LECLERC DÉNONCE LA LOI GALLAND

Vous avez certainement remarqué la dernière campagne publicitaire de Leclerc. En substance, elle rend la loi française (dite "Galland") responsable de la hausse des prix et par la même occasion, elle "déculpabilise" le passage à l'euro. La FNSEA, la CFDT critiquent cette campagne qui menacerait les "petits agriculteurs" et, respectivement, aurait pour "seul but d'imposer un peu plus de libéralisme et de déréglementation". Qu'en est-il exactement ?


Rappelons que la loi Gallant interdit aux grandes surfaces de répercuter sur les prix de vente les meilleures conditions obtenues auprès des fournisseurs. En fin de compte, cela revient à fixer un prix minimum pour de nombreux produits, en interdisant les "prix anormalement bas".

Il est connu que les grandes surfaces, par leur pouvoir de négociation, ont la possibilité d'obtenir des rabais auprès des producteurs. Cependant, on oublie de préciser que ces rabais sont justifiés par les services rendus aux producteurs, notamment l'accès à un grand nombre de consommateurs, ces derniers étant satisfaits du choix, des prix bas, du gain de temps etc. offerts par les grandes surfaces. Bref, les supermarchés n'obligent personne ni à leur vendre des produits, ni à leur en acheter : s'ils existent et prospèrent, c'est parce qu'ils rendent un service utile.

Les producteurs ont la possibilité d'accéder plus facilement aux consommateurs : il est parfois indispensable ou il est moins coûteux de faire distribuer sa production par les supermarchés que de la distribuer soi-même auprès d'une multitude de petits magasins. Les producteurs payent ce service sous la forme de rabais. La concurrence entre les grandes surfaces devrait obliger ces dernières à baisser les prix de sorte à ce que le bénéficiaire ultime en soit le consommateur. La loi Galland interdit cela sous prétexte de protéger les "petits" commerçants et producteurs.

En réalité, les vrais gagnants sont les supermarchés. D'une part, les "petits" commerçants doivent offrir de toute façon un service différent de celui des supermarchés : la proximité, l'accueil personnalisé, la disponibilité etc. ce qui justifierait des prix plus élevés pratiqués par le commerçant du quartier. D'autre part, les producteurs, avec ou sans loi Galland, continuent de payer pour l'accès au réseau de distribution lorsque cela est plus intéressant pour eux. Cela ne concerne pas seulement les grandes marques, bien que leurs producteurs soient en mesure de consentir les rabais les plus importants aux supermarchés. Là encore, les "petits" sont pénalisés, car ils ne peuvent pas toujours suivre les "grands" dans les enchères pour l'obtention de l'espace mis à disposition par les supermarchés.

Les habitués de ce site pourraient se demander pourquoi la concurrence entre les grandes surfaces ne se traduit pas par une diminution des rabais demandés aux producteurs. La réponse est simple : parce que la concurrence entre supermarchés n'est pas assez forte ! En effet, il existe une autre loi qui limite fortement l'ouverture de nouvelles grandes surfaces, ce qui protège celles qui sont déjà en place. Comment s'appelle cette loi ? Ah oui ! La loi Raffarin…

Toutes les lois sur la concurrence (en France mais aussi ailleurs) présentent des effets pervers chaque fois que l'on essaye de réglementer les relations entre différentes corporations, de protéger certains producteurs au détriment des autres, etc. au lieu de se concentrer sur leur seule (éventuelle) justification, à savoir la protection des intérêts du consommateur. En ce sens, une dernière précision s'impose. Mis à part les bénéficiaires de revenus de transfert, les consommateurs sont des producteurs qui ont déjà rendu service aux autres : là est la source de leur pouvoir d'achat, c'est cela qui justifie le "pouvoir" de l'acheteur sur le vendeur, du consommateur sur le producteur.

Mots-clés : Concurrence, Lobby, Public Choice, Réglementation.