LA SNCF DECOUVRE LA CONCURRENCE



Progressivement, sous l’influence de Bruxelles, bénéfique sur ce terrain, les « services publics » s’ouvrent à la concurrence. C’est vrai du côté de la SNCF, puisque le marché du fret est déjà ouvert à la concurrence (des premiers trains privés ont commencé à circuler) et que celui des voyageurs sera bientôt ouvert à son tour : nous pourrons circuler dans des trains privés, français ou étrangers. C’est vrai également pour l’EDF (ou pour GDF), dont le marché s’est ouvert totalement à la concurrence pour la fourniture des entreprises et ce sera demain le cas pour la fourniture de l’électricité aux particuliers.

Bien entendu, ces anciens monopoles publics freinent des deux fers et cherchent à tout prix à retarder l’échéance fatale et l’ouverture totale à la concurrence. C’est ainsi que la France applique les directives européennes : à reculons. Mais il se passe un phénomène très intéressant : cette ouverture à la concurrence oblige peu à peu les entreprises, bien que publiques, à tenir compte du marché, à tenir leurs coûts et à s’approvisionner aux meilleurs prix. Avec la concurrence, le ver est dans le fruit et les entreprises publiques ne font plus jouer la solidarité entre entreprises d’Etat, mais le jeu de la concurrence : on ne va pas s’approvisionner chez une autre entreprise d’Etat, « par solidarité de classe », mais là où s’est le moins cher.

C’est ce qui vient de se passer pour la première fois avec la SNCF vis-à-vis d’EDF.  Comme le titre le Figaro, qui rapporte cette information encore secrète, « la SNCF fait une infidélité à EDF en signant avec la SNET ». Que s’est-il en effet passé ? La société ferroviaire vient de conclure un contrat de fourniture d’électricité avec la SNET, ancienne filiale des Charbonnages de France, aujourd’hui détenue à 65% par l’espagnol ENDESA : une entreprise étrangère en prime ! Cela manque de patriotisme économique.

Ainsi, la dynamique de la concurrence est telle qu’elle joue même entre entreprises publiques. La SNCF vient de signer avec la SNET un contrat à long terme. Selon une note interne de la SNET, que s’est procurée Le Figaro, ce contrat représente «  le plus important passé à ce jour avec un client final éligible pour l’activité commerciale de la SNET ».  Il porte sur la fourniture de 6,6Twh pendant cinq ans, de 2007 à 2011, ce qui « représente l’équivalent de la consommation de l’agglomération de Metz pendant six ans ». Certes, la SNCF avait déjà passé avec la SNET des contrats à court terme, mais désormais c’est un contrat à long terme, qui donne stabilité et visibilité à l’entreprise. C’est une garantie contre les fluctuations du marché.

C’est d’autant plus important que l’électricité est un des postes essentiels de la SNCF, dont la charge a augmenté le plus, avec les péages d’infrastructures. Edf avait beau faire des tarifs préférentiels à la SNCF, ses factures augmentaient trop vite, alors qu’il s’agit du troisième consommateur d’électricité de France : la SNCF a préfère faire jouer la concurrence. C’est évidemment une bonne nouvelle pour la SNET, qui renforce se position de troisième producteur d’électricité de France (après EDF et la CNR, détenue par Suez). Elle double ses ventes en France. Elle fournit déjà 400 sites et 159 clients, dont Auchan, Smart, France 3 ou le Bon marché.

On comprend que la SNCF, pas plus d’ailleurs que SNET, qui doit présenter ce contrat à son conseil d‘administration, n’aient pas annoncé encore la nouvelle officiellement. La SNCF a peur des réactions syndicales, surtout au moment où il est question de fusion entre Suez et Gaz de France (considéré par les uns comme une nationalisation de Suez, mais par les syndicalistes comme une privatisation de GDF). Il faudra pourtant que les syndicats et les partis politiques s’y fassent. Une fois que la dynamique de la concurrence est en marche, rien ne pourra l’arrêter ; car les considérations politiciennes pèseront peu face à la vérité des prix sur le marché. Certes, on assistera à des combats d’arrière garde et à des soubresauts. Mais il n’y a pas de doute sur l’issue finale. Le marché a toujours raison. Ce n’est qu’une question de temps. 

Le 30 Mars 2006  

 

 

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