Deutsche Bank : un risque de crise financière majeure ? Imprimer
Mardi, 11 Octobre 2016 00:00

Pour beaucoup de commentateurs la situation actuelle de la Deutsche Bank est comparable à celle de Lehman Brothers, dont la faillite entraîna en 2008 la plus grave crise financière depuis 1929. Même délit et même peine. Le délit c’est l’imprudence d’une gestion où des masses de crédits sont assis sur des fonds propres ou durables ridicules. La peine, c’est l’impossibilité de faire face à ses engagements, la sévérité de l’administration américaine qui veut lui infliger une amende très lourde, et la perspective de faillite pure et simple. Mais suivant la règle « too big to fail », peut-on imaginer la faillite d’une banque encore plus puissante que feue sa concurrente américaine ? On va mettre la main à la poche, mais qui ?

 

Les erreurs de gestion

Lehman Brothers avait joué les subprimes sans réserve : l’aubaine de taux d’intérêt garantis par l’Etat à un niveau très supérieur à celui du marché ne pouvait se manquer. Les crédits ont donc été distribués sans sélection véritable et ont servi de bases à des produits dérivés vendus à d’autres banques. Tout était en place pour le jour où les emprunteurs (pour des crédits immobiliers) ne pourraient plus rembourser.

Chez Deutsche Bank, le scénario a été à peu près le même, à cela près que les taux étaient élevés non par ordre du gouvernement, mais parce que les emprunteurs étaient solides mais en difficultés jugées provisoires. On voit la Deutsche Bank prêter à l’Etat français (pour Renault), aux banques italiennes, sans respecter aucune règle prudentielle, trichant avec les ratios imposés par les autorités financières (comme la BRI, Banque des Règlements Internationaux) ou avec les règles boursières habituelles. Comme LB, mais à plus grande échelle, DB va transformer ces créances imprudentes (elles ne sont pas encore douteuses) en produits dérivés, au point qu’elle est engagée pour 12 % des produits dérivés dans le monde, soit 46.000 milliards de dollars !

 

La régulation financière en cause

Les autorités financières internationales ne sont pas innocentes dans les imprudences de DB. Tout d’abord, il en est toujours de même : la réglementation crée le marché noir et des profits substantiels. A la différence de la plupart des banques qui ont courbé l’échine devant la BRI et ses exigences invraisemblables et irréalistes, Deutche Bank s’est crue assez forte pour faire ce que les autres ne voulaient plus faire. Ultime recours au trafiquant quand les produits sont rares. D’autre part, les infractions de DB sont d’autant plus graves que la règlementation est plus stricte, et il faudrait des fonds propres au moins dix fois supérieurs pour éponger les créances douteuses en cas d’urgence, ce qui représente pas loin de 1.000 milliards de dollars (contre 100 milliards disponibles actuellement). Ensuite, en Allemagne même, l’activité de la DB a souffert d’une concurrence déloyale des caisses d’épargne, qui bénéficient d’un régime fiscal plus avantageux. Enfin, et non le moindre, la politique des taux d’intérêt nuls ou négatifs a réduit les rendements des actifs de la DB, dont le très important volume permettait jusqu’à présent d’éviter la crise de trésorerie. Voilà des illustrations d’une grande loi économique et financière : quand le mécanisme des prix et des profits est artificiellement manipulé les risques sont multipliés, rien n’est plus fiable.

Too big to fail

La masse de la DB est démesurée et, à la différence de LB, elle a une clientèle de déposants très fournie : près de 600 milliards d’euros. Quelles garanties ont aujourd’hui ces déposants ? La faillite signifierait la panique. Si les poursuites menées par l’administration américaine devaient se terminer comme prévu par une amende de 14 milliards de dollars, il ne resterait pas grand-chose des fonds propres et de la capitalisation boursière de la Banque.

Alors quoi ? A ce jour, la Chancelière et Wolfgang Schäuble, son ministre de l’économie, ne veulent pas entendre parler de sauvetage par l’Etat. Mais comment refinancer la DB ? Qui lui porterait secours ? Le FMI s’est déjà rétracté et la FED n’en a pas le droit. Personne n’ose imaginer la faillite. Il reste à politiser le problème, à négocier au niveau des chefs d’Etat. L’Union Européenne obligerait-elle les Etats membres à mutualiser les risques financiers ? On transformera alors la dette bancaire en dette publique – on trouvera les techniques ou les supercheries voulues. Triste destin du capitalisme de connivence.

 
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