EMPRUNT UNEDIC : PAYER LES DETTES EN S’ENDETTANT Imprimer
Écrit par La rédaction   
Jeudi, 25 Novembre 2004 01:00

Nous avons vu récemment, dans un article de conjoncture, quelle était la situation du chômage en France : avec 9,9% de la population active au chômage, nous détenons le record des grands pays occidentaux.

 Inutile de dire qu’étant donné notre système d’indemnisation, l’UNEDIC a les plus grandes difficultés à assurer le financement de tous ces chômeurs et que le régime d’Assurance-Maladie se trouve dans les plus grandes difficultés.

Lors de la réunion de son bureau national, on a appris que le déficit, qui devait déjà être de près de 3,5 milliards d’euros selon la prévision du mois de juin, atteindra finalement 4,114 milliards cette année 2004. Il faudra compter sur 2,47 milliards de déficit pour 2005. Le déficit cumulé à la fin 2004 sera de l’ordre de 10 milliards d’euros et de 12,4 milliards fin 2005. Ce sont des gouffres financiers qui n’ont d’équivalent que ceux de la Sécurité Sociale ou du budget de l’Etat, encore plus élevés. Tout cela est connu et les prévisions actuelles n’ont fait que montrer une aggravation de la situation : comment pourrait-il en être autrement, avec un chômage en hausse et un système sans aucun régulateur.

Mais ce qui est nouveau, c’est que l’on a appris comment serait financé ce déficit. L’information la plus récente, c’est que l’UNEDIC a reçu l’assurance que l’emprunt obligataire qu’elle voulait lancer allait bénéficier de la garantie de l’Etat, ce qu’elle attendait depuis des mois. Cet emprunt nouveau est de 2,2 milliards d’euros et servira en particulier à compenser le coût du remboursement des prestations interrompues en début d’année pour les chômeurs recalculés.

Selon notre confrère Les Echos, cet emprunt viendra s’ajouter à un autre de 4 milliards d’euros contracté pour la période 2003-2008. Mais ce n’est pas tout. L’UNEDIC a aussi une ligne de crédit de un milliard d’euros pour la période 2004-2005 et des billets de trésorerie représentant 1,2 milliards d’euros. Mieux encore, elle bénéficie d’un système de découvert à court terme –ce qui revient à lui accorder un autre crédit- de 4 milliards d’euros environ. Si nous comptons bien, cela représente environ une somme de crédits de toute nature de 12,4 milliards d’euros.

A quoi a servi cet argent ? A payer les indemnités des chômeurs de 2002, de 2003, de 2004, demain de 2005. Est-ce vraiment raisonnable et est-ce de la bonne gestion ? Qui peut payer ses dettes en contractant de nouvelles dettes ? Qu’un organisme public ou un Etat -comme un organisme privé- emprunte pour financer des investissements à long terme, qui ne seront remboursés que dans dix ou vingt ans, mais qui seront encore là et qui serviront aux générations futures, cela fait partie de la gestion normale. C’est comme un ménage qui emprunte pour acheter une maison et qui rembourse pendant vingt ans : c’est normal, car au bout des vingt ans, la maison est toujours là et rend toujours des services.

Mais que dire d’un organisme privé ou public qui emprunte pour financer ses dépenses courantes, en l’occurrence ici les indemnités de chômage. Peut-on durablement emprunter pour financer son marché quotidien ? On peut discuter du niveau des indemnités de chômage et du nombre de bénéficiaires. Mais une fois que c’est décidé, il faut bien financer les dépenses par des recettes correspondantes de la même année. Ou reconnaître que l’on a mis la barre trop haut et que l’on n’a plus les moyens de financer à ce niveau là.

Mais emprunter dans une véritable fuite en avant pour financer les chômeurs d’aujourd’hui avec l’argent de demain ou d’après-demain, c'est-à-dire faire financer les chômeurs d’aujourd’hui par leurs enfants, voire petits enfants, c’est anormal sur le plan de la gestion économique la plus élémentaire et c’est moralement inacceptable. Cette génération de politiciens va léguer à la jeunesse des dettes à rembourser, rien de plus. A moins que la génération suivante ne refuse l’héritage, en votant avec ses pieds… ce qui rendra la facture encore plus lourde pour ceux qui resteront.