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« Si ce projet de traité constitutionnel est
par nature le fruit dun compromis entre 25 pays de traditions et
de régimes politiques bien différents, sachez cependant que, sans
vouloir compliquer votre tâche, beaucoup de libéraux pensent, à linstar
de vos amis comme Jack LANG ou Robert BADINTER, que ce compromis marque
davantage un progrès des idées socialistes -ou sociales-démocrates-
quune avancée de leurs idées ». Pour FABIUS, cette Constitution ne permettrait pas
de lutter contre les délocalisations, le dumping fiscal et le dumping
social, alors quil faudrait permettre, selon lui, une harmonisation
fiscale et sociale, grâce à la règle de la majorité. Faux pour MADELIN,
qui y voit une mesure protectionniste, condamnant les pays de lEst
au sous-développement. Ce nest pas eux qui sont responsables de notre
chômage, « cest notre déficit de réforme qui est en cause ».
« Prélever moins nest pas un choix de dumping fiscal, mais un
choix de société, le reflet dune idée que lon sy fait de la liberté
des citoyens, de la frontière entre consommations collectives et consommations
individuelles ». « Lobjet essentiel dune constitution nest
pas tant dorganiser le pouvoir que de protéger les individus et les
libertés contre larbitraire du pouvoir. Cest certes la délimitation
des pouvoirs, mais cest aussi, avant tout, la limitation du pouvoir
(
). Du point de vue du libéralisme politique, la limitation des pouvoirs
parait bien fragile ». Pour borner le pouvoir, il faut deux principes :
celui de subsidiarité et létat de droit (rule
of law) « qui entend soumettre le pouvoir politique au respect
de droits fondamentaux qui lui sont supérieurs ». « Hélas, le projet de Constitution napporte
pas les garanties nécessaires à ces principes proclamés. Le principe
de subsidiarité est fort mal défini et bien mal protégé (
). Priorité
au pouvoir den haut, c'est-à-dire linverse dune vraie subsidiarité
(
). La définition des droits fondamentaux protégés par la Constitution
européenne est des plus ambiguës ». Elle mélange les droits-libértés
(droits de) et les droits-créances (droits
à), en particulier dans la charte de droits fondamentaux, ce qui « bouscule
toute hiérarchie des normes au risque de modifier profondément notre
ordre juridique pour le plus grand bonheur des juristes socialistes ». Au total une excellente analyse qui amène MADELIN
à affirmer, comme nous lavons dit au début, que ce traité est davantage
une avancée des idées de FABIUS que de celles de MADELIN. Conclusion
logique : FABIUS aurait dû voter oui et MADELIN, non. Oui, mais ce nest pas la conclusion de MADELIN.
Il semble pour le moins partagé. « Léchec de la Constitution
européenne signifierait le maintien des dispositions du Traité de
Nice, beaucoup plus libérales. Voilà qui sera sans doute entendu par
beaucoup de libéraux. Mais dautres libéraux, nombreux, refuseront
sûrement de mêler leurs réticences à votre « non » car ils
savent que lEurope a toujours été et reste plus que jamais le moyen
de moderniser la société française et de louvrir sur le monde ». Si nous traduisons bien, quest-ce que cela signifie ?
Que la Constitution est sociale-démocrate, mais que les libéraux sont
partagés à son endroit, certains pour le non, parce que pas assez
libérale, dautres pour le oui, pour faire bouger la France grâce
à lEurope. Pour nous, en tous cas, cest clair : cette Constitution
nest pas libérale, donc ce sera non. Nous aimons les idées simples :
si lEurope est ce qui fait bouger la France, ce nest pas une Europe
socialiste qui nous conduira à une France libérale.
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