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Écrit par Administrator   
Lundi, 04 Février 2013 17:38

DETTE PUBLIQUE, DEPENSES PUBLIQUES ET DEFICITS

Le Professeur Pierre Garello de l'Université Paul Cézanne revient ici sur quelques vérités en matière de dette publique et de dépenses publiques. 

Ce sujet est lié très fortement à celui de la concurrence fiscale. En effet, lorsque les territoires autour d’un territoire A baissent leurs impôts, la concurrence fiscale pousse à baisser les impôts sur le territoire A lui-même. La tentation est alors grande de financer les dépenses publiques par l’endettement public. Est-ce vraiment une bonne idée ?

En France, la situation est grave : la dette de l’Etat central qui était de 30% du PIB en 1978 est passée à 50% en 2006. Si on y ajoute la dette des collectivités territoriales, on arrive à 64%. Comme le PIB a lui aussi augmenté, la dette en termes absolus a été multipliée par 4. En termes réels, elle est passée de 223 milliards d’euros en 1980 à 1.180 milliards d’euros en 2007.

En Europe : l’Autriche, la République Tchèque sont proches de la France. La Belgique est revenue d’une dette de 120% du PIB à 80%, l’Irlande de 80% à 20% : il est donc possible de réduire la dette. En dehors de l’Europe, le Japon est un mauvais élève : 160% du PIB. Les USA sont plutôt en bonne voie, vers 40%, comme la Nouvelle Zélande ou le Canada. On notera que la dette est plus ou moins nocive suivant la manière dont on dépense l’argent. Si l’argent est investi, cela peut être acceptable. Si l’argent est dépensé en redistribution, cela n’est pas acceptable. Or, en 2007 le budget de l’Etat français mentionne que 3.8% du budget irait à l’investissement. Il y a bien sûr l’argent de l’Education Nationale et de la Recherche Développement qui représentent aussi une forme d’investissement. Est-il de qualité ?

De façon générale, l’investissement public serait-il un meilleur moteur de la croissance que l’investissement privé ? Il y a des preuves suffisantes d’effet d’éviction de l’investissement privé par l’investissement public. D’abord l’argent prélevé en impôts ou en financement de la dette ne va pas en investissement d’entreprises privées. Dans un pays qui distribue l’argent public, il est de moins en moins rémunérateur d’investir de l’argent privé et d’entreprendre.

Voilà sans doute pourquoi les pays avec une forte dette ont à terme une croissance moindre ; les données établies pour l’IREF par notre collègue P. Minford le prouvent nettement.

Vaut-il mieux financer les dépenses par l’impôt ou la dette ? Y a-t-il équivalence ? En théorie, pour des agents parfaitement rationnels, la dette d’aujourd’hui signifie des impôts demain. Mais en pratique, la rationalité des agents économiques n’est pas parfaite : il peuvent ne pas prendre en compte leur propre futur, et encore moins celui des générations futures ! Dans ces conditions, il paraît clair qu’un homme politique a intérêt à faire appel à une nouvelle dette plutôt que de lever de nouveaux impôts. Les déficits permettent d’augmenter les impôts.

Beaucoup de gens pensent qu’avec la dette importante que nous avons il n’est pas possible de baisser les impôts. Cela est faux, comme l’ont prouvé les études menées par l’IREF. Il faut au contraire s’attaquer aux dépenses pour réduire en même temps impôts et dette. Les excédents budgétaires apparaissent en effet quand la croissance est accélérée par des baisses d’impôts.