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Notre excellent confrère Valeurs Actuelles consacre, sous ce titre, un dossier passionnant à une affaire dont la presse a fort peu parlé, qui est lImprimerie nationale. Au départ laffaire est banale : le marché des passeports sécurisés a été attribué à lentreprise Oberthur, ce que conteste lImprimerie nationale au nom de son monopole. Concurrence contre monopole public, laffaire est en effet banale pour la France. Ce qui lest un peu moins, cest quà cette occasion, pour faire plier le gouvernement, la CGT et le parti communiste ont pris en otage le président de lImprimerie nationale- sur ce point la presse en a parlé-, prise dotage qualifiée de « garde à vue républicaine » : toujours la subversion du langage dont parlait le philosophe Jean-François MATTEI la semaine dernière. Aussitôt, le marché public a été suspendu et on attend une décision définitive du gouvernement. On ose espérer quelle nira pas dans le sens des preneurs dotage et la suspension du marché est déjà en soi un scandale. Toujours le pouvoir de la rue. Mais lintérêt de larticle de Valeurs Actuelles, cest quil donne dutiles précisions sur cette entreprise. On sait quau départ, les Etats-Unis naccepteront plus sans visa les ressortissants européens sans passeport biométrique. Doù lappel doffre en question. Trois candidats répondent : lImprimerie nationale, qui, par un extraordinaire archaïsme détient le monopole de fournir les livrets des passeports ; le groupe Thales et le groupe Oberthur, premier fournisseur de cartes Visa et imprimeur important de billets de banque, fournisseur de passeports à puces. LImprimerie nationale est écartée car « elle est hors jeu technologiquement, incapable de maîtriser le plus petite étape de fabrication dun passeport sécurisé ». La preuve : dans son projet, le recours à des sous-traitants est systématique. Aussitôt, la CGT saisit le tribunal administratif « au nom du nécessaire monopole dans la réalisation de documents déclarés secrets dont lexécution doit saccompagner de mesures particulières de sécurité ». La loi de 1993 donne bien un monopole à lentreprise pour la fabrication de documents didentification et de voyage, mais à lépoque les documents biométriques à puces et antennes intégrées nexistaient pas ; et les gouvernements successifs ont oublié de faire paraître les décrets dapplication de la loi. La CGT est donc déboutée par le tribunal administratif. Notons en passant quon apprenait en même temps que 15 salariés de la dite entreprise ont été interpellés dans le cadre dune enquête sur la disparition dun stock de papier sécurisé, soupçonné dalimenter un vaste trafic de cartes grises : bravo la sécurité du monopole public ! Cest dans ces conditions, après la séquestration du PDG, que le gouvernement a suspendu le marché. Réaction du PDG dOberthur : « Dans quel pays vivons-nous ? Non seulement une entreprise dite de service public se révèle incapable de rendre service au public malgré le monopole quelle revendique, mais en sus elle prétend empêcher de travailler une entreprise privée qui, elle, créé des emplois en France ! ». Autre information fournie par Valeurs actuelles : lImprimerie nationale accusait en 2004 un déficit de 127 millions deuros pour un chiffre daffaires de 162 millions ! Qui dit mieux ? Mais pourquoi ne pas avoir déposé le bilan ? Parce que lEtat (traduisez le contribuable) est là : il a versé une subvention de 197 millions dans le cadre dun plan de restructuration accepté de justesse par la Commission de Bruxelles, soit une aide directe de 157 000 euros par salarié ! Encore une fois, qui dit mieux ? Réaction sympathique du PDG de Oberthur : « Si un concurrent savère plus convainquant et me rafle un marché, cest le jeu, je mincline. Mais ce que je nadmettrais jamais, cest cette prime systématique accordée aux incompétents dès lors quils appartiennent au secteur public ». Et dajouter que lui, il fabrique déjà 500 000 passeports sécurisés par an pour la Belgique. Mais lImprimerie nationale, bon prince, veut bien un accord avec lentreprise privée à conditions dobtenir « un partage de technologie ». Pour exercer son métier, Oberthur devrait en apprendre un nouveau à lImprimerie nationale déjà tenue à bout de bras par le contribuable. Affaire édifiante, on le voit. On attend avec intérêt la décision définitive des pouvoirs publics. En attendant, cest le genre dhistoire qui vous réconcilie avec le service public.
Le 24 Novembre 2005
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