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Dans sa grande magnanimité, lempereur Caligula (37-41) décida un jour de nommer consul son cheval. Il nhésita donc pas à le présenter aux autres consuls ébahis et apeurés - et leur demander de lui porter autant de respect quà lui-même. Caligula inaugure ainsi la tradition de nommer des « proches » dans des postes importants, tradition qui se perpétue encore aujourdhui en France. Depuis mai 2002, Jacques Chirac a nommé plusieurs personnalités à la tête de la plupart des principales institutions du pays. Le point commun de toutes ces personnalités, cest quelles sont toutes des proches de lElysée, voire des amis intimes. En voici quelques exemples. Le gaulliste Pierre Mazeaud a été nommé Président du Conseil constitutionnel en février 2004 pour succéder à Yves Guéna, lui-même porté à la tête de lInstitut du monde arabe ; le renouvellement du collège des personnalités qualifiées au CES (Conseil économique et social) - comme nous lavons expliqué il y a quelques semaines - a permis au chef de lEtat dy placer des ministres démissionnés ou des élus battus au dernières élections régionales. Ainsi, Luc Ferry, ancien ministre de lEducation Nationale, entrera au CES tout en présidant le nouveau Conseil danalyse de la société rattaché à Matignon où il siégera au côté de son ex-collègue de la culture, Jean-Jacques Aillagon, qui doit aussi prendre en charge la Fondation pour lart contemporain de François Pinault. Dailleurs, le CES va accueillir une bonne quinzaine de personnalités proches du chef de lEtat. De même, des serviteurs de la chiraquie sont nommés à la tête du Centre national de la cinématographie (Catherine Colonna, porte-parole de lElysée depuis 1995) ou à la tête de létablissement public du château de Versailles (Christine Albanel, ancienne « plume » du président). Sans oublier le choix, plus ancien, de Dominique Baudis pour la présidence du Conseil supérieur de laudiovisuel ou dun ancien parlementaire RPR du Nord pour la Commission nationale de linformatique et des libertés. Mais ces nominations ont été précédées par dautres dès lété 2002 lorsque M. Chirac a désigné les nouveaux préfets, des hauts magistrats, le directeur général de la police nationale, les patrons de la DST et de la DGSE ou bien celui de la Caisse des dépôts et consignations. Enfin, les dernières en date et pas des moindres sont les installations des Philippe Séguin en tant que premier Président de la Cour des Comptes et dun proche de M. Raffarin à la direction dEDF (Voir notre article dil y a trois semaines). Toutefois, il ne sagit pas dun phénomène dexception, comme essaient de nous faire croire les médias ou le PS, mais dune caractéristique de notre République. Cela a commencé avec de Gaulle et a pris des dimensions pharaoniques du temps de François Mitterrand qui avait pris lhabitude de nommer régulièrement à des postes importants ses amis personnels, ses favoris, des serviteurs ou des courtisans ne possédant aucune compétence particulière, mais ayant la chance de faire partie du sérail du Prince. Cest ce qui sest passé dès larrivée au pouvoir de Mitterrand en 1981, lorsquil a fait main basse sur tous les postes « stratégiques » de lEtat, en commençant par les médias et la création la Haute Autorité de laudiovisuel censée nommer les présidents de chaînes proposés par lElysée ; en 1985, lorsquil avait pris un décret allongeant considérablement la liste des entreprises publiques dont les patrons devaient être nommés en conseil des ministres (une façon danticiper les privatisations de la droite et de garder le contrôle sur ces entreprises). La récompense des vaincus était aussi pratiquée à lépoque du règne mitterrandien. Lors de la déroute électorale des socialistes aux élections régionales et cantonales de mars 1992, le président décida de monter en grade quelques battus en les faisant entrer dans le nouveau gouvernement Bérégovoy (Jean-Louis Bianco, Michel Charasse et René Teulade furent nommés ministres malgré leur défaite électorale). Dailleurs, dans ce nouveau gouvernement Bérégovoy, huit ministres avaient, à un moment ou un autre, travaillé à lElysée depuis 1981, la plupart des autres étant des familiers du président comme MM. Lang et Kiejman . Les postes ne sont pas accordés seulement aux battus, à ceux que les Français ne veulent pas, mais qui sont quand même imposés par le pouvoir, mais aussi aux escrocs et aux coupables. Comment expliquer la nomination de Bernard Tapie au ministère de la Ville en avril 1992, trois mois avant sa mise en examen (que tout le monde attendait) ? Ou bien celle de Georgina Dufoix, ministre des Affaires sociales à lépoque du scandale du sang contaminé (1984-85), accusée dempoisonnement, battue aux élections législatives de 1988, à la tête de la Croix-Rouge française tout en conservant un bureau à lElysée ? Impliqué dans deux affaires retentissantes, Rainbow Warrior et Luchaire (vente clandestine et illégale dobus à lIran), le ministre de la défense, Charles Hernu, ne démissionnera que parce que ces scandales (en particulier le premier) prirent des dimensions internationales. Immédiatement, on lui proposa, non pas la Maison de la Santé, mais le siège du PS et un poste dexpert en questions de Défense. La pratique des nominations est donc une tare de notre Vème République qui ressemble plus à lépoque de lEmpire ottoman quà la démocratie du début du XXIème siècle. Ce système pervertit le fonctionnement dune démocratie, alimente le copinage et le népotisme et empêche les réformes et les initiatives. Philippe Séguin osera-t-il publier un rapport explosif sur les dépenses de lElysée ? Les membres du CES sortiront-ils des études révolutionnaires pour réformer lEtat ? On peut en douter. On a rarement vu des courtisans contredire les princes.
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