LA NECESSAIRE REFORME DE LA POSTE Imprimer
Écrit par La rédaction   
Jeudi, 07 Octobre 2004 01:00

En France, tout commence par une grève. La poste ne fait pas exception et à peine avait-on prononcé le mot réforme que les syndicats appelaient à une grève, peu suivie d’ailleurs.

Cette réforme s’impose pourtant, parce que La Poste est restée un service public archaïque (autant de salariés que la poste allemande et un chiffre d’affaire deux fois moindre et vingt fois moins de bénéfices). Mais surtout parce que le secteur s’ouvre à la concurrence : 34% du chiffre d’affaire courrier est déjà ouvert à la concurrence et ce pourcentage atteindra 46% au 1er janvier 2006.

Tous les autres pays en sont passés par là et nous avons un retard considérable dans ce domaine. On connaît l’exemple de la Suède, que nous avons déjà évoqué. Les guichets de postes traditionnels ont disparu. Les paquets et les timbres sont achetés dans les supérettes ou chez les marchands de journaux. Ce pays pourtant social-démocrate a été le premier en Europe a déréglementer le service postal. Dès janvier 1993, le monopole de l’acheminement du courrier y a été aboli.

35 entreprises détiennent 30% du marché et 5 000 emplois publics ont été supprimés en dix ans. L’évolution technique a été spectaculaire, sous l’effet de la concurrence, et, en particulier, la mécanisation du tri du courrier. 96,2% du courrier est distribué en 24 heures (contre 95% en 1993, ce qui était déjà bien. La comparaison avec la France serait peu flatteuse pour nous). Parce que mieux organisés, de moins en moins d’agents distribuent plus de paquets et de courrier.

Le point essentiel, qui n’est pas compris du tout en France, c’est que la modernisation en Suède est passée par la suppression de 1 800 bureaux de postes. C’est la même évolution qui nous attend et contre laquelle, avec démagogie, la gauche et les  syndicats mobilisent. Car la contrepartie, c’est que 3 000 points services ont, à la place, été ouverts (dans des magasins de toutes sortes). Mais la différence, c’est que les plages horaires d’ouverture sont beaucoup plus grandes que dans les bureaux de postes traditionnels.

On parle beaucoup du service public à la française, mais sait-on que 1 522 points de contacts (bureaux de plein exercice ou annexes) sont ouverts moins de 30 minutes par jour. 1080 bureaux sont ouverts entre 30 minutes et une heure. 1134 entre 1 heure et 2 heures. 1277 entre 2 et 3 heures. 1493 entre 3 et 4 heures, etc. ? Le beau service public ! Ne pense-t-on pas sérieusement que si ce service était transféré dans un commerce privé, les clients y gagneraient en termes d’heures d’ouverture, sans parler de la qualité et de la rapidité du service ? Car c’est là que le mensonge se situe en France : quand on parle de fermer un bureau de poste, c’est ce qu’on dit ; mais on oublie de préciser qu’on ouvre un ou plusieurs points dans des commerces privés, c’est ce qu’on ne dit pas.

Evidemment, ce qui se profile et que ne supportent pas les syndicats, c’est une évolution à la suédoise dans laquelle la notion même de service public a disparu, comme le dit le Figaro «  en faisant rentrer l’activité postale dans le commerce entre le coin loto, le PMU, les bonbons et les sodas ». Mais la grande différence, c’est que les bureaux traditionnels étaient déficitaires et que ces nouveaux points postes sont bénéficiaires. Mais ce n’est pas supportable pour les syndicats, ni même pour une partie de la classe politique, puisque le Président de l’association des maires ruraux de France déclare dans la Figaro que « l’avenir du service postal ne se fait pas dans les bistrots ». Peut-être considère-t-il qu’il s’agit d’une activité sacrée ? Nous avons un siècle de retard sur nos voisins.

Que va-t-il se passer ? Pour l’instant, on réagit à la française, c'est-à-dire que l’Etat consulte les syndicats et les élus (personne ne s’intéresse aux usagers). Pour l’instant, le Président de La Poste s’est engagé à conserver les 17 000 points de contacts du réseau. Mais cela n’exclut pas, dans une hypothèse optimiste, leur privatisation, ou du moins leur transfert dans des commerces privés (il n’y en a pour l’instant que 300 chez des commerçants). (Il faut savoir que 60% des points de contacts sont situés dans les communes de moins de 2 000 habitants qui représentent 18% du marché ! Comme le dit la Cour des comptes, « La Poste n’est pas là où sont ses clients »).

Qu’on le veuille ou non, le service public, même « à la française » a vécu. Et là, l’ancien monopole devra s’adapter, comme pour le téléphone ou l’électricité. La concurrence est la meilleure machine à broyer les privilèges, fussent-ils publics. Voilà ce que n’acceptent pas les syndicats et voilà pourquoi ils font grève. Mais à nos yeux ce qui compte, ce ne sont pas les syndicats, c’est le client.