LA VERITE SUR LES ECARTS DE REVENUS EN FRANCE


Le débat sur le niveau de revenu des Français est confus, car il comporte un volet technique. Les professionnels de la désinformation entretiennent l’ambiguïté. Nous avons déjà abordé une partie de la question il y a peu, dans un article de conjoncture, à propos du rapport Cotis et de la part respective des salaires et des profits : en dépit de tous les discours larmoyants, cette part est en gros la même que dans les années 60. Ceux qui proposent un rééquilibrage en faveur des salariés, après les soi-disant dérives des profits, ne font reposer leur analyse sur rien.

Mais nous voulons revenir sur un point, celui des salaires et des revenus, à l’occasion de la publication d’un nouveau rapport de l’INSEE « revenus et patrimoine des ménages » donnant les résultats 2006. On y apprend que le revenu moyen disponible par ménage est en France de 32 550 euros et le revenu médian de 27 150 euros. De quoi faire frémir tous ceux qui parlent d’un salaire moyen autour de 1500 euros par mois ! Et pourtant tous ces chiffres sont exacts.

Il y a d’un côté les salaires : ce que touche une personne en contre partie de son travail. Il peut être brut ou net, avant ou après impôt : cela donne des chiffres différents. Mais surtout il est radicalement différent du revenu et on peut très bien avoir un salaire de 1 500 et un revenu de 3 000 ! D’abord, il y a souvent (dans 80% des cas au moins pour les couples) deux salaires dans un ménage. Donc le revenu d’une famille n’a pas grand chose à voir avec le seul salaire du chef de famille. Ensuite, il y a tous les revenus de transferts : les transferts positifs, ceux qui augmentent les revenus, surtout pour les faibles salaires, c’est à dire les diverses prestations sociales, et les transferts négatifs, ceux qui diminuent le revenu, comme par exemple l’impôt sur le revenu. Parler de 1 500 euros porte sur un salaire ; parler de près de 3 000 porte sur les revenus, après prise en compte des prestations sociales et des impôts directs.

Le revenu moyen des ménages français est donc bien, après ces corrections, ou plutôt était en 2006, de 32 550 euros par an. Encore, faudrait-il distinguer les ménages d’une seule personne, puis les familles monoparentales, de celles où il y a un couple, donc en général deux salaires : pour cette dernière catégorie, le revenu du ménage est sensiblement plus élevé et pour les deux autres, avec un seul salaire, sensiblement plus faible. Il y a aussi la différence sensible, entre moyenne et médiane. Le revenu moyen est de 32 550 euros : il peut être tiré vers le bas s’il y a certains revenus très faibles ou vers le haut s’il y a certains revenus très élevés. En revanche, avec le revenu médian (27 150 euros), il y a 50% des ménages en dessous et 50% au dessus, mais on ne sait quel est l’écart : cela coupe simplement en deux la population, autant en dessous qu’au dessus. La différence, on le voit, n’est pas négligeable.

Quant aux écarts de revenus, ils ne sont pas si élevés qu’on le dit : un ménage cadre ou profession intellectuelle supérieure gagne en moyenne (revenu disponible) 56 060 euros par an, un ménage profession intermédiaire 35 590, un ménage agriculteur 33 510, un ménage ouvrier 28 430 : on est loin du gouffre annoncé entre groupes sociaux… Plus sensibles sont les écarts entre les 10% les plus pauvres et les 10% les plus riches (écarts entre déciles extrêmes). Mais, comme le montre aussi le rapport Cotis, ces écarts n’ont cessé de se réduire et ils sont aujourd’hui, s’agissant des revenus, de l’ordre de 1 à 3. Pourquoi dit-on le contraire (les écarts n’auraient cessé de croître) et pourquoi pense-t-on le contraire ? Parce que l’on compare les revenus des 10% les plus pauvres aux 1% les plus riches, voire aux 0,1% les plus riches. Là, il est vrai que les écarts se sont accrus. Symboliquement, cela peut avoir son importance ; mais scientifiquement, on ne peut comparer un cas marginal (0,1%, soit par exemple 10 000 ou 20000 salariés) et 10% du total, soit 1 à 2 millions de personnes. Pire encore, lorsqu’on compare un smicard et un patron qui gagne plusieurs milliers de fois cette somme. On peut trouver cela étonnant, voire choquant, surtout si c’est dû à un manque de concurrence ou à des relations privilégiées, ou encore à des métiers très particuliers (certains sportifs ou artistes), mais cela relève de l’accessoire, ou du symbolique, même si le symbolique a son importance. C’est sûrement plus porteur de faire dans l’anecdotique, cela remue les foules, mais ce n’est pas scientifique. Et on ne se fait pas une idée des écarts sociaux en comparant Johnny ou Zidane avec un rmiste. 

 

Le 20 mai 2009

   
 
  

 

Imprimer cette page