ONU : LA COMMISSION DES DROITS DE L’HOMME EN QUESTION


Il y a des années que la commission des droits de l’homme de l’ONU pose des problèmes, car elle ne semble avoir pour fonction principale d’éviter la condamnation des Etats totalitaires. On se souvient qu’elle avait même été présidée par la Libye, pays comme on le sait très soucieux des droits fondamentaux de la personne humaine, « La Libye des droits de l’homme » disait Jacques Garello.

Cette année encore, la 61° session de la Commission, qui s’ouvre devant trois mille représentants officiels, experts et militants des droits de l’homme, à Genève, n’échappe pas à la tradition. Une session alternative se tient parallèlement, dont on peut attendre le pire comme le meilleur, mais qui se donne pour mission de « bousculer la raison d’Etat », ce qui est plutôt sympathique a priori. Les ONG seront présentes, puisqu’elles peuvent participer à la Commission, avec une longue liste d’Etats à condamner. Les délégués des gouvernements ont une liste beaucoup plus courte, pour ne faire de peine à personne. C’est ainsi que l’Union européenne ne présentera que deux résolutions, pour condamner la situation en Corée du nord et en Birmanie, ce qui est bien, mais insuffisant, tandis que les Etats-Unis ne présentent qu’une seule résolution, contre Cuba, ce qui là encore est tout à fait justifié, mais un peu court.

Mais on apprend par exemple, comme le rapporte Le Monde, que le Soudan ne se fera pas condamner pour les événements qui se produisent au Darfour et mieux encore que ce pays a été élu parmi les 53 pays membres de la Commission des droits de l’homme « dont la moitié, selon les ONG, sont des pays violateurs ». Mais se faire élire est le plus sûr moyen de ne pas se faire condamner, car on peut ainsi entre dictateurs se rendre des services réciproques.

Rien à craindre dans ces conditions pour la Russie, en dépit de la Tchétchénie, ni pour la Chine ou pour l’Iran. Personne ne veut leur faire de peine. Comme le dit Le Monde, qui a pourtant habituellement beaucoup d’indulgence pour les dictatures, pourvu qu’elles soient situées du bon coté de l’échiquier politique, « la Commission est devenue le repaire de pays violateurs qui, par des jeux d’alliance, parviennent à éviter qu’aucun d’entre eux soit condamné et découragent les initiatives ».

Mais le climat s’est modifié. Kofi ANNAN, secrétaire général des Nations Unies, avait demandé à seize personnalités indépendantes un rapport sur la réforme de l’ONU. Il a été très critique pour cette Commission des droits de l’homme. Le rapport suggère en particulier que tous les pays en fassent partie, et pas seulement une minorité soigneusement choisie. Le groupe d’experts a critiqué la Commission « pour l’érosion de sa crédibilité et de son professionnalisme ».

Quant aux responsables des ONG, ils sont déchaînés contre la Commission, considérant que cette session est celle de la dernière chance. Il faut pour les ONG « restaurer les mécanismes de mise en cause des Etats violateurs ». Selon Le Monde, les ONG « dénoncent fortement toute atteinte aux mécanismes de contrôle existants, tels que les rapporteurs spéciaux, ces experts indépendants et bénévoles envoyés dans les pays mis à l’index par la Commission ». En sens inverse, les pays membres les moins respectueux des droits de l’homme veulent remettre en cause ces mécanismes de contrôle.

En revanche, qu’on se rassure, les choses avancent dans d’autres domaines et il y a plusieurs initiatives thématiques, dont une résolution sur le respect des droits de l’homme par les multinationales. C’est effectivement la priorité absolue. Il est sûr que Coca-cola menace plus les droits de l’homme que le communisme chinois ou cubain, sans parler de celui de la Corée du Nord… Il y aura aussi une résolution pour s’inquiéter des violations des droits de l’homme liées à la lutte contre le terrorisme. C’est effectivement la principale atteinte aux droits de l’homme, du moins de l’homme terroriste. Et l’on s’étonnera après cela que l’ONU ait perdu toute crédibilité !

 

 

Imprimer cette page