EN PERIODE DE CRISE, LES SYNDICATS D'AIR FRANCE HAUSSENT LE TON


Les syndicats de pilotes d’Air France n’ont toujours pas pris acte de la dégradation de la situation des compagnies aériennes depuis les attentats du 11 septembre ! Ils revendiquent une revalorisation de leur statut et de leur rémunération avec effet rétroactif. Ce groupe de pression menace d’un retour au « syndicalisme le plus basic ».


La rencontre entre la direction d’Air France et les syndicats de pilotes de la compagnie aérienne, qui portait essentiellement sur les salaires, s’est conclue sur un constat de profond désaccord.  Alors même que des compagnies aériennes, telles que Continental, American Airlines, Swissair et Sabena, connaissent des crises majeures, la direction a fait un geste envers les pilotes. Cette dernière a proposé de combler l’écart des salaires de 1,6 % entre Air France et les trois autres compagnies européennes (KLM, Lufthansa et British Airways). La direction s’est engagée à verser aux pilotes un treizième mois entier, soit l’équivalent d’une hausse de 0,2 %. De plus, elle prévoit des mesures en faveur des pilotes du bas des grilles, soit une hausse globale de 1,4 %. Suite à ces propositions de la direction, les syndicats ont manifesté leur mécontentement et menacent de dénoncer l’accord global pluriannuel (AGP). Le président du syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) a annoncé qu’il entendait revenir sur l’AGP que son syndicat avait signé en 1998. Cet accord prévoyait un échange « salaire contre actions » et le gel de la grille des rémunérations pendant sept ans. La direction, de son côté, a donné une lecture ambiguë de l’accord, qui promettait un alignement des rémunérations globales des pilotes (donc y compris les retenues sociales) et non des salaires nets. La différence est de 20% en moins en terme de salaire net. les syndicats estiment qu’avec ce mode de calcul Air France a déjà économisé chaque année 38,1 millions d’euros, soit 5¨% de la masse salariale. Avec l’appui du syndicat des pilotes de l’aviation civile (SPAC), ils demandent que les 20 % économisés soient redistribués en primes de vol.

Les menaces de retour à un « syndicalisme de base » de la part des syndicats de pilotes inquiètent la direction ainsi que la clientèle de la compagnie. Comme tous les syndicats du secteur public, les SNPL et SPAC, majoritaires chez les pilotes, exercent une forte pression sur la compagnie. On peut ici noter que, malgré la privatisation partielle survenue le 22 février 1999, la compagnie Air France reste détenue à 56 % par l’Etat. En France, le taux de syndicalisation dans le secteur public est de 25 % contre 2 % dans le secteur privé. Non seulement les syndicats ne sont pas représentatifs de l’ensemble des salariés, mais l’essentiel de ceux qu’ils représentent sont quasiment tous dans le secteur public. Dans le cas d’Air France, l’erreur serait de considérer ces syndicats comme les représentants légitimes des salariés, alors que leurs seuls objectifs sont de donner toujours plus aux salariés les mieux payés. En ce sens, on peut noter que 90 % des jeunes pilotes (30 ans et moins) ont choisi de réduire leur salaire en échange d’actions, démontrant ainsi leur adhésion à long terme au projet de la compagnie. De plus, la quasi totalité des pilotes ont décidé de souscrire au capital de la compagnie, sachant qu’ils avaient la possibilité de renoncer à cette souscription. A ce sujet, 2819 pilotes (soit 78.85 % des 3575 pilotes éligibles) détiennent des actions de la compagnie, ce qui représente 11 % du capital total.

Alors même qu’une bonne partie des pilotes semble accepter les propositions de la direction, un groupe fait pression et revendique davantage. Le problème est que ces groupes de pression disposent d’un monopole du pouvoir d’information et sont considérés par les médias comme les seuls représentants légitimes du progrès et de la vérité. Le salarié non syndiqué, qui assiste à cette guerre inégale de l’information, qui aboutit quasi systématiquement à la victoire de la désinformation, est en général passif. Il a souvent tendance à suivre ceux dont il estime qu’ils représentent le mieux ses intérêts. Ce sont ces syndicalistes qui bénéficient du droit de paralyser l’économie en dépit des lois élémentaires concernant les limites du droit de grève.

Il faut donc ôter aux représentants des groupes de pression le monopole de l’information et de la vérité. Sans cela, il ne sera jamais possible de rétablir un dialogue sain dans les entreprises et les administrations françaises.

Les Français qui travaillent sont a priori, dans leur immense majorité, des gens de bonne volonté, qui ont simplement peur de leur avenir. Pour cela, ils doivent prendre conscience de leur force, arrêter de « râler » et se mettre au travail pour redresser la situation actuelle de crise. L’exemple d’Air France montre bien que, même en période de crise, les syndicats préfèrent des intérêts corporatistes à court terme à l’intérêt à long terme de l’entreprise et des clients.

Mots clés : Désinformation, Groupe de pression, Monopole, Syndicat.