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MEDECINS :
VERS LA FIN DE LA LIBERTE DINSTALLATION ?
« Il faut sinterroger sur le bien-fondé de la totale liberté dinstallation des professionnels de santé libéraux ». Cette phrase extraite du fameux rapport sur la réforme de lAssurance-Maladie soulève discrètement mais clairement un point capital de cette réforme. Et semaine après semaine, on y revient, comme pour habituer lopinion -et les médecins- à cette éventualité. Les pouvoirs publics, à leur tour, sinterrogent sur ce « bien-fondé ». Bien entendu, les arguments avancés officiellement sont techniques et non pas idéologiques. On avance dabord les déséquilibres géographiques. Comme le dit si bien Le Monde, qui participe à ce combat, sur six colonnes et une page entière « La mauvaise répartition des médecins menace leur libre installation ». Ce nest pas le gouvernement ou le projet de réforme qui menacent la liberté dinstallation, mais ce sont les médecins eux-mêmes en allant sinstaller là où il ne le faut pas. Ils sinstallent par exemple plus volontiers là où le climat est plus clément. Mais existe-t-il des mécanismes incitatifs pour sinstaller ailleurs ? En voulant supprimer tout mécanisme libéral, tout élément de marché de la santé, on rend les adaptations volontaires impossibles. Car sur un marché libre, sil y avait pénurie de médecins ici, les prix des honoraires progresseraient, incitant les médecins à choisir les régions désertées, alors que la concurrence ferait baisser les prix là où les médecins seraient trop nombreux. Le Monde va jusquà parler de déserts médicaux ; mais sur un marché libre il ny a ni déserts, ni pénurie. En outre, il faut y réfléchir à deux fois avant de parler de mauvaise répartition, car sil y a plus de médecins dans le sud, il y a aussi proportionnellement plus de personnes âgées, qui réclament plus de soins. Désormais, le sujet nest plus tabou (contrairement à celui de la concurrence et du marché) et le Monde souligne que « le sujet, révolutionnaire pour la profession, fait désormais partie des discussions menées par Jean-François MATTEI, le ministre de la santé, avec les syndicats de médecins sur la réforme de la Sécurité Sociale ». Plus généralement, on accuse loffre de soins dêtre la cause de la surconsommation médicale (personne ne songe à accuser la gratuité dêtre la cause de cette surconsommation), puisque, dans une région, plus il y aurait doffre de soins, plus la demande serait forte, ce qui est absurde, car la demande dépend avant tout du prix. Et lorsque le prix est quasi-nul, il ne faut pas sétonner que la demande soit forte. Et sil y a pénurie de médecins ailleurs, outre labsence de liberté des tarifs, il faut en voir la raison dans la politique trop stricte du numerus clausus, qui a mal apprécié les besoins médicaux. Mais comme il nest pas question de laisser jouer le marché, lEtat envisage, au mieux, des aides publiques, socialisant un peu plus la médecine, au pire la fin de la liberté dinstallation. Il ny a quà ajouter la fin du libre choix du médecin par le malade, et on aura achevé la socialisation de la médecine. Car le haut conseil ny va pas par quatre chemins. Il suggère de lier « la question du conventionnement et celle de linstallation » : si vous ne vous installez pas dans la bonne région, vous ne serez pas conventionné. Soit dit en passant, il nous semble nous souvenir quà la satisfaction générale -sauf à la notre (nous avions parlé dun consensus inquiétant)- ce rapport du haut comité avait été adopté dans un joyeux consensus. Peut-être certains avaient-ils négligé de le lire ? Certains médecins crient maintenant au scandale. Il leur faut réfléchir à ceci : les libertés sont indissociables. Si les médecins acceptent la fin des honoraires libres, ou refusent la mise en concurrence de lassurance-maladie, quils ne sétonnent pas de voir leur liberté dinstallation remise en cause. La dynamique des libertés est forte. Celle des atteintes à la liberté aussi. Quand on refuse la liberté et la concurrence, il ne faut pas sétonner si les étatistes de tous bords poussent le raisonnement jusquau bout et suppriment toutes les libertés médicales. La médecine ne peut être libérale à moitié ; elle est ou libérale ou socialiste. Le reste nest pas une position durable. Comme le disait déjà Jacques RUEFF : « Soyez libéraux, soyez socialistes, mais ne soyez pas menteurs ». On ne peut être libéral à moitié, ni socialiste à moitié. Cest vrai dans le monde de la médecine comme ailleurs.
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