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Hier, laffaire ELF, aujourdhui lattribution des marchés publics. Tous les 4 ou 6 mois une nouvelle affaire de corruption fait surface dans laquelle les politiques et lEtat sont impliqués. En France, le
phénomène de la corruption nest pas récent, mais il sest aggravé avec
la décentralisation et est en train de prendre des proportions énormes.
De plus, lexception française semble se confirmer même dans ce domaine.
Et cela pour plusieurs raisons. Dabord les médias ne la voient en général
que de loeil droit et rarement de loeil gauche. Dans lhistoire de la
cassette de Jean-Claude Mery, les révélations
portent autant sur le financement du RPR (5 millions de francs) que sur
le PS (3 millions et demi de francs) et le PC (1 million de francs). Les
accusations sétalent sur la période lorsque Lionel Jospin était
premier secrétaire et Pierre Moscovici trésorier du PS. Toutefois, les
tirs des médias ne visent que Chirac. Ensuite, les politiques -mis en
cause ou non sen prennent dune manière honteuse aux juges quils accusent
de complot et de paranoïa. Laurence Vichnievsky, en charge du dossier Elf avec Eva Joly, a demandé
à être dessaisie du dossier à cause des pressions politiques trop fortes
auxquelles elle était soumise. Enfin, les proportions prises par la corruption en France semblent sans précédent :
même dans ses pires moments, la démocratie italienne na connu une si
large palette de personnalités mises en examen ou soupçonnées : deux
Gardes des Sceaux, un gouverneur de la Banque de France, un Président
de lAssemblée nationale, plusieurs ministres,
un Président du Conseil Constitutionnel, le Premier ministre et le Président
de la République. Excusez du peu ! Mais heureusement que nous avons une classe politique courageuse et un Etat fort pour nous protéger du néo-libéralisme sauvage. La Preuve. Ces dix dernières années, plus de 600 élus ont été mis en examen ou inculpés. Il ne sagit pas toujours de faits de corruption mais, même si un tiers dentre eux nont aucun rapport avec la délinquance financière, il y a toujours « volonté délibérée de transgresser la loi pour un profit personnel ou collectif ». Car, pratiquement à chaque nouvelle mise en examen, laccusé ressort avec fierté le poncif « absence denrichissement personnel ». Pour lui, le fait de dévaliser une banque et de donner les sommes volées à quelquun dautre nest pas condamnable. Bizarre et inquiétante conception de la culpabilité et de la justice. Ce ne serait pas trop grave si ces conceptions venaient de la part de quelques loubards originaires de lune de nos (trop) nombreuses banlieues « chaudes » ; au contraire, elles sont pondues par des élus de la République. Lélu « responsable » fait lobjet dune procédure pénale identique à celle qui sapplique à lélu « coupable ». Cette situation et lampleur prise par les « affaires » dans notre pays expliquent sans doute le divorce flagrant entre les citoyens et les élus de la République. Un regard attentif sur la situation judiciaire de notre pays depuis une dizaine dannées en constitue la preuve parfaite. Plus de 1 500 mises en examen concernant 900 élus ont été décidées. A ce jour, aucune étude statistique sur les élus na été rendue publique, ni par aucun gouvernement, ni par aucune commission denquête parlementaire. Pourtant, ladministration a largement les moyens de réaliser des statistiques extrêmement précises comme elle le fait, dailleurs, avec le nombre de condamnés de 18 à 25 ans. Même si la proportion de mises en examen par rapport au nombre délus est quasiment nulle, en observant la liste des gouvernements successifs depuis 1992, on constate que, sur 128 personnes qui ont été une ou plusieurs fois ministre ou secrétaire dEtat, 34 ont été mises en examen dans la décennie, soit plus dun quart. Et lanalyse démontre que la proportion délus mis en examen varie considérablement selon le type de mandat : plus de maires que de conseillers municipaux, plus de ministres que de députés. La carte de France du nombre délus mis en examen met en évidence une plus forte proportion en Ile-de-France (141 élus mis en examen ces dix dernières années) et dans le Sud-est de la France. Sur 549 instructions closes concernant des élus, 70,5% ont donné lieu à une condamnation provisoire ou définitive, 12,4% à un non-lieu et 17,1% à une relaxe et sur lensemble des personnes poursuivies par la justice, la délinquance financière représente moins de 4,5% contre 67,9% pour les élus. De plus, il faut remarquer que les élus poursuivis pour fautes involontaires sont relativement rares (5%), ce qui contredit le discours sur la protection des élus « non coupables ». La comparaison avec les pays étrangers, surtout dans les pays anglo-américains, montre que les mises en examen sont infiniment moins nombreuses et les attitudes des élus exemplaires : la démission est donnée sur le champ. Encore une exception culturelle
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