Revue des livres
On va dans le mur
Actuellement à la tête de la Fondation iFRAP (Fondation pour la Recherche sur les Administrations et les Politiques Publiques), Agnès Verdier Molinié présente avec régularité et talent les conclusions de l’équipe de la Fondation.
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Couverture du livre On va dans le mur
Catégorie: Année 2015
Auteur: Agnès Verdier Molinié
Editeur: Albin Michel
Année: 2015
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Ecrit par Administrator

Trois ouvrages en témoignent, publiés au cours des deux dernières années : La mondialisation va-t-elle nous tuer ? Les Fonctionnaires contre l’Etat, 50 milliards d’économie.

Voici maintenant On va dans le mur. Avec pour sous-titre Il faut agir d’urgence.

Qui ne serait d’accord avec ce constat ? Mais le mérite d’Agnès Verdier Molinié et de la Fondation iFRAP est de mesurer avec précision et la plus exigeante rigueur l’ampleur des dégâts ; quelques chiffres figurent sur la couverture et ils sont frappants : 360 impôts et taxes, 400.000 normes et 10.500 lois, 2 millions de jours de grève par an, 103 aides sociales différentes, 3 500 pages de code du travail, 618.384 élus, 1.852 primes, 38.709 communes, 37 régimes de retraite. Ce chiffrage est un travail difficile. Car si, incontestablement, toutes les sources sont officielles et citées fidèlement, elles sont cachées par le maquis statistique. Au point que les fonctionnaires eux-mêmes ne peuvent pas les connaître – ce qui est confirmé par la Cour des Comptes.

Ce chiffrage est un travail précieux parce que les Français sont dans l’ignorance, car le camouflage et la pagaille sont efficaces. Il faut les aider à connaître la vérité, ce qui peut les réveiller et inquiéter ceux qui croient encore aux vertus de l’Etat Providence. La comparaison avec les données des pays étrangers, en particulier de nos voisins, est tout à fait éclairante : nous sommes réellement les mauvais élèves de la classe, dans pratiquement tous les domaines. Qui trop embrasse mal étreint.

Car l’origine de tout cela, c’est que l’Etat embrasse trop. « Il faut agir d’urgence » se traduit donc ainsi : il faut faire des économies. Et pour ce faire, redéfinir les missions de l’Etat. L’ouvrage rappelle que de nombreuses économies sont possibles. Les 50 milliards de dépenses en moins sont calculées au plus juste, il est même démontré qu’on peut aller plus loin avec la seule chasse au gaspi. Mais chassez le naturel, il revient au galop, chassez l’Etat par la porte, il revient par la fenêtre. C’est donc à l’Etat Providence qu’il faut s’attaquer.

Cependant, convaincre les Français de se donner l’Etat pour cible n’est pas très facile : méfiance, incrédulité, voire même inquiétude envahissent l’esprit de la plupart de nos compatriotes, sans parler évidemment de ceux qui très intelligemment redoutent que leurs privilèges disparaissent avec l’Etat Providence. Sur ce point, et bien qu’Agnès Verdier-Molinié affirme la nécessité de redéfinir les missions de l’Etat, l’ouvrage n’avance pas de propositions aussi radicales que celles des officines ultralibérales (et fières de l’être, comme l’ALEPS). C’est un bien à certains égards : le lecteur pourrait mal réagir à des programmes ou des propos paraissant provocateurs – la liberté effraie les populations devenues serviles. D’ailleurs la vocation de l’iFRAP est davantage la recherche que la proposition. Mais c’est un manque si l’on veut « vendre » les idées de la liberté en démontrant que l’on peut se passer de l’Etat. Quelles propositions concernant les monopoles, dont la Sécurité Sociale, l’Education Nationale, les HLM, quelles perspectives pour l’Europe, la famille ? Voilà ce qui doit inspirer la littérature libérale, au même titre que la dénonciation des erreurs et des injustices actuelles.

Il faut donc remercier l’iFRAP et sa présidente pour le travail accompli. Mais on peut souhaiter aussi que leur travail s’articule avec une vision « compréhensive », comme disent les anglo-saxons : ne pas en rester à des changements partiels, mais tout revoir et d’un seul coup. Comme nous le disons ici, ce n’est pas de réforme dont la France a besoin, mais de libération.

Date d'insertion: Mardi, 17 Mars 2015 23:11