LA TAXE MONDIALE, VOUS DIS-JE !


C’est pire que le médecin de MOLIERE, avec « le poumon, vous dis-je ». Le Président Jacques CHIRAC est pris d’un véritable tic avec son projet de taxe mondiale. Quel que soit le sujet, c’est la solution qu’il propose. C’est bien entendu le cas pour la question du développement, et il ne cesse de la répéter de New York à Davos, en passant par Paris. Mais voilà que c’est désormais aussi la solution unique pour lutter contre le sida.

C’est en tous cas ce qu’il vient de déclarer aux participants du sommet de Davos. Il est pourtant intellectuellement plus proche du forum alter mondialiste de Porto Alegre, mais, cette année, il avait fait savoir -à la dernière minute- qu’il participerait au forum de Davos, ne voulant sans doute pas laisser seuls ses amis Tony BLAIR et Gerhard SCHRÖDER. Hélas, la météo en a décidé autrement, puisqu’il n’a pu se rendre sur place (notons que les autres dirigeants mondiaux, pour leur part, se sont posés sans encombre). Il s’est donc adressé aux participants par visioconférence.

Il a repris le thème du monde menacé par « le fossé croissant qui oppose les riches et les pauvres », comme s’il ne fallait pas nuancer suivant les situations et les pays et comme si aucun pays du tiers monde n’avait connu le moindre progrès. Bref, « le développement est le premier défi et la première urgence de notre temps ». On veut bien le suivre sur ce terrain et il est vrai que le sous-développement est un scandale.

Mais là où nous ne le suivons plus, c’est en ce qui concerne les solutions. Reprenant les idées déjà développées dans d’autres lieux, il jugeait nécessaire de « vaincre la pauvreté par l’alliance du marché et de la solidarité ». Mais dans cette équation, le volet marché semble bien peu peser et il ne reste guère que la solidarité forcée, c'est-à-dire publique. Le seul élément nouveau, c’est que cette fameuse taxe serait aussi la solution au drame du Sida. Là encore, le Président pointe un vrai problème, mais imagine toujours la seule solution de la taxe internationale.

En revanche, il n’a pas tranché sur le type de taxe. Il a fixé un calendrier (trouver un impôt mondial d’ici à 2006) et une somme (il parle de 50 milliards de dollars pour cette date). Mais l’assiette pourrait varier : soit les transactions financières (du type taxe TOBIN), soit une taxe sur les « paradis fiscaux » (compenser le secret bancaire et l’évasion fiscale qu’il provoquerait, par une taxe sur les capitaux sortants et entrants), soit une contribution sur le carburant utilisé dans les transports maritimes et aériens, soit un prélèvement sur chaque billet d’avion vendu dans le monde.

Passons sur l’utopie de cette taxe : il faudrait pour qu’elle ait un sens que tous les pays sans exception se mettent d’accord, ce qui est impossible, sinon il y aura des effets de délocalisations, sans parler des effets pervers de la taxe. Mais surtout le Président semble oublier encore une fois, comme nous n’avons cessé de le rappeler ici même, que le commerce est la meilleure forme d’aide et constitue le seul facteur de développement. Quant au sida, il semble oublier que des négociations sont en cours dans le cadre de l’OMC pour libéraliser le marché des médicaments et faire baisser les prix.

Il doit probablement également ignorer que, du coté de l’aide, seule l’aide privée est efficace, car elle atteint en général son but, sans gaspillage ou corruption, alors que l’essentiel de l’aide publique est détourné et alimente la corruption. En outre, il ignore les dernières statistiques de l’Institut de finance internationale, qui montre qu’en 2004 les flux de capitaux privés vers les pays émergents ont représenté net 165 milliards de dollars, alors que les flux publics ont été négatifs (à cause du poids des remboursements) de 18,5 milliards de dollars. Qui contribue au développement réellement ? Les capitaux privés ou les capitaux publics ?

Mais il est tellement plus facile de se donner bonne conscience à bon marché en proposant, pour tout problème, une taxe internationale, qui ne fera que créer une nouvelle bureaucratie, des distorsions, et alimenter la corruption, sans atteindre aucun des buts recherchés. Le Président croit-il sérieusement que les pays du tiers monde qui se sont développés si vite l’on fait grâce à des taxes internationales ? Et ceux qui ont pu se débarrasser du fléau des grandes épidémies l’ont-ils fait en recourrant à l’impôt mondial ? Certes, Jacques CHIRAC cherche à faire plaisir à ses amis alter mondialistes et aux présidents d’extrême gauche comme LULA. Mais ces questions de développement ou d’épidémies sont trop sérieuses pour qu’on prétende les traiter avec des remèdes incantatoires dignes des médecins de MOLIERE.

 

 

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