LES EVEQUES S’INQUIETENT POUR LES LIBERTES EN FRANCE Imprimer
Écrit par La rédaction   
Mercredi, 24 Novembre 2004 01:00

Réunis en Assemble plénière à Lourdes, comme chaque année, les évêques catholiques français ont fait part de quelques-unes de leurs inquiétudes concernant les libertés en France.

 Et ils invitent les catholiques de France à défendre leur liberté. Cela en écho aux propos du pape JEAN-PAUL II tenus en août au même endroit : « Soyez des femmes et des hommes libres ! ». C’est par la voix du Président de la conférence épiscopale, Jean-Pierre RICARD, archevêque de Bordeaux, qu’ils se sont exprimés. Mais les médias n’ont guère relayé ces propos. Il n’est pas trop tard pour y revenir.

Monseigneur RICARD a d’abord invité les catholiques à s’affirmer tranquillement dans la société et à « accueillir la liberté comme un don de Dieu et à savoir la défendre ». Il faut se « libérer de cette tentation de vouloir coûte que coûte négocier une place dans la société, prendre son pouls à chaque sondage d’opinion ou se transformer en forteresse assiégée ».

La première chose qui inquiète les évêques, c’est celle des aumôneries dans l’enseignement public. On constate, au nom de la laïcité et contrairement à la loi qui autorise ces aumôneries, quelques entraves à leur création. Il faut « rester vigilants ». Il arrive qu’il y ait « des difficultés pour ouvrir une aumônerie, la faire fonctionner, la faire connaître ou tout simplement entrer dans l’établissement ». Et cela parfois au nom des nouvelles dispositions sur le port d’insignes religieux « ostensibles ».

Deuxième sujet d’inquiétude : l’accusation de prosélytisme, qui empêche toute forme d’évangélisation extérieure. « Il ne peut y avoir de liberté religieuse que s’il y a liberté d’expression et possibilité de communication de la pensée, non seulement dans les relations personnelles, mais aussi dans l’espace social ». « Nous sommes dans une société de débats où les différentes convictions doivent pouvoir s’exprimer ».

Mais ce qui inquiète le plus les évêques, c’est le projet de loi du garde des sceaux, Dominique PERBEN, concernant les propos discriminatoires à caractère sexiste ou homophobe. Selon le Figaro, Monseigneur RICARD y voit un danger pour la démocratie. L’épiscopat fait remarquer que les délits et crimes contre les homosexuels sont déjà sanctionnés par le Code pénal. Il n’y a pas de vide juridique : «  Il est inutile d’ajouter de la loi à la loi ».

Ensuite, qu’est-ce qu’un propos homophobe ? « Sera-t-il encore possible qu’on ne mette pas sur le même plan hétérosexualité et homosexualité? ». « Ces questions sont trop graves pour qu’elles ne soient pas largement débattues ». Après la loi sur les signes religieux, cette prochaine loi ne va-t-elle pas limiter encore le champ des libertés ? Cette loi n’aura-t-elle pas des effets « liberticides » ? Tout évêque -ou le Pape- réaffirmant la doctrine catholique sur ces questions sexuelles ne risque-t-il pas d’être condamné pour propos homophobes ?

Conclusion de Monseigneur RICARD : « Nous ne défendons pas simplement la possibilité de l’Eglise de s’exprimer, mais la liberté d’expression de tous dans une société vraiment démocratique ».

D’un côté, c’est la peur d’un islamisme militant qui s’est accompagnée d’une restriction des libertés d’expression pour toutes les religions. De l’autre, c’est la volonté de lutter contre les discriminations homophobes qui risque d’aboutir à une restriction de la possibilité de s’exprimer. « Etablir un contrôle du langage au nom de l’homosexualité paraît contestable, hors des insultes, calomnies et violations de la vie privée », évidemment condamnées par tous.

Ces propos rejoignent ceux tenus ici même par Jacques GARELLO dans son éditorial « Phobie de l’homophobie », à propos en particulier de l’affaire BUTTIGLIONE, qui parlait d’un « signe alarmant » : «  L’inquisition prend aujourd’hui la forme du terrorisme intellectuel, qui interdit à quiconque de s’écarter de la pensée unique et d’exprimer publiquement ses convictions, du moment qu’elles sont politiquement incorrectes ». Les évêques viennent à leur tour d’en prendre conscience. Mais leur voix sera-t-elle entendue, alors qu’elle n’est pas politiquement correcte ? Mettra-t-on demain les évêques en prison ?