SEMAINES SOCIALES : DROLES DE PAROISSIENS Imprimer
Écrit par La rédaction   
Jeudi, 14 Octobre 2004 01:00

Les semaines sociales sont une vénérable institution, qui vient de fêter ses cent ans à Lille.

Elles rassemblent chaque année, depuis 1904, des « chrétiens sociaux », qui avaient plutôt le cœur à gauche, mais, qui, du moins au départ, étaient fidèles à l’Eglise et à ses enseignements théologiques. Comme beaucoup de mouvements de militants chrétiens (par exemple syndicaux), ces chrétiens sociaux ont connu progressivement une dérive politique qui a conduit la majorité d’entre eux au socialisme, voire au gauchisme (affaire LIP). La crise a atteint son paroxysme après 68, au point que les semaines sociales avaient disparu.

Elles ont recommencé à se réunir il y a quelques années, à l’initiative d’hommes comme Jean BOISSONNAT, Michel ALBERT ou Michel CAMDESSUS, c'est-à-dire plutôt des sociaux-démocrates. Et depuis les tendances sociaux-démocrates et socialistes ont largement diminué les semaines sociales. C’est ainsi qu’à Lille cette année, pour une seule après-midi (le colloque durait trois jours), on a pu entendre Martine AUBRY (dont on ne savait pas qu’elle était une grande militante chrétienne et dont on se souvient qu’elle avait protesté en 1996 contre la venue du pape en France), puis, pour varier un peu, … Jacques DELORS, tandis que le dîner du soir était présidé par… Pierre MAUROY.

Cela fait tout de même beaucoup pour une seule après-midi. Et on comprend que beaucoup de chrétiens voulant rester fidèles à l’enseignement social de l’Eglise et en particulier à l’enseignement de Jean-Paul II sur le marché, l’entreprise ou le capitalisme ne se soient pas reconnus dans ce type de rencontre. On comprend moins que de nombreux évêques, avec en tête le cardinal ETCHEGARAY, se soient fourvoyés dans cette réunion socialiste.

Certes, des chrétiens sont libres de choisir le socialisme, bien qu’il ait toujours été condamné depuis Léon XIII. Mais de là à donner une caution officielle aux socialistes, il y a un grand pas à franchir. C’est d’autant plus étonnant que, comme le rappelle excellemment Ludovic LALOUX dans un article de décryptage (Fondation de service politique -Liberté politique), les partisans des semaines sociales sont tout sauf fidèles à la pensée de l’Eglise sur un plan cette fois strictement religieux (plaidoyer pour la contraception, encadrement « démocratique » du pape, diaconat des femmes, propositions de périodes de vie commune entre séminaristes et futurs imams…). Bref, ils sont « irrités par le centralisme autoritaire et crispé » de l’Eglise de Rome. Comme le souligne L. LALOUX, « depuis quand fait-on du social équilibré sur du théologique aventureux ? ».

Qu’allaient donc faire nos évêques dans cette galère ? Ils ont manqué pour le moins de la vertu de prudence.

Pour avoir une idée de la teneur idéologique du message de Lille, il suffit de lire le compte rendu enthousiaste de l’ineffable Henri TINCQ dans le Monde. Tous les discours de Romano PRODI à Pascal LAMY, en passant par les leaders socialistes français déjà cités, ont plaidé pour une Europe plus sociale, plus ardente dans le soutien aux exclus et dans le soutien (public bien sûr) aux continents pauvres. Le premier ministre du Luxembourg a, comme le dit Le Monde, réjoui tous les participants en « montrant une résolution antilibérale qui ne pouvait aller que droit au cœur de ce public chrétien », puisque, comme chacun le sait, un chrétien ne saurait être libéral. S’il y a 25 millions de chômeurs en Europe, c’est à cause de la déréglementation libérale : « Elle est devenue la forme la plus malsaine de la pensée unique sur l’économie ». Pour le reste, le congrès a réclamé « des statuts protégeant mieux les travailleurs », ce qui est le meilleur moyen d’aggraver le chômage.

Tout cela est affligeant. Qu’ils se laissent abuser sur des sujets économiques et sociaux, cela s’est déjà vu bien souvent hélas et leur générosité et leur ignorance ont été maintes fois exploitées. Mais qu’ils manquent de vigilance lorsque ce sont des dérapages théologiques ou doctrinaux, c’est plus inquiétant. Ils ne doivent pas connaître grand chose à la doctrine sociale de l’Eglise et à ses prolongements sous Jean-Paul II. Car on a beau lire dans tous les sens Centesimus annus, on y voit tout sauf une ode au socialisme et à l’étatisme. C’est plutôt du coté du libre marché et de l’économie libre que penchent les analyses de Jean-Paul II, dans la pure tradition de Saint THOMAS.

Assurément, le message de l’Evangile ne trouve pas sa fidèle expression dans la social-démocratie. A Lille, l’Esprit Saint n’avait pas été invité par ces drôles de paroissiens.