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Pas de sérieuse diminution des dépenses publiques sans réduction du périmètre de l’Etat. Des privatisations généralisées ne nuisent pas à la santé, ni à l’éducation, ni aux communications, ni aux retraites de la population : c’est tout le contraire, comme le prouvent les réformes pratiquées en Allemagne, en Grande Bretagne, en Scandinavie, en Europe Centrale ou au Canada, il est facile, confortable et économique de se passer de l’Etat dans beaucoup de domaines.

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Ce thème de l’allocution prononcée lorsqu’il fut honoré du prix Nobel d’économie (1992) résume l’originalité de Gary Becker.

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Enrichissez-vous
Laurent Theis, historien d’une rare érudition, éditeur et ami de Jean-François Revel, nous donne l’occasion de le connaître françois Guizot dans son impressionnante biographie qui vient de paraître chez Fayard.
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Couverture du livre Enrichissez-vous
Catégorie: Année 2008
Auteur: Laurent Theis
Editeur: Fayard
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Commentaire
Ecrit par Bogdan Calinescu

Pour nous, les libéraux, la connaissance de François Guizot est très importante. Pas forcément parce que celui qui a prononcé le célèbre « Enrichissez-vous » est souvent considéré comme un libéral mais parce que sa vie intellectuelle, sa carrière politique avec la plupart de ses réformes sont des exemples de persévérance et de travail acharné au service de la société et de l’individu. Fût-il vraiment un libéral ? En réalité, très peu d’éléments permettent aux libéraux de récupérer Guizot. Même sa célèbre formule, « enrichissez-vous !» est prononcée dans un contexte particulier.

Né sous l’Ancien Régime en 1787, il est mort alors que la IIIe République s’installait durablement. Intellectuellement proche de Tocqueville, il exerça une influence impressionnante sur le monde politique de l’époque pratiquement jusqu’à sa mort en 1874. Il est né à Nîmes dans une famille appartenant à la bourgeoisie cévenole aisée et profondément calviniste (son grand-père et un oncle ont été pasteurs). Son père, André Guizot, avocat, se range du côté des Girondins pendant la révolution ce qui le conduit à l’échafaud sous la Terreur. Le jeune Guizot sans père s’installe à Genève pour revenir en 1805 à Paris afin de poursuivre des études de droit afin de reprendre la succession de son père à Nîmes. On remarque rapidement chez lui son agilité d’esprit, ses capacités d’expression ainsi qu’un remarquable talent d’orateur. Il entre très tôt dans les cercles parisiens influents dans lesquels il impressionne. Il commence aussi à écrire, d’abord dans Le Publiciste, ensuite dans d’autres journaux, et il obtient en 1812 la chaire d’histoire à la Faculté des lettres de Paris. Sa carrière démarre.

En 1814, Guizot est déjà une personnalité intellectuelle. Il a déjà publié sous son nom plusieurs livres et traductions ainsi que des dizaines d’articles, il correspond et se lie d’amitié avec Chateaubriand, Mme de Staël, Benjamin Constant et surtout Pierre Royer-Collard. Grâce à ce dernier, à 27 ans, il entre en politique en devenant dans le premier ministère de la première Restauration, secrétaire général du ministère de l’Intérieur détenu par l’abbé de Montesquiou. Sous son autorité et avec l’aide de Royer-Collard, Guizot réorganise l’administration du ministère et élabore un projet de loi sur la presse établissant une censure à titre temporaire qui ternira sa réputation de libéral. Remplacé en 1815 avec le retour de Napoléon, il reprend son poste de professeur mais profite pour se consacrer, avec ses amis Royer-Collard, Pasquier, Barante, Camille Jordan, à la défense de la monarchie constitutionnelle. Plusieurs fois, faisant preuve d’un habilité politique très adroite, Guizot rend visite à Louis XVIII exilé à Gand surtout pour tenter de minimiser l’influence des ultraroyalistes.

Dans le ministère Talleyrand, il est nommé membre du Conseil d’Etat et secrétaire général du ministère de la Justice. A partir de 1816, en tant que maître des requêtes au Conseil d’Etat, il commence une évolution qui le poussera de plue en plus à gauche sous la Restauration. Il pousse Louis XVIII à dissoudre la Chambre ultra et se lance dans le débat politique en faisant paraître son premier essai polémique, Du gouvernement représentatif et de l’état actuel de la France dans lequel il expose sa théorie de la monarchie constitutionnelle inspirée de l’exemple britannique. A 30 ans, Guizot est déjà un homme d’une grande influence dans une société politique tiraillée entre la tentation d’un retour à l’Ancien Régime et la consécration des « acquis » de la Révolution.

En 1817, il crée avec sa femme Pauline, les Archives philosophiques, politiques et littéraires et en 1819, il est nommé directeur général de l’administration départementale et communale au ministère de l’Intérieur, poste créé pour lui. C’est en avril de la même année qu’il s’exprime pour la première fois à la tribune de la Chambre des députés où les doctrinaires tiennent la haute dragée. En 1820, la tentative de donner un cours libéral à la restauration échoue. Guizot perd son poste et entre dans l’opposition.

D’après son biographe, la période de la décennie 1920-30 est la plus faste intellectuellement pour lui. Entre 1820 et 1822, Guizot publie quatre pamphlets dont deux, Du gouvernement de la France depuis la Restauration et du ministère actuel et Des moyens de gouvernement et d’opposition dans l’état actuel de la France, rencontrent un grand succès à gauche. Ses positions contre les ultras le font perdre sa chaire d’histoire ce qui le rend encore plus populaire en particulier auprès des jeunes. Il profite pour écrire et publier, entre autres, les Mémoires relatifs à l’histoire de la révolution d’Angleterre, les Essais sur l’histoire de France et surtout les deux premiers volumes de l’Histoire de la révolution d’Angleterre, énorme succès. Guizot est ainsi reconnu comme le plus grand professeur d’histoire de son temps. Cela lui servira pour relancer sa carrière politique.

Le 11 octobre 1832, Guizot rentre à l’Education nationale, « le ministère de tous les talents » au département de l’Instruction publique où il restera jusqu’en 1837. Il a en charge l’Université, la tutelle de l’Institut, la Bibliothèque royale, le Muséum, il est donc une sorte de ministre de la Culture avant l’existence même d’un ministère de ce genre. Par sa loi du 28 juin 1833, Guizot organise l’enseignement primaire qui fait obligation à chaque commune d’ouvrir une école de garçons dont l’instituteur est un fonctionnaire public et chaque département à créer une école normale. Grâce à lui, durant la monarchie de juillet, le nombre d’enfants scolarisés dans le primaire doubla.

Pourtant, durant la même période, il a des attitudes très contestables en jouant un rôle important dans la politique répressive menée contre les mouvements républicains et insurrectionnels. Les lois de septembre 1835 consécutives à l’attentat de Fieschi contre le roi et concernant les restrictions apportées aux libertés de presse et d’association, le durcissement des procédures en cour d’assises, restèrent comme un mauvais souvenir.

En 1840, la carrière politique de Guizot prend une nouvelle tournure. Il est nommé ambassadeur à Londres par le maréchal Soult, président du Conseil. Et au mois d’octobre de la même année il est nommé, pendant 28 mois, record inégalé à l’époque, ministre des Affaires étrangères. Son séjour et ses connaissances (auteur et traducteur de livres d’histoire) lui seront utiles dans la mise en place de certaines réformes. Et je pense que cet attachement à l’Angleterre est peut-être le seul lien de Guizot avec les libéraux…

Peu connaisseur de l’économie, Guizot est néanmoins fasciné par le développement industriel de l’Angleterre de l’époque. Il remarque tout de suite la prospérité de ce pays et veut en connaître les causes. Il accorde ainsi une attention particulière aux caisses d’épargne et aux chemins de fer. Il insiste pour que la France se met à ouvrir des caisses et investir dans les transports ferroviaires (Thiers n’en voit pas du tout l’intérêt). Toujours grâce à Guizot, le gouvernement Soult réglemente le travail des enfants, facilite la spéculation financière, encourage les banques à investir. C’est à cette époque que Guizot prononce son fameux « Enrichissez-vous ! ». Laurent Theis explique très bien le contexte de cet appel. En réalité, le ministre, dans un discours prononcé à la Chambre le 1er mars 1843 et en réponse à une intervention du député de centre gauche Dufaure, appelle les Français à gérer et à faire fructifier le capital politique et social acquis par les révolutions de 1789 et 1830 : « Notre premier, presque notre seul devoir, c’est d’entrer en possession de ce que nous conquis, de nous en assurer la pleine et complète jouissance… Il y eu un temps où la conquête des droits sociaux et politiques a été la grande affaire de la nation. La conquête est accomplie, passons à d’autres. Vous voulez avancer à votre tour, vous avez raison ; ne poursuivez donc plus, pour le moment, la conquête des droits politiques. A présent, usez de ces droits ; fondez votre gouvernement, affermissez vos institutions, éclairez-vous, enrichissez-vous, améliorez la condition matérielle et morale de la France ; voilà les vraies innovations, voilà ce qui donnera satisfaction à cette ardeur du mouvement, à ce besoin de progrès qui caractérise cette nation ».

En tant que politique, Guizot fût un conservateur. Non pas un conservateur libéral, à l’américaine, mais un conservateur français qui serait peut-être aujourd’hui un « chiraquien ». Il avait horreur des réformes politiques, a toujours refusé changer le système de vote basé sur le cens électoral qui permettait seulement à 200 000 électeurs (cinq fois moins qu’en Angleterre) de s’exprimer. De même, à l’Assemblée il préférait les députés-fonctionnaires (déjà !). Environ 40 % des députés continuaient à exercer leur métier de fonctionnaire mais il est vrai qu’à l’époque il n’existait pas d’indemnité parlementaire. Néanmoins, cela donnait la possibilité au gouvernement de virer les députés qui votaient en faveur de … l’opposition.

Après 1850, le septuagénaire Guizot se retire doucement dans sa maison du Val-Richer sans pour autant abandonner le tumulte de la vie politique qu’il suit et à laquelle il participe très souvent en envoyant des lettres au gouvernement, en faisant partie des commissions, grâce à l’un de ses gendre qui devient député, etc.

Alors, Guizot libéral ? Oui, par son admiration pour l’Angleterre, « terre de résistance et de liberté », une nation où « la santé morale et sociale est plus forte que les maladies morales et sociales » et où « l’aristocratie et la bourgeoisie vivent en bonne intelligence ». Non, à cause de son conservatisme, la peur des réformes et son attachement à l’Etat.

 

Date d'insertion: Vendredi, 27 Juin 2008 17:37

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1362 du 2 mai 2018

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