LE MODELE SUEDOIS : PRIVATISER LA POSTE


 

C’est un article qui, à dire vrai, nous avait pas mal intrigués. Paru dans le Figaro économie, que l’on avait connu mieux inspiré, il dressait un bilan catastrophique de la libéralisation postale en Suède, expliquant par exemple que le nombre de bureaux de postes s’était effondré, étant divisé par cinq : en clair le service public n’était plus assuré, en raison de la libéralisation. Cet article nous avait d’autant plus intrigué que sur notre site au même moment Bogdan CALINESCU faisait le compte rendu d’un ouvrage de Magnus FALKEHED sur le modèle suédois, dans lequel l’auteur expliquait les succès de « l’ultra-libéralisme » suédois et tout particulièrement de l’abolition du monopole de la distribution du courrier, qui existait depuis… 1636. Qui fallait-il croire ?

La réponse ne devait pas tarder : quatre jours à peine plus tard, le même Figaro publiait un article beaucoup plus long sous le titre « Suède : le vrai bilan de la libéralisation postale », sous la signature de Anna STELLINGER, qui confirmait totalement le livre de M. FALKEHED et qui répondait -en le citant explicitement- à l’article précédent.

L’auteur rappelle d’abord que la libéralisation de la poste s’inscrit dans une attaque en règle contre l’Etat providence et en faveur de la déréglementation. En 1993 les Suédois sont parmi les premiers à mettre fin au monopole étatique de la poste. Une entreprise privée distribuait d’ailleurs déjà du courrier depuis deux ans. La poste a peu à peu vendu ses services à des entreprises privées et ne se concentre plus que sur quelques services de base.

Ce ne sont pas les syndicats suédois qui ont critiqué cette évolution, mais l’association française ATTAC qui s’insurge contre la fermeture des bureaux et la diminution du personnel. Mais ATTAC n’écoute pas les syndicats suédois, qui, par referendum à 70%, se sont déclarés favorables à une privatisation des services publics, y compris l’éducation et la santé…

Donc premier argument d’ATTAC, le prix du timbre a augmenté. C’est vrai. Mais on oublie de préciser qu’il a augmenté en raison d’une hausse du taux de TVA sur le timbre passant de 12 à 25%. Hors taxe, le timbre a suivi l’évolution du coût de la vie. Plus grave, on explique que le nombre de bureaux de poste a fortement diminué. Mais on oublie de dire que c’est parce que ces bureaux ont été privatisés et qu’ils sont ouverts désormais dans des superettes, des stations-service et des bureaux de tabac (une idée à exploiter en France pour régler la question des buralistes en colère) : en conséquence, le nombre de bureaux de poste publics a diminué, mais le nombre total de bureaux de poste (publics et privés) est passé de 1800 à 4200 : rien que dans l’année 2002 leur nombre avait doublé ! On peut donc désormais déposer du courrier ou rechercher des paquets dans des commerces de proximité. Le service au client n’est peut-être plus public, mais il s’est grandement amélioré. Dire le contraire est désinformation. Et cette réforme s’explique parce qu’un Suédois va beaucoup plus souvent dans une superette ou autre magasin qu’à la poste et qu’il est plus pratique pour lui de trouver tout au même endroit. Bien entendu, les horaires d’ouverture de ces magasins sont beaucoup plus larges que ceux des bureaux de poste publics.

La poste est-elle devenue moins efficace ? Venant de Français (ceux d’ATTAC) l’argument ne manque pas de sel, puisque nous sommes les plus mal placés avec 75% de courrier arrivant au destinataire dans les 24 heures. La poste suédoise en était à 95% avant l’ouverture à la concurrence, ce qui était déjà bien; après ouverture, elle en est à 96,2% : où est la dégradation du service public ? Il est vrai que des emplois ont été supprimés dans la poste publique ; mais cela fait autant de moins à supporter pour le contribuable ; ils ont été largement recréés dans la poste privée, mais ceux-là ne coûtent rien au contribuable.

Au moment où la France va devoir, sous la pression européenne, s’ouvrir peu à peu à la concurrence, il faut apprécier à leur juste valeur les expériences étrangères et éviter toute forme de désinformation : en Suède comme ailleurs, la libéralisation postale est un succès. Il fut un temps où l’on célébrait le « modèle Suédois » parce qu’il incarnait « le socialisme à visage humain ». Ruinés par l’Etat, les Suédois ont compris : le nouveau modèle Suédois est libéral.

 

 

 

 

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