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Pas de sérieuse diminution des dépenses publiques sans réduction du périmètre de l’Etat. Des privatisations généralisées ne nuisent pas à la santé, ni à l’éducation, ni aux communications, ni aux retraites de la population : c’est tout le contraire, comme le prouvent les réformes pratiquées en Allemagne, en Grande Bretagne, en Scandinavie, en Europe Centrale ou au Canada, il est facile, confortable et économique de se passer de l’Etat dans beaucoup de domaines.

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De la France
Un texte inédit – De la France – du philosophe Cioran écrit en 1941 vient d’être publié par les Editions de l’Herne. Son actualité est saisissante.
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Couverture du livre De la France
Catégorie: Année 2009
Auteur: Cioran
Editeur: Editions de l'Herne
Année: 2009
Visites: 6403
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Commentaire
Ecrit par Bogdan Calinescu

Une récente étude de l’OCDE montre que les Français passent plus de temps à dormir et à manger que les autres peuples. Le fameux slogan « Travailler plus pour gagner plus » semble devenir plutôt « Dormir plus pour manger plus ». Il est quand même incroyable de constater qu’à l’heure de la mondialisation pratiquement tout le monde (sauf les Mexicains et les Italiens) travaille de plus en plus en plus, bouge régulièrement et consacre de moins en moins de temps aux loisirs et à la sieste alors que les Français font le contraire !

Cet état d’esprit n’est pas récent et il est peut-être inhérent aux Français. C’est ce que croit d’ailleurs le philosophe d’origine roumaine, Cioran, dont un texte inédit vient d’être publié aux Editions de l’Herne. Il s’agit d’un portrait de la France écrit en 1941. L’auteur est amoureux de ce pays dans lequel il vivra jusqu’à sa mort en 1995. Il adoptera d’ailleurs la langue française comme langue d’écriture dans laquelle il excellera devenant l’un des plus grands stylistes de l’histoire de France. Son texte est un bijou de lucidité et d’anticipation. Morceaux choisis.

« Je ne crois pas que je tiendrais aux Français s’ils ne s’étaient pas tant ennuyés au cours de leur histoire. Mais leur ennui est dépourvu d’infini. C’est l’ennui de la clarté. C’est la fatigue des choses comprises.

Tandis que pour les Allemands, les banalités sont considérées comme l’honorable substance de la conversation, les Français préfèrent un mensonge bien dit à une vérité mal formulée.

Tout un peuple malade du cafard. Voici le mot le plus fréquent, aussi bien dans le beau monde que dans la basse société. Le cafard est l’ennui psychologique ou viscéral ; c’est l’instant envahi par un vide subit, sans raison, - alors que l’ennui est la prolongation dans le spirituel d’un vide immanent de l’être. (…)

Qu’a-t-elle aimé, la France ? Les styles, les plaisirs de l’intelligence, les salons, la raison, les petites perfections… Il s’agit d’une culture de la forme qui recouvre les forces élémentaires et, sur tout jaillissement passionnel, étale le vernis bien pensé du raffinement. (…)

Si Dante avait été français, il n’aurait décrit que le Purgatoire. Où aurait-il trouvé en lui assez de force pour l’Enfer et le Paradis et assez d’audace pour les soupirs extrêmes ?

Le péché et le mérite de la France sont dans sa sociabilité. Les gens ne semblent faits que pour se retrouver et parler. Le besoins de conversation provient du caractère acosmique de cette culture (…). Les Français sont nés pour parler et se sont formés pour discuter. Laissés seuls, ils bâillent. (…)

Un pays tout entier qui ne croit plus à rien, quel spectacle exaltant et dégradant ! Les entendre, du dernier citoyen au plus lucide, dire avec le détachement de l’évidence : « La France n’existe plus », « Nous sommes finis », « Nous n’avons plus d’avenir », « Nous sommes un pays en décadence », quelle leçon revigorante, quand vous n’êtes plus amateur de leurres ! Je me suis souvent vautré avec volupté dans l’essence d’amertume de la France, je me suis délecté de son manque d’espoir, j’ai laissé rouler mes frissons désabusés sur ses versants. Si elle a été, des siècles durant, le cœur spirituel de l’Europe, l’acceptation naturelle du renvoi à la périphérie l’enjolive maintenant d’une bague séduction négative. (…).

Si l’effondrement de la France n’est pourtant pas retentissant, cela relève de ses antécédents et de la nature de son histoire.(…)

La France se prépare à une fin décente. Il y a des moments où l’espoir correspond à un manque de noblesse, et la recherche du bonheur à une inconvenance. (…)

La décadence de la France ne ressemble-t-elle pas à la décomposition d’une géométrie ? (…) Comme système de civilisation en soi, la France pourrait se perpétuer indéfiniment ; mais ceux qui portent ce système, ceux qui l’ont produit, ne le supportent plus, ne le produisent plus. Les valeurs d’un pays peuvent durer, mais l’âme – leur racine – ne dure plus. L’homme, en effet, a dépéri. (…)

Pays du mitan, entre le Nord et le Sud, la France est une Méditerranée avec un supplément de brume. Dans cette contrée où sont nés les cathédrales et Pascal, le bleu est foncé, et bien qu’elle excède en clartés, elle n’en est pas moins rayée par des suggestions d’obscurité. Parmi tous les grands pays, aucun ne donne l’impression – à première vue – de plus de superficialité. Ceci parce qu’elle a cultivé les apparences. (…)

La sclérose est la punition que la vie mérite pour ses excès. La France paie les siècles de tumulte par l’immobilité. C’est une dégradation dont elle peut être fière, et qu’elle peut styliser par le cynisme. La nation qui a le plus prôné l’idée de progrès en est réduite à s’en exclure. N’est-ce pas là une belle expiation et une sanction pleine de sens ? ».

Date d'insertion: Jeudi, 07 Mai 2009 17:24

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Au sommaire du n°1362 du 2 mai 2018

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