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EDOUARD MICHELIN : LES « MESURETTES » ET LES 35 HEURES PDF Imprimer Envoyer
Écrit par La rédaction   
Jeudi, 14 Octobre 2004 01:00

Depuis quelques temps, certains entrepreneurs ont osé prendre des positions publiques courageuses et l’on ne peut que s’en féliciter.

Nul doute que ces interventions feront beaucoup pour faire évoluer l’opinion française. Nous en avions fait la remarque déjà à propos d’un article du PDG d’Essilor, Xavier FONTANET, puis de celui de Lafarge, Bertrand COLLOMB. Cette semaine, c’est au tour d’Edouard MICHELIN, cogérant du numéro un mondial du pneumatique, de prendre la parole dans un long entretien accordé au Figaro.  

Edouard MICHELIN parle bien entendu de son entreprise, mais il aborde aussi à cette occasion des questions économiques plus générales. Michelin va-t-elle se transformer en une société d’ingénieurs en France ? « Absolument pas. La base de production française, sans augmenter, restera importante. Nous réaliserons la même production avec moins d’effectifs. Michelin doit rester un groupe industriel solide en France. Encore faut-il que nous ne battions pas tout seuls. Malheureusement, le climat général est aujourd’hui davantage à la recherche d’assistanat qu’à la volonté de gagner ». 

Et les 35 heures ? «  Je me réjouis qu’un débat sur le temps de travail s’amorce. Cette question comporte deux éléments, l’un d’ordre psychologique, l’autre d’ordre technique. Les 35 heures sont nées d’une logique malthusienne de rationnement du travail pour gérer la pénurie d’emploi. Mais elles ont eu un impact psychologique qui pousse à se mettre en roue libre et elles mènent à la désertification. En termes techniques en revanche, cette loi nous a permis d’introduire un peu plus de souplesse dans notre système de production. Et c’était vital ! ». 

« Une chose est claire : ce n’est pas avec des mesurettes, comme celle d’une augmentation des heures supplémentaires, que l’on inversera la psychologie. En France, le paradoxe est que nous avons à la fois un coût du travail très élevé et un pouvoir d’achat insuffisant. Cherchez l’erreur ! Je m’attends, dans les prochaines années, à la montée d’une forte insatisfaction sur le pouvoir d’achat. Les 35 heures ont mis à la poubelle 10% de la productivité dans notre pays et 10% de pouvoir d’achat ! ». 

Et le fameux « chantage à l’emploi » ? «  Je suis choqué quant on les accuse de faire du chantage à l’emploi pour obtenir un rallongement du temps de travail. En fait, ces entreprises ne cherchent qu’à préserver leur compétitivité dans des pays à salaires élevés pour demeurer des employeurs solides. Ne rêvons pas, on ne réussit pas sans effort ! En Allemagne, nous sommes parvenus récemment à trouver un accord avec nos partenaires sociaux en vue d’améliorer notre compétitivité en baissant nos coûts de 30%. Comment ? En adoptant un plan de modernisation industrielle, avec modération salariale et allongement du temps de travail ». 

Voilà un langage nouveau stimulant, qui tranche avec la langue de bois du monde politique.

Dans ces périodes de mutations profondes, trop de Français sont désorientés par le discours politique et syndical qui les plonge tantôt dans le désespoir et la révolte, tantôt dans l’illusion et l’insouciance. Il appartient sans aucun doute à ceux qui y voient plus clair, parce qu’ils sont confrontés aux réalités de l’entreprise et de la concurrence, de dire la vérité sur la situation réelle de notre pays et sur les réformes qu’elle appelle, et de leur redonner confiance.

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1362 du 2 mai 2018

Editorial : Victoire des Black Blocks
Actualité
:
Cinquante ans plus tard - Service national : pour quelle nation ? - Peut-on faire confiance aux iraniens ? 
Connaissance du libéralisme :
La concurrence sauvage
Lu pour vous :
Bertrand Lemennicier, La nation, fétiche politique introuvable


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