EUROPE : LE « OUI DE COMBAT » DES SOCIALISTES Imprimer
Écrit par La rédaction   
Jeudi, 30 Septembre 2004 01:00

Après Lang, après Hollande, voici Jospin : les caciques du PS se prononcent pour le oui.

Avec une insistance d’autant plus grande que chez les militants et dans certaines fédérations (dont la très puissante fédération du Nord) la majorité penche en faveur du non. Laurent Fabius avait mis les pieds dans le plat, mais sa position était tellement liée à ses ambitions présidentielles qu’elle n’avait pas beaucoup de signification.

Tout au contraire, les arguments avancés par les partisans du oui sont bien plus significatifs, et devraient inspirer aux libéraux la plus grande des méfiances sur le sujet.

Attardons-nous principalement à la position de François HOLLANDE, qui prône un « oui de combat ». Dans un entretien au Monde, le premier secrétaire du PS affirme qu’en votant oui à la constitution, il défend l’identité du PS et que le projet de constitution comprend des « avancées » et « aucun recul ». Ce qui est en jeu « c’est l’avenir de l’Europe ». « Compte tenu de la force électorale que représente le PS aujourd’hui, c’est sa position qui décidera du sort du référendum et permettra donc à l’Europe de franchir une étape nouvelle ou provoquera un blocage durable. C’est dire si notre débat est grave ».

Si le texte était rejeté, « il y aurait bien une crise, si, après deux ans de travail en commun, l’accord de tous les chefs d’Etat et de gouvernement, la France devait déchirer un texte qui constitue un progrès par rapport aux traités existants, puisqu’il dote l’Europe d’une Charte des droits fondamentaux, d’une possibilité de coordination économique au sein de la zone euro et qu’il donne enfin un fondement juridique aux services publics. Bref, il s’agit de savoir si nous montons d’un cran et prenons cet acquis ou si nous redescendons au bas de l’échelle ». Voilà des acquis dont les libéraux se passeraient bien.

« Il s’agit aussi, pour le PS, de savoir s’il s’isole de tous ses homologues européens et rejette d’un revers de main le soutien de la confédération européenne des syndicats au traité constitutionnel. Il y aurait alors une double crise : européenne et socialiste. Car, au-delà du traité lui-même, les socialistes doivent être fidèles à leur histoire. Ce sont eux qui, depuis vingt ans, ont pris les décisions majeures pour l’Europe (…). Nous avons aussi un devoir de fidélité vis-à-vis du parti socialiste européen (…). Tous les partis d’Europe nous demandent de travailler avec eux dans cette nouvelle Constitution ».

Quant aux Verts, par la voix de Daniel COHN-BENDIT, ils assurent qu’ils feront « campagne pour que les militants socialistes disent oui à la constitution ». Et le leader de mai 68 d’ajouter que ce texte confère au Parlement le pouvoir de légiférer dans tous les domaines et « parce que, pour se battre pour l’Europe sociale, il vaut mieux prendre la constitution que la rejeter. C’est elle, par exemple, qui donne une base juridique nécessaire pour imposer les services publics ». Voilà qui achève de nous convaincre : il faut voter oui pour défendre l’Europe sociale telle que la souhaite M. COHN-BENDIT.

Certes, nous sommes conscients que les rangs du non ne sont pas tous constitués de libéraux et que certains votent non pour de mauvaises raisons (laissons de coté les choix purement tactiques comme ceux de Laurent FABIUS). Mais une étude approfondie des déclarations des partisans du oui à gauche, des verts aux socialistes de tous les pays d’Europe en passant par les syndicalistes, nous montre que cette constitution n’est guère libérale, puisque les uns et les autres, tous étatistes et interventionnistes, s’en satisfont. Quant à ceux qui, à droite, votent oui, s’ils défendent la constitution, c’est du bout des lèvres et jamais en avançant en sa faveur un argument libéral, qu’ils seraient bien en peine d’y trouver d’ailleurs. Pour le moins, reconnaissons que toutes ces déclarations nous incitent à être méfiants et à y réfléchir à deux fois. Cet enthousiasme pour la constitution de la part des socialistes et des syndicalistes européens nous inquiète.