LES COMITES D’ENTREPRISE DE LUXE


Une enquête que notre confrère l’Expansion de mai 2003 vient de publier porte sur les comités d’entreprises « exception française », pour lesquels « le secret est bien gardé dans la galaxie complexe, hétéroclite et opaque des comités d’entreprise ». Comme il n’y a pas de données globales sur ce sujet, l’enquête de l’Expansion auprès des 60 plus grandes entreprises françaises est particulièrement intéressante. Notons d’ailleurs que seules une vingtaine d’entreprises ont accepté de jouer le jeu de la transparence. « Et, rapidement, on comprend la raison de la discrétion observée par les directions des ressources humaines comme par les syndicats majoritaires, gestionnaires de ce pactole : l’inégalité ».

Une inégalité qui vient d’abord de ce que seuls les établissements de plus de 50 salariés ont l’obligation d’avoir un comité d’entreprise : donc seuls la moitié des salariés environ profitent du système. Une inégalité encore entre les grandes sociétés, selon qu’elles sont publiques ou privées. En moyenne, le montant versé par les entreprises interrogées à chacun de leurs salariés à travers leur comité d’entreprise est de 1200 euros : cela prend la forme de bons d’achat, de chèques-cadeaux, de primes de vacances, de naissance, de mariage, d’arbre de Noël, de séjours à la montagne à prix cassés, de réduction sur les billets de cinéma, frais de cantine, mutuelle….

Et certains en profitent bien. La budget par salarié et par an est de 2020 euros chez Dassault Aviation, 1786 euros chez Eurocopter, 1523 à la BNP, 1452 chez Airbus, 1354 chez EDF-GDF, 1319 chez France Telecom, 1123 à la Banque de France, 938 à la Poste, 882 à la RATP. On remarquera que la liste comprend, comme par hasard, beaucoup d’entreprises publiques -ou anciennement publiques- et plus encore de monopoles publics : cette situation permet aux salariés de bénéficier d’avantages prélevés directement sur le client, qui en paie le coût.

C’est ainsi que le comité d’entreprise d’EDF-GDF perçoit 1% de tout le chiffre d’affaire de l’entreprise. Certains sont ainsi à la tête de budgets impressionnants. Citons en particulier EDF-GDF avec un budget annuel du CE de euros, gérés par les syndicats majoritaires -en fait largement par la CGT-, et qui emploie à lui seul plus de 5000 salariés…. De même le CE de La Poste a un budget de 300 000 000 euros, celui de France Telecom est de 153 000 000 euros. Parfois, comme à Airbus, c’est 5% de la masse salariale qui est consacrée au comité d’entreprise.

Par comparaison à ces grands monopoles publics, le budget du CE d’entreprises privées apparaît plus modeste, avec euros chez Décathlon (103 euros par salarié) ou euros chez Casino (52 euros par salarié). Il y a donc bien un privilège des salariés des grandes entreprises publiques et surtout de leurs syndicats qui ont ainsi un pouvoir financier et une emprise considérable. Le client est-il toujours conscient de « sa » générosité à l’égard des salariés du public et de leurs syndicats ?

Mais cela dépasse les seuls cadeaux ou réductions accordés aux salariés ; certains CE ont des terrains de sports, des villages ou maisons de vacances, des clubs de tennis, des châteaux (EDF) pour les colonies de vacances, des bases de loisirs, des chalets en montagne, voire des hôtels ou des médiathèques plus importantes que dans bien des mairies. Parfois les salariés ne sont pas seuls à en bénéficier et à EDF-GDF par exemple les retraités bénéficient aussi de ce pactole. Parfois, comme dans les grandes banques -héritage de la période de nationalisation- les sommes allouées au CE ne sont qu’une partie des avantages versés aux salariés, qui sont souvent directement gérés -hors CE- par l’entreprise : allocations vacances, crèches, gardes, frais d’études, restauration et mutuelles.

Nous sommes ainsi le seul pays au monde où les représentants du personnel gèrent les œuvres sociales, ce qui renforce encore le pouvoir artificiel des syndicats. Et, bien entendu, ces avantages ne sont soumis ni à charges sociales, ni à impôts pour les salariés. Quelle importance ont toutes ces largesses, puisque ce sont des « avantages acquis » et que c’est le client qui paye. Celui-ci n’a qu’à se taire, jusqu’au jour où la concurrence lui permettra d’aller voir ailleurs et de trouver moins cher.

 

 

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