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On connaît tous les défauts du CNRS, organisme sans équivalent dans le monde par son caractère soviétique : une centralisation absolue, des thèmes de recherche imposés, qui suppriment la liberté du chercheur et lui imposent ses domaines de recherche, un système totalement cadenassé par les syndicats, des travaux de qualité globalement médiocre. En outre, le système a linconvénient majeur de couper recherche et université, recherche et enseignement. Finalement, et non le moindre, cest un gouffre financier. Mais ce quon ignore souvent, cest que lorganisme est aussi source de scandales. Notre confrère Le Figaro révèle le dernier scandale du CNRS, celui « dune numérisation ratée ». En effet, au départ, la diffusion de linformation scientifique au CNRS, cest laffaire de lINIST (Institut de linformation scientifique et technique). Il sagit dun établissement basé à Nancy et qui regroupe 280 personnes, excusez du peu. Pas pour faire de la recherche, mais pour la diffuser. Le Figaro est clair : « une énorme usine à gaz », de lavis unanime. Cet organisme ne compte que des ITA (Ingénieurs, techniciens et administratifs), mais aucun chercheur. Lorsquil a été question de mettre en ligne les revues de sciences humaines du CNRS, on a tout dabord pensé naturellement à lINIST. Mais lancien directeur général du CNRS na pas voulu bousculer cet organisme déjà sous le feu de la rampe avec un audit constatant quil était temps de définir clairement le rôle de lINIST au sein du CNRS. Que croyez-vous quil se passât ? Rien du côté de lINIST, à qui lon na pas osé demander dassumer cette tache. Mais on a créé une autre structure, ayant exactement la même fonction, le CENS (Centre dédition numérique scientifique). Un projet « pharaonique », visant à donner une visibilité internationale aux revues de sciences humaines du CNRS. Il sagissait de mettre en ligne 152 revues auxquelles le CNRS avait choisi daccorder son financement (pour les seules sciences humaines), dont 77 sur format papier et numérique et les autres, toujours subventionnées, pour la seule version électronique. Pour cela, on na pas lésiné sur les moyens : 49 emplois dingénieurs à la disposition des revues et surtout 2,7 millions deuros par an dans un premier temps, ce qui était le budget initial des revues financées. Mais cela sinscrivait dans un projet plus vaste, le TGE (très grand équipement) Adonis, avec le budget « fantastique » comme le dit Le Figaro de 34 millions deuros sur dix ans. On change carrément déchelle : 2,7 millions, cétait pour imprimer les revues en question, 34 millions, cest pour le nouveau projet de numérisation ! Après deux ans dintense activité, le site du Cens est toujours aussi vide : ont été mises en ligne 14 revues et cela avec un seul numéro par revue. Et Adonis est resté en carafe. Pourtant, on avait acheté le plate-forme québécoise Erudit, qui « semble avoir de nombreux défauts techniques », mais qui avait nécessité la formation de nombreux employés pendant deux mois à Montréal. Il avait fallu aussi multiplier les voyages partout dans le monde pour promouvoir le projet. On a donc dépensé pas mal dargent, sans compter les salaires des 15 personnes mobilisées à plein temps sur le projet. Soit quelques millions « partis en fumée ». Après cet échec total, les crédits ont été gelés en 2006, mais en attendant le personnel attend toujours une nouvelle affectation. Un audit a eu lieu, il est accablant : « Lensemble de la mise en place du projet se caractérise par labsence de débat large dans la communauté concernée, dévaluation par des experts extérieurs au projet. On peut sinterroger : comment, en deux ans, le portail américain Oaister de lUniversité du Michigan a-t-il pu donner accès à plus de références (textes, images, sons, films) de 667 institutions alors que pendant la même période, les Français nont réussi quà produire du papier ou presque ». Mais peut-être luniversité du Michigan na-t-elle pas les mêmes syndicats que ceux du CNRS, soucieux de « défendre » le personnel. Pour tout arranger, le CNRS, tout en se ruinant dans ce projet, apporte son soutien financier à dautres plates-formes qui sont en concurrence avec lui. Tout cela a-t-il la moindre importance ? Il sagit dargent public, que les apprentis sorciers du CNRS peuvent utiliser à leur guise. Les contribuables sont bien là pour payer, nest-ce pas ?
Le 23 novembre
2006
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