 numéros) qui est dans sa 31ème année : c’est le commentaire libéral de l’actualité économique, sociale et politique, en toute indépendance. C’est aussi une source d’information sur les idées de la liberté dans le monde entier. Editorial de Jacques Garello, chronique de conjoncture de Jean Yves Naudet, rubriques d’actualité, revue des livres, dossiers.

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L’intérêt général, fruit des intérêts personnels

Turgot partage sans doute avec Adam Smith la paternité de la science économique ; contemporains, les deux hommes n’ont cessé de correspondre et de s’influencer mutuellement. Puisque l’économie se ramène au jeu de l’échange, les divers acteurs de la production y recherchent leur intérêt personnel. Les conflits d’intérêts sont naturels, mais ils se règlent harmonieusement par le contrat. Par contraste vouloir établir d’en haut un intérêt général et recourir à la puissance publique pour l’imposer ne fait que contrarier les intérêts des uns pour mieux servir les intérêts des autres. C’est en cela que les procédures marchandes sont supérieures aux administrations politiques.

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BLAISE PASCAL (1623 - 1662) PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Vendredi, 25 Novembre 2011 01:00

De la science à la théologie

On s’accorde à comparer le génie de Pascal à celui de Leonard de Vinci. Physicien (lois de la pression atmosphérique), mécanicien (peut-être le premier ordinateur mécanique), et surtout mathématicien (participant au développement de la théorie des probabilités et des jeux, où s’illustrent à la même période Fermat, Bernoulli et Thomas Bayes).

Mais il n’était ni peintre ni sculpteur. Son talent artistique à lui, ce sera la théologie, à laquelle il consacrera la deuxième moitié de sa vie, ayant sans doute fait le tour des connaissance scientifiques de son temps. Il associe alors « l’esprit de géométrie » qui règne dans la science, à base d’ordre et d’organisation, et « l’esprit de finesse » qui fait appel à la fois au cœur et aux sens. C’est dire qu’il refuse le « dualisme » de Descartes, qu’il n’aime pas et dont il n’accepte pas le primat de la raison.

Foi et raison : la recherche de la vérité

« Deux excès : exclure la raison, n’admettre que la raison ». Descartes pensait que l’homme est capable par la raison d’accéder à la vérité infinie, et de découvrir Dieu. « Orgueil », dit Pascal : notre raison nous commande de rechercher Dieu, mais non pas de le comprendre. L’homme dispose d’une raison limitée et doit s’accommoder de l’incertain. Tel est le sens du fameux « pari de Pascal » : on ne risque rien à croire en Dieu, alors que l’on risque à rester dans l’impiété car on se condamne alors à vivre dans un état de misère. Le sort de l’homme, c’est la connaissance limitée. Mais en même temps l’homme est en recherche de vérité absolue.

Cette démarche, dite des « contraires », est caractéristique de la pensée de Pascal : c’est au milieu de deux contraires que se trouve la vérité. Ainsi l’homme est-il à la fois crédule et incrédule, timide et téméraire, vaniteux et modeste, etc. L’anthropologie de Pascal se situe ainsi au confluent du pessimisme de Hobbes (l’homme condamné à la peur et à la violence) et de l’optimisme de Locke (l’homme à la recherche de la concorde et de l’harmonie).

La connaissance résulte de l’étude de ces contraires. « La connaissance de Dieu sans celle de notre misère nous pousserait à l’orgueil, et la connaissance de notre misère sans celle de Dieu nous conduirait au désespoir ».

L’homme est-il libre ?

Si la recherche de Dieu et de la vérité procède à la fois de la raison et de la révélation, l’homme est-il assez raisonnable pour accepter la révélation ? Pascal est janséniste, et la doctrine de Jansen est au catholicisme ce que celle de Calvin est au protestantisme : c’est Dieu lui-même qui fait aux hommes la grâce de les mettre sur le chemin de la vérité. A la différence de ce que professent les jésuites, adversaires des jansénistes, la liberté ne réside pas dans le choix individuel et volontaire du bien (Molina), mais dans la grâce de Dieu, qui appelle personnellement chaque individu vers le bien, libre à chacun de choisir le mal. On trouve ici l’écho de Saint Augustin avec l’idée de la « grâce efficace ». La liberté individuelle est celle de pêcher, et seule la grâce divine peut remettre l’individu dans le chemin de Dieu. Voltaire dira à ce propos que Pascal est un « misanthrope sublime » : ce que l’homme peut faire de bien, il le doit à la seule grâce de Dieu.

On est ainsi avec Pascal aux antipodes de la raison absolue cartésienne, et il condamne par avance la philosophie des Lumières : « Toutes vos lumières ne peuvent arriver qu’à connaître que ce n’est pas en vous-même que vous trouverez ni la vérité ni le bien ».

La misère d’une humanité déchue

Pascal évoque souvent « notre misère », héritée du péché originel, et ne voit de salut pour l’homme que dans l’amour infini que porte Dieu à ses créatures élues. Par là même, il tourne le dos à l’humanisme qui depuis le Moyen Age a dominé la pensée chrétienne, notamment à travers Saint Thomas d’Aquin. Sans doute Pascal peut-il faire partager sa conception de l’homme à des personnes animées d’une foi intense – des élus de Dieu, si on comprend bien. Mais il écarte du chemin du salut tous ceux qui pensent que l’homme, créé à l’image de Dieu, peut s’en rapprocher en faisant usage de sa liberté pour créer, servir et aimer. Si la vision pascalienne est bien celle d’un homme soumis et médiocre, qui ne pourrait se grandir que par l’obéissance et le mysticisme, elle peut paraître décalée à la veille d’un siècle de révolutions politiques et économiques.

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1362 du 2 mai 2018

Editorial : Victoire des Black Blocks
Actualité
:
Cinquante ans plus tard - Service national : pour quelle nation ? - Peut-on faire confiance aux iraniens ? 
Connaissance du libéralisme :
La concurrence sauvage
Lu pour vous :
Bertrand Lemennicier, La nation, fétiche politique introuvable


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