QUAND NOS MINISTRES DECOUVRENT LE MODELE SUEDOIS



Décidemment, nos ministres voyagent beaucoup et cherchent à s’informer sur ce qui se passe à l’étranger. Il n’y a rien à redire à cela et si nos ministres pouvaient tirer quelques leçons des réformes entreprises à l’étranger, nous ne nous en plaindrions pas. Après avoir étudié le modèle danois en matière de lutte contre le chômage, puis le modèle canadien de réduction des dépenses publiques,  les voilà qui passent à l’étude du modèle suédois. Certes, s’ils en étaient restés au « modèle social-démocrate suédois » des années 60-70, ils ont du être étonnés par les changements intervenus dans ce pays.

C’est le secrétaire d’Etat à la Réforme de l’Etat, Eric WOERTH, qui s’est chargé de cette mission et il a été étonné de ce qu’il a vu, au point de s’exclamer aussitôt par prudence que ce modèle n’était « pas transposable en tant que tel, même si la culture de transparence et d’évaluation suédoise doit trouver des applications en France ». Chaque fois qu’un ministre découvre qu’il y a autre chose dans le monde que le colbertisme à la française, il précise que c’est très intéressant, mais pas transposable.

Certes, le système suédois a des limites évidentes et en particulier celle d’un coût exorbitant : les prélèvements obligatoires sont sensiblement plus élevés qu’en France, ce qui est tout dire (52% du PIB). Cela dit, les comptes publics sont même en excédent, après avoir connu des déficits records. Mais dans les années 90, on n’a juré que par « l’efficacité et la performance ». Résultat : le nombre de fonctionnaires publics est passé de 400 000 à 220 000 et le statut des agents publics est aujourd’hui identique à celui des employés du secteur privé. Dans les 13 ministères centraux, il n’y a plus que 4 000 agents.

Mais qui fait alors le travail de l’administration ? Ce sont des agences indépendantes, au nombre de 300, employant des salariés de droit privé et avec une direction révocable à merci. Ces agences ont une très large autonomie d’action et de gestion. Et elles sont strictement contrôlées par une autre agence.

Mais ce qui a étonné plus encore le ministre, c’est que cette transformation s’est faite sous l’œil bienveillant des syndicats et sans grève des Suédois. Comme l’a déclaré à Eric WOERTH le directeur général de l’agence de la gestion et de la rationalisation publique : « Ces derniers sont syndiqués à 80%. Les syndicats connaissent donc leur propre force et savent jusqu’où ils peuvent aller. Ils ne comptent pas sur le gouvernement ou la loi pour avancer, mais sur le fruit des négociations qu’ils mènent ».

On a donc curieusement en même temps ce que le Figaro appelle un Etat « poids léger, géré comme une entreprise » et des prélèvements obligatoires élevés. Mais cette réforme de l’Etat ne défavorise pas l’emploi, au contraire, puisqu’il y a 5,2% de chômeurs  contre 9,9% en France. Et l’objectif fixé par le gouvernement est de 4% seulement, avec un nombre de chômeurs de longue durée de 36 000 à peine ! Car l’agence nationale du travail suédoise s’emploie véritablement à rapprocher les chômeurs et les entreprises, avec des annonces en ligne où l’on peut déposer son CV et être mis en contact direct avec un recruteur.

Tout d’ailleurs ne nous a pas emballés dans ce système et si les officiels suédois semblent fiers du fait que les services fiscaux ont accès, grâce à un numéro personnel unique attribué à chacun dès sa naissance, à l’ensemble des revenus salariaux et sociaux et même aux comptes bancaires des particuliers, on nous permettra de ne pas partager cet enthousiasme.

 

 

Eric WOERTH, s’il n’en n’a pas retiré l’idée d’un modèle applicable clefs en main et s’il est sceptique devant la possibilité d’appliquer chez nous le système des agences, n’en revient pas moins avec la conviction qu’il faut faire changer les choses en France ; « impulser une méthode permanente de réforme » ; améliorer la productivité de l’administration, la qualité des services rendus ; suivre les engagements pris ; avoir une transparence sur les résultats. « La transparence est essentielle, car elle créé la confiance », affirme le ministre, tout émerveillé de voir qu’en Suède « les citoyens font confiance à l’Etat ».

Notre ministre est donc plein de bonnes résolutions, et il veut mettre en place un baromètre de la réforme de l’Etat. Il reste encore au ministre deux efforts à faire : visiter quelques pays encore plus réformateurs, comme le Royaume-Uni, et convaincre ses collègues du gouvernement qu’il est possible de faire bouger les choses, même en France, même contre la volonté des dirigeants des syndicats accrochés à leurs privilèges. Ce dernier point sera sans doute le plus difficile, mais il ne faut pas décourager les bonnes volontés.



 

 

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