36 MILLIONS D’AMERICAINS SOUS LE SEUIL DE PAUVRETE !



La nouvelle a été relayée par les médias français sans la moindre analyse. Il s'agit d'une étude du Census Bureau américain (l'équivalent de notre INSEE) publiée le 26 août dernier, selon laquelle la pauvreté aurait augmenté aux Etats-Unis pour la troisième année consécutive, touchant près de 36 millions d'Américains. Désormais, 12,5 % de la population américaine est considérée comme pauvre, contre 12,1 % l'année antérieure.

 

Ces statistiques sont sorties, comme par hasard, en pleine campagne électorale et auront sûrement une certaine influence sur le choix des électeurs. Quant aux médias français, ils s’en sont donnés à cœur joie… Pourtant, plusieurs remarques, qui ne paraîtront pas dans les médias français -fidèles à leur esprit moutonnier– sont nécessaires :

 

1. Le Census Bureau est un institut de statistiques d’obédience plutôt étatiste et démocrate. Il est à l’origine d’un scandale en 1987, lorsqu’il a publié une étude montrant que le revenu de la famille moyenne avait baissé pendant la période Reagan et que seul le 1% supérieur des revenus avait bénéficié de l’expansion économique. Or, les résultats se sont révélés faux et le Census Bureau a dû se rétracter et corriger les résultats publiquement. Le but était d’empêcher l’élection de George Bush père l’année suivante.

 

2. Il faut savoir aussi que la pauvreté est un concept relatif, qui se mesure par rapport à la richesse moyenne de la population du pays. Il en résulte que l’on peut trouver qu’il y a plus de pauvres aux USA qu’au Bangladesh ou au Soudan. De telles désinformations avaient été publiées aussi par UNICEF il y a quelques années. A titre indicatif, le seuil de pauvreté aux USA, pour une famille de 4 personnes, est de 18 810 dollars, soit plus de 8 000 francs par mois !

 

3. Mais ce qui est important, c’est que les pauvres américains ne sont pas pauvres toute leur vie ; le très grand nombre sont en fait des jeunes en début de carrière alors que les riches sont les mêmes arrivés en fin de carrière.

 

4. Les revenus des pauvres sont mesurés avant redistribution ; or, il faut savoir qu’à la différence de la France, l’Amérique n’est pas tombée dans le piège de la TVA et continue de tirer l’essentiel des ressources budgétaires de l’impôt sur le revenu, qui est progressif et que le taux de transfert des riches aux pauvres par le jeu de cet impôt et des programmes sociaux est à peu près double des mêmes transferts en France. Ce revenu ne tient pas compte des autres aides non monétaires comme les tickets de nourriture, les aides au logement.

 

5. Toutefois, la désinformation principale n’est pas là. Elle tient au fait que le «pauvre» américain a un statut qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.

- 46 % de ceux qui sont considérés comme pauvres sont propriétaires d’une maison ;

- 76 % disposent de l’air conditionné ;

- 75% d’entre eux bénéficient d’au moins deux chambres pour vivre ;

- le pauvre « moyen» américain est mieux logé que la moyenne des individus habitant Paris, Londres, Vienne ou Athènes ;

- 75% d’entre eux possèdent une voiture, 30 % en possèdent deux ;

- 97 % des pauvres ont une télé couleur ; 50 % en ont deux ;

- 73 % des pauvres possèdent un micro-ondes.

La famille pauvre américaine classique (comme d’ailleurs leur équivalent européen) est monoparentale, avec une mère (très) jeune et un enfant en bas âge, ce qui montre que la pauvreté n’est pas vraiment une fatalité, car elle est surtout due à l’explosion de la cellule familiale et moins au chômage, car la durée du chômage est en moyenne faible aux Etats-Unis (quelques semaines contre près d’un an en France).

Le 13 septembre 2004

 
   

 

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