LA « COORDINATION » RAIL – ROUTE  


Les grèves que nous venons de subir reposent une nouvelle fois la question du monopole de la SNCF. Le monopole conduit toujours à des abus, à commencer par les abus syndicaux de ceux qui sont en position de force. Ce monopole est cependant en train d’exploser, sous la pression européenne : peu à peu, des trains étrangers (ou des concurrents français) pour les marchandises (c’est déjà fait), puis pour les voyageurs (c’est pour bientôt) pourront concurrencer la SNCF. Cela portera un coup au monopole, sauf si les salariés de la SNCF occupent les voies par la violence et empêchent les trains étrangers de rouler. Mais ce ne saurait guère durer, du moins si nous sommes en état de droit.

Mais les situations de monopole ont aussi une fin naturelle. Les théories modernes de la consommation (comme celle de Gary BECKER) montrent que ce qui compte, ce n’est pas le produit (le transport par train en l’occurrence), mais le service rendu (celui du transport tout court). Donc, tous les autres moyens de transport que le train mettent la SNCF en concurrence.

Pour les longues distances (comme Paris/Marseille Bordeaux ou Nice) l’avion  concurrence le TGV. Pour les courtes et moyennes distances, l’un des meilleurs concurrents (pour les voyageurs), c’est l’autocar.

Or il se trouve que cette concurrence est interdite. Le saviez-vous ?  C’est ce que rappelle dans son livre  « Les danseuses de la République », paru chez L’Harmattan, Christian GERONDEAU, au demeurant président de l’Automobile Club de France.   

Christian GERONDEAU explique tout d’abord les avantages du bus, qui seraient immédiatement révélés si l’on était en libre marché : aucune dépense nouvelle d’infrastructure (car utilisant le réseau existant déjà), contrairement au train. Aucun besoin d‘entretenir des gares ruineuses, de simples arrêts (avec abri) suffisent (et peuvent même être financés car la publicité comme le mobilier urbain). Le conducteur sert seul de contrôleur. Le prix de revient du matériel est sans comparaison (dix fois moindre à capacité égale). Moins de dépenses d’énergie. Souplesse totale de l’itinéraire contrairement à la rigidité de celui du train. Donc, meilleur service pour l’usager. Enfin, l’autocar est souvent plus rapide (d’autant plus qu’il va au cœur des villes, donc pas besoin de trajet relais depuis la gare).

Dans ces conditions, l’autocar pourrait avantageusement se substituer au train pour des lignes non rentables, ce qui permettrait une substantielle économie pour le consommateur et le contribuable, et délivrerait les usagers des inqualifiables agissements syndicaux.

Mais voilà : ce n’est pas possible ! Un décret loi de 1934 a pourtant tué la route en organisant une « coordination » rail-route. A l’époque on imposait même aux autocars de s’arrêter s’ils allaient plus vite que le train ! Aux termes de ce décret loi de 1934, toujours en vigueur, la création de lignes d’autocars est interdite en France! Pour ouvrir une ligne, il faut une autorisation du ministère des transports, qu’il ne donne pratiquement jamais, réservant ses faveurs à la SNCF, sauf si cela arrange la SNCF pour rabattre des voyageurs vers ses gares.

Le monopole du « service public » est bien protégé. Et C.GERONDEAU de donner deux anecdotes époustouflantes. En 1995, pendant la grève, on a vu exploser le nombre de lignes d’autocars, surtout par autoroute et sur les routes jusque là interdites. Les prix s’effondrent pour l’usager.  La grève terminée, ordre est donné aux transporteurs de cesser immédiatement toutes ces activités « illégales ».

Autre anecdote : une société exploitait une ligne (autorisée) par route entre deux villes. Une autoroute est construite : elle y transfère sa ligne pour aller plus vite. Le préfet en personne avait inauguré la ligne. Deux coups de téléphone allaient mettre fin à l’aventure : l’un de la SNCF : la société perdrait les contrats qu’elle avait par ailleurs avec  la SNCF ; l’autre du ministère des transports, la menaçant de toutes sortes de contrôles tatillons si elle persistait dans son projet. La liaison autoroutière par bus (évidemment plus rapide) a été abandonnée. Sans commentaires : Français, si vous saviez…

Le 29 novembre 2007

 

 

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