OCDE : « DEUX FAMILLES DE PERFORMANCES » Imprimer
Écrit par La rédaction   
Jeudi, 30 Septembre 2004 01:00

On a habituellement retenu de la dernière analyse de l’OCDE que la croissance serait en moyenne en 2004 plus élevée que prévu.

Pour l’OCDE, la reprise « semble bien installée ». Pour l’année en cours, l’estimation de croissance est certes un peu en recul aux Etats-Unis, mais elle y reste très soutenue (4,3% contre 4,7%). Elle est beaucoup plus forte que prévu au Japon (4,4% au lieu de 3%), avec une sortie définitive de la déflation. Elle se situera à 3,4% au Royaume-Uni (contre 3,1%). Elle devrait être un peu plus forte que prévu eu Allemagne (1,7% au lieu de 1,1%) et dans la zone euro en général (2,0% contre 1,6%), y compris en France (2,7% au lieu de 2,0%). Mais dans ce dernier cas, comme nous l’avons déjà souligné, cette croissance apparente s’explique par le dérapage du secteur public (du budget de l’Etat à l’assurance-maladie) et non par une progression réelle du secteur privé. Elle devrait donc être sans lendemain, une fois les artifices publics dissipés.

Le rythme relativement soutenu attendu au cours de second semestre 2004 devrait donc, en moyenne, montrer que la reprise se poursuit à un bon niveau. En outre, contrairement à ce que l’on pouvait craindre, l’impact de la hausse du prix du pétrole sur l’économie en général et l’inflation en particulier aura été faible. Bref  « l’ensemble des informations conjoncturelles dont on dispose laisse augurer une croissance relativement soutenue pour le second semestre de cette année dans l’ensemble de l’OCDE ».  Le trou d’air du second trimestre est maintenant surmonté. Il est un peu tôt pour savoir ce qui va se passer en 2005, mais il est à espérer que les banques centrales ne vont pas, par une politique de maniement excessif du taux d’intérêt, perturber ce mouvement de croissance. Les erreurs de politique conjoncturelle et en particulier monétaire se paient, hélas, très cher. Pour l’OCDE « cela signifie que les banques centrales pourront faire l’économie d’un resserrement de leurs politiques monétaires ».

Mais ce qui a été moins commenté, c’est que l’OCDE considère que, dans le monde industrialisé, il y a « deux familles de performances » qui existent : les pays anglo-saxons (auxquels on ajoute le Japon), qui connaissent une croissance rapide  et qui « font preuve d’une plus grande capacité de résistance aux chocs extérieurs » ; et les pays d’Europe continentale, à l’activité moins forte, et qui souffrent souvent d’une perte de compétitivité à l’extérieur. C’est ainsi également que les investissements progressent beaucoup plus vite dans le monde anglo-saxon ou au Japon qu’en Europe continentale. En outre la reprise, moins vive, est également plus pauvre en emplois en Europe continentale, et tout particulièrement en France, alors que, comme nous l’avons rappelé ici même, la création d’emplois reste soutenue aux Etats-Unis.

Cette différence entre le monde anglo-saxon et le reste de l’Europe recouvre également une autre différence quant au poids de l’Etat et à la flexibilité du marché du travail. Dans la vieille Europe, les prélèvements sont au plus haut, les entreprises publiques toujours importantes, l’interventionnisme étatique toujours présent, et le marché du travail toujours aussi rigide. Le monde anglo-saxon supporte moins d’impôts, connaît un moindre interventionnisme étatique et a un marché du travail beaucoup plus flexible. Evidemment, lorsqu’il y a reprise mondiale, tous les pays progressent, mais la différence entre une reprise médiocre et une croissance soutenue se mesure avant tout à partir de ces différences de situation. Si l’Europe refuse les réformes, elle ne connaîtra jamais une croissance à l’anglo-saxonne et un faible chômage comme en Angleterre, aux Etats-Unis ou au Japon.

Seul point négatif que l’on trouve aux Etats-Unis comme en Europe : les déficits publics, qui, dans tous les cas, sont excessifs et menacent croissance et équilibre économique.  Leur réduction est, partout, beaucoup trop lente. Mais, là encore, gageons que le recul nécessaire des dépenses publiques, pour réduire le déficit, sera plus facile à réaliser dans les pays flexibles et habitués aux réformes que dans les pays bloqués par des réflexes conservateurs et étatistes. Et la croissance plus rapide dans le monde anglo-saxon va mécaniquement gonfler les recettes fiscales, même à taux d’impôt inchangé, et réduire ainsi le déficit public. La vieille Europe, et en particulier la France, risque de payer longtemps le refus des réformes.