REFORME DE L’UNIVERSITE : C’EST NON Imprimer
Écrit par La rédaction   
Jeudi, 07 Octobre 2004 01:00

On se souvient que Luc FERRY avait envisagé une réforme de l’université (une réformette pour être plus rigoureux), accordant un peu plus d’autonomie aux universités françaises. Mais il avait immédiatement reculé, sous la pression des étudiants de l’UNEF et des syndicalistes du SNESUP.

Le gouvernement avait pris soin de préciser que la réforme n’était que différée, puisque ce gouvernement était le gouvernement de la réforme… (Des réformes, encore des réformes, toujours des réformes, disait M. RAFFARIN). On attendait donc un projet de réforme de la part du successeur de M. FERRY, François FILLON.

Il vient de répondre de la manière la plus claire dans un entretien au journal le Monde. A la question « Relancerez-vous le chantier de l’autonomie des universités », M. FILLON répond «  L’autonomie n’est pas le problème majeur de l’université aujourd’hui. Il faut réfléchir à l’évaluation et donner en priorité toute sa place à la recherche à l’université ». Exit donc la réforme.

Or, quoi qu’en pense M. FILLON, l’autonomie des universités est le problème majeur. Les universités françaises meurent aujourd’hui de la centralisation napoléonienne. Tout, des postes au budget, comme à la pédagogie, se décide à Paris. Il n’y a aucune autonomie dans le recrutement des étudiants, comme dans celui des enseignants, comme dans le choix des ressources ou des programmes : le moindre diplôme doit être habilité depuis Paris. La concurrence n’existe pas et les universités privées sont dans l’impossibilité de se développer.

Or la concurrence est le phénomène majeur dans le monde universitaire aujourd’hui : il existe un marché de l’éducation et, les étudiants devenant mobiles, nous sommes en compétition avec la planète entière. Selon M. FILLON, voilà qui n’est pas une priorité et qui ne mérite pas une réforme. Pense-t-on rivaliser avec les universités anglaises ou américaines ou japonaises en restant dans le colbertisme et dans l’université napoléonienne ?

Pour prendre un exemple que cite M FILLON, celui du recrutement des étudiants, on sait qu’en France tout bachelier a accès sans contrainte à l’université de son choix. Résultat : un abandon en premier cycle, des échecs considérables et des diplômés en nombre sans aucun rapport avec la réalité économique.  Que répond M. FILLON ? «  Contrairement à beaucoup de pays industrialisés, l’université française ne sélectionne pas ses étudiants à l’entrée. La sélection s’opère de fait dans les deux ans qui suivent. Je n’ai pas l’intention de changer ce système qui appartient à la tradition française. ». Bref M. FILLON préfère la sélection par l’échec à la sélection à l’entrée, ce qui, il le reconnaît lui-même, provoque un véritable gâchis. Mais il ne propose comme remède qu’une meilleure information pour convaincre les étudiants.

Mais M. FILLON est un véritable réformateur. Ne vient-il pas de révolutionner l’université en proposant un ordinateur portable pour chaque étudiant pour « le prix d’un café par jour » soit un euro ? Voilà qui a mobilisé les services  de l’Etat, qui ont réussi à convaincre banques et industriels. Mais lorsqu’on regarde ce système, on s’aperçoit qu’il s’agit d’un simple prêt sur trois ans, ce que le marché avait déjà parfaitement organisé de lui-même : des prêts sans grande formalité, à taux d’intérêt faible. Dans cette affaire, le gouvernement a joué la mouche du coche et n’a fait que donner une publicité à ce qui existait spontanément. Mais comme l’Etat ne sait rien faire sans dépenser de l’argent, cela va s’accompagner de quelques centaines de millions pour aider les universités à s’équiper de bornes Wi-Fi et pour donner un abonnement gratuit à internet. Et certaines universités vont participer au financement de ces portables. Comme cela, les étudiants auront le sens de la gratuité et penseront que rien n’a un coût. Voilà les gadgets dont raffolent nos ministres, au lieu d’aborder les problèmes de fond.

En fait l’université française est au bord du gouffre. La meilleure université française a été classée 65° sur le plan international. On consacre deux fois moins d’argent aux étudiants qu’aux lycéens, car on se focalise sur le seul financement public, alors que partout à l’étranger d’une part les étudiants paient une partie du coût de leurs études (car c’est un investissement en capital humain) grâce à des prêts ou des bourses ou aux revenus familiaux, d’autre part les financements privés, en particulier en matière de recherche, sont importants. En France, il n’y a qu’un financement public et donc, comme l’Etat n’a plus d’argent, les universités françaises sont sous équipées.

Le refus du secteur privé, qui est présent partout à l’étranger aux cotés du secteur public, est un autre facteur invalidant, et il ne peut se développer à la fois pour des raisons financières et réglementaires et parce que les étudiants français vivent sur le mythe de la gratuité des études. Et comment faire de l’excellence dans l’université si l’on ne peut ni choisir ses sujets de recherche (c’est le ministère qui habilite les projets des laboratoires), ni choisir ses enseignants et ses chercheurs, ni choisir ses étudiants, ni choisir ses financements.

Voilà sans doute pourquoi M. FILLON se refuse à préparer une réforme donnant plus d’autonomie aux universités. Tout va très bien madame la marquise. Et il est sûrement politiquement beaucoup plus intéressant d’amuser les étudiants avec des portables à un euro par jour. Nous aurons ainsi des étudiants bien équipés dans une université en ruine. Mais M. FILLON sera populaire sur les campus pour avoir fait de la démagogie et refusé les réformes nécessaires. C’est cela, la vraie politique ! C’est cela, être homme d’Etat !