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En 2007, l’ALEPS décide douze thinks-tanks libéraux français à proposer en commun un « Guide du candidat ». Six chapitres s’adressent respectivement au chômeur, au contribuable, à l’assuré social, à l’écolier, au citoyen et à l’Européen. Une grille permet de noter  les programmes des divers candidats. Sur 180 points théoriques, le premier est arrivé à 80 points, et Ségolène Royal à 5. On savait déjà que Nicolas Sarkozy ne serait pas libéral.
 

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Renouveler la démocratie. Eloge du sens commun
Nous sommes à l’époque du « tout se vaut » et du « rien n’est au-dessus ». Une situation grave et nuisible à la démocratie. Ce que démontre d’une manière brillante le sociologue Raymond Boudon dans ce brillant essai.
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Couverture du livre Renouveler la démocratie. Eloge du sens commun
Catégorie: Année 2008
Editeur: Odile Jacob
Année: 2008
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Commentaire
Ecrit par Administrator

On l’a déjà écrit sur ce site : les sociologues français de tendance libérale sont tellement rares qu’il leur faudrait un jour construire un monument afin de ne jamais les oublier. C’est pour cela que toute publication d’un Philippe Bénéton ou d’un Raymond Boudon mérite une attention particulière. Ils sauvent l’honneur de toute une caste fourvoyer dans les marécages de la sociologie intoxiquée au marxisme.

Membre de l’Académie des sciences morales et politiques et professeur émérite à l’université Paris-Sorbonne, Raymond Boudon se penche dans cet essai – Renouveler la démocratie - sur les dangers qui guettent nos démocraties. Pour lui, le relativisme ambiant est devenu une source propice au développement des fondamentalismes et de l’exclusion. Il chasse les repères et rend la société ignorante. C’est une des causes de la crise des élites qui sont prises au piège.

Pour Boudon, le relativisme est, contrairement aux grandes idéologies positives comme le marxisme, une idéologie négative : « Il traite les notions de vérité et d’objectivité comme des illusions et voit les valeurs comme arbitraires ou purement conventionnelles. Il met toutes les cultures sur un pied d’égalité. Il nie qu’une œuvre d’art puisse être objectivement grande, une institution objectivement bonne ou une théorie objectivement vraie. (…) Il veut que la vie sociale et politique ne soit faite que d’affrontements, que ceux-ci aient leur origine dans l’incompatibilité des « identités culturelles » ou dans la confrontation des intérêts de classe. »

C’est une idéologie qui crée un vide autour d’elle. Un vide de la connaissance et de la culture. Le « tout se vaut » tient lieu et place de bagage culturel. On est face à un désarroi intellectuel qui nourrit les confusions : entre la morale et la politique, entre la science et la religion, entre la foi et la raison, entre l’émotion et l’argumentation, entre le privé et le public. Boudon a tout à fait raison d’écrire que le relativisme a contribué au divorce entre les élites et le peuple et que des lois anti-démocratiques sont votées dans les pays démocratique. J’ajouterais que cette idéologie explique aussi, en grande partie, l’omnipotence de l’Etat et la tendance des politiques à s’occuper de tout en prenant en main la vie de tous les jours des individus. Si le bien n’existe plus, il faut le créer et le distribuer. On nous considère perdus, sans repères, c’est aux gouvernants de nous guider. D’où aussi les craintes de Boudon : « Le problème central de notre temps n’est donc pas de développer les contrepouvoirs. Ils sont certes indispensables à l’approfondissement de la démocratie, comme la théorie politique libérale l’a unanimement et amplement affirmé. Mais ils se développent plus ou moins spontanément un peu partout. … Il est surtout que les principes fondamentaux de la démocratie ne sont plus l’objet du respect qu’ils méritent et aussi que, toujours sous l’effet du relativisme ambiant, les élites politiques et médiatiques se laissent surtout guider par les minorités actives et par l’opinion…politique et médiatique.

Plus grave encore, le relativisme n’est pas une simple mode. Ses adeptes se trouvent les références scientifiques nécessaires, les concepts nécessaires, les alibis théoriques utiles, insistent sur son rôle et se missions dans toutes les sphères de l’action et de la pensée. Cette idéologie s’en remet surtout au droit pour se donner l’illusion de la vérité. « C’est le relativisme qui mène le monde », aurait dit Tocqueville. Cette idéologie s’est tellement bien installé dans nos société qu’il sera difficile de s’en démettre (c’est encore Tocqueville qui mettait en garde contre le relativisme caractéristique de la modernité qui était appelé à affecter tous les domaines et particulièrement la vie culturelle). Prenons l’exemple des droits de l’homme (ou de l’individu). L’interprétation relativiste qui fait de ces droits une notion floue est une aubaine pour les dictatures du monde entier. Pour les dirigeants chinois par exemple, les droits de l’homme sont variables selon les cultures et toute tentative de les imposer dans une autre culture que celle occidentale ne saurait se solder que par l’échec. Mais cette explication n’est pas l’exclusivité des dictateurs. Quelqu’un comme Samuel Huntington dit la même chose lorsqu’il soutient que le monde se divise en deux civilisations intellectuellement incompatibles et qu’il s’agit d’une « guerre » pour sa propre civilisation. On est en droit de se demander en quoi les égorgeurs, les bourreaux professionnels et les affameurs de peuples représentent une civilisation.

C’est encore un sociologue français, Alain Touraine, qui a déclaré ne pas voir les arguments qui permettraient de rejeter la polygamie sinon qu’elle est contraire aux coutumes en vigueur dans les pays occidentaux. Pour le philosophe et sociologue allemand Jürgen Habermas, grand nostalgique de l’époque soviétique, l’opinion « est la source du vrai et toutes les opinions se valent ». A partir des années 1970 et l’apparition de la « nouvelle sociologie » représentée, entre autres, par Luc Boltanski et Laurent Thévenot, on récuse les normes générales, valables pour tout le monde. Les individus adopteraient telle ou telle norme et valeur, « non pas parce qu’elle serait fondée mais parce qu’elle serait inculquée par le milieu ».

A partir du moment où l’on considère la vérité et l’objectivité comme illusoires, toute dérive est possible. Les journalistes (la plupart) et les politiques se sont emparés avec satisfaction du principe « toutes les opinions se valent ». Les premiers ne se donnent plus la peine de vérifier les infos ou de préparer correctement un article ou un reportage. On connaît à l’avance le « message » qu’il faudra délivrer. Pour ce qui est politique, ils ont vu dans le relativisme (pour Boudon il existe deux sortes de relativisme : un relativisme cognitif qui veut que la notion de vérité soit douteuse et un relativisme culturel qui veut que toutes les cultures se vaillent) un nouveau moyen de reprendre les choses en main. Ils se sont mis à légiférer pour « réguler » non seulement l’économie mais aussi…l’histoire. Ainsi, nous avons eu droit à des lois sur l’esclavage, la colonisation, le repentir, les archives historiques, la liberté d’expression, l’obésité, le tabac, l’alcool, etc… Tous ces domaines relèvent de la connaissance ou des droits de l’individu. Or, les politiques ont pris comme prétexte la perte de repères moraux pour imposer leur loi. « A nous de nous en occuper », d’où une certaine régression démocratique.

Raymond Boudon montre très bien que l’individualisme ne génère nullement un recul des valeurs ou un rejet de la morale. Les travaux du sociologue américain Ronald Inglehart ont démontré avec maints arguments que les individus ne croient pas « tout est bon » et qu’ils n’adoptent pas comme seule règle le plaisir. Une certaine rationalité les conduit et les empêche de dériver.

« Quelle vérité que ces montagnes bornent, qui est mensonge au monde qui se tient au-delà ? » se demandait Montaigne dans ses Essais. Malheureusement, le relativisme a réussi à s’imposer parce qu’il a pris la place du marxisme mais aussi parce qu’il est « utile ». Les notions d’égalitarisme et d’absence de valeurs sont utiles à certaines catégories de la population, à certains groupes de personnes. Le rejet de la connaissance est en effet d’une grande utilité à l’ignorant et à l’idéologue. Soutenu et alimenté par les médias et les intellectuels, il a encore de beaux jours devant lui.

L’auteur de Pourquoi les intellectuels français n’aiment pas le libéralisme ? avance comme l’une des causes du relativisme actuel justement le rejet des idées libérales. Le marché, les libertés, les droits de l’individu ne sont pas des notions « utiles ». Trop vagues et imprévisibles, ces idées ne peuvent pas servir leur cause. L’attachement à l’Etat signifie la recherche d’une forme de protection, la nostalgie du marxisme (de la lutte des classes) et d’une société utopique anticapitaliste sont d’autres causes de cet antilibéralisme. De même, la mainmise sur l’école et sur les points névralgiques du pouvoir par les gens de gauche et étatistes n’a fait qu’aggraver leur haine des libertés. Ils représentent une « nouvelle aristocratie » qui rejette tout ce qui est rationnel. C’est à elle de dicter ce qui est bon ou ce qui est mauvais.

Les conséquences de cet antilibéralisme sont dramatiques et particulièrement graves dans les politiques de l’éducation où les syndicats et les enseignants étatistes dictent leur loi et empêchent toute réforme. De même, tout ce qui est lié aux inégalités et à l’aide sociale est devenu un sujet tabou pour les « élites » antilibérales. L’ennemi a été désigné d’avance et seul l’Etat est considéré comme capable de corriger les « défauts de l’économie de marché ».

Que faire ? La conclusions de Boudon est très claire : « L’un des problèmes majeurs auxquels est confrontée la France d’aujourd’hui est finalement de faire que les idées libérales en matière sociale, économique et politique soient mieux véhiculées par le système éducatif, journalistique et si possible politique, qu’elle ne le sont actuellement en France. Car l’obscurantisme a toujours fait mauvais ménage avec le progrès, y compris le progrès social ».

Date d'insertion: Vendredi, 16 Mai 2008 16:41

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Au sommaire du n°1362 du 2 mai 2018

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