BUTTIGLIONE POLITIQUEMENT INCORRECT Imprimer
Écrit par La rédaction   
Jeudi, 28 Octobre 2004 01:00

Il est universitaire, professeur de philosophie politique.

Il est catholique, très proche et très apprécié de Jean Paul II. Il est proposé par Silvio Berlusconi. Il a des convictions fermes, une foi ardente, et il dit ce qu’il pense. C’est trop pour un seul homme et on ne va pas lui laisser la Vice-Présidence de la Commission Européenne qu’on lui destinait imprudemment.

Rocco BUTTIGLIONE vient en effet de manquer son examen de passage devant les parlementaires européens. Certes, l’investiture n’est pas individuelle et le Parlement doit se prononcer sur l’ensemble du collège des 25 commissaires. Mais la gauche a été scandalisée par les propos de BUTTIGLIONE et fait pression sur M. BARROSO pour qu’il désavoue BUTTIGLIONE ou au moins qu’il le mette à un autre poste.

Le commissaire européen a heurté la gauche par ce que Le Monde appelle des « positions ultraconservatrices dans le domaine des mœurs et de la famille ». Il a condamné l’homosexualité comme un péché et a défini le rôle de la femme « en des termes à faire hurler les féministes les plus modérés ». Qu’on en juge : « La famille existe pour permettre à une femme d’avoir des enfants et d’être protégée par un homme qui prend soin d’elle ». Il est vrai qu’il a précisé pour corriger ses propos : « Je ne veux pas que les femmes restent à la maison, mais elles sont surchargées et nous devons leur permettre d’être mères tout en poursuivant leur carrière ». On croirait une épître de Saint Paul !

Certes, on peut avoir un autre point de vue que le sien, mais reconnaissons que BUTTIGLIONE ne parle pas la langue de bois et qu’il a le courage de ses opinions. Mais là n’était pas l’essentiel du propos. On devrait en effet s’arrêter à ce qu’il a déclaré ensuite. Citant KANT, il a expliqué que le droit devait être distingué de la morale et que ses opinions sur l’homosexualité n’avaient aucune influence sur sa politique. « On peut considérer beaucoup de choses comme immorales, mais on ne peut pas pour autant les interdire ». « On ne peut imposer aux autres notre conception du bien ». Quant à sa position sur la famille, elle relève de la philosophie, non de la politique. Bref, c’est par le dialogue qu’il faut faire évoluer les comportements, pas par la loi.

Notons que cette position est exactement celle de THOMAS D’AQUIN : « On ne peut réprimer tout le mal qu’il y a dans le monde ». Le rôle de l’instance politique est donc différent de celui de l’instance morale. La politique n’est pas l’art du paradis sur la terre -avec des hommes par définition imparfaits et pécheurs- mais l’art du meilleur possible, l’art des conditions qui permettent à chacun de développer librement ses talents et de poursuivre ses propres objectifs ; c’est également cela le bien commun.

Ce sont les sociétés totalitaires qui veulent imposer à chaque individu leur conception du bien et c’est cela que veut imposer la gauche : l’homosexualité est un bien et doit être reconnue légalement par une institution (mariage des homosexuels), la femme doit obligatoirement travailler à l’extérieur, etc. Tous les goulags et tous les camps du monde se sont développés à partir de l’idée que l’Etat devait imposer à chaque citoyen sa conception de ce qui est bien et donc lui dicter ses moindres gestes. C’est de là que naît le totalitarisme.

Dans une société libérale, chacun poursuit son bien propre et chemine à son pas vers la vérité qu’il découvre de lui-même peu à peu, librement. Or que dit M. BUTTOGLIONE ? Ce que la gauche ne veut pas entendre, c'est-à-dire qu’il a sa propre conception -qui est en gros celle de l’Eglise catholique- du bien, qu’il ne veut pas perdre sa liberté de parole et qu’il exprime donc ses valeurs, mais qu’il ne cherche à les imposer à personne, ni à réduire la liberté d’autrui. Autrement dit, qu’il n’y a pas de politiquement correct. Voilà qui est insupportable. Du coup, c’est M. BUTTIGLIONE qui s’est dit victime de discrimination, en tant que catholique et ministre de BERLUSCONI, venant de ceux qui se vantent de lutter contre les discriminations.

Certes, le PPE a soutenu BUTTIGLIONE, affirmant qu’il avait une « grande expérience » et que la justice serait avec lui « en de bonnes mains ». Certains ont trouvé qu’il avait laissé « une excellente impression. ». Mais la gauche, elle, s’est déchaînée, tant son intolérance est grande. Les socialistes trouvent ses propos choquants et expriment des doutes sérieux sur sa capacité à occuper ce poste. Les Verts ne l’ont pas jugé crédible. Résultat : la commission des libertés civiles a émis un avis négatif (à une voix de majorité) sur sa candidature, mais ce n’est qu’un avis. Décidément, il est bien difficile d’exprimer librement un avis différent de la pensée unique.