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« Les problèmes de la connaissance et du coût social » par Roy E. Cordato, Journal des Economistes et des Etudes Humaines, vol.3 n°4, Décembre 1992. Texte intégral1. Introduction. L'article de Ronald Coase publié
en 1960 sous le titre, "Le problème du coût social", a été
l'un des travaux les plus influents du développement de la théorie du
bien-être depuis la publication de l'ouvrage de A.C. Pigou intitulé
"L'économie du bien-être". Les analyses que cet article engendra
ont fait de la définition et de la répartition des droits de propriété
le thème central des discussions concernant les problèmes d'efficience
associés aux externalités négatives. L'approche de Coase, en évaluant
et en résolvant ces problèmes, a donné naissance à la plus grande partie
de l'analyse économique du droit de la responsabilité et des diverses
règles y afférentes que l'on peut trouver dans la littérature juridique
et économique. Elle a également conduit au développement de l'approche
dite des "droits de propriété" concernant les problèmes d'environnement
; laquelle a récemment trouvé un rôle prépondérant en tant qu'alternative
à l'analyse pigouvienne traditionnelle. Dans les années 1930 et 1940,
F.A. Hayek a aussi développé, et par la suite étendu, une approche normative
et positive de la science économique qui mit l'accent sur l'importance
des droits de propriété et des relations contractuelles. L'objet de
son analyse, d'abord conçue comme une partie de sa critique du socialisme,
était de montrer que le système des prix génère des flux informationnels
essentiels pour une utilisation efficace des ressources. En relation
avec le travail de Coase, les contributions de Hayek ont constitué une
partie importante de l'intérêt renouvelé à l'égard des approches en
termes de "marché" décentralisé pour la résolution des problèmes
économiques. On considère souvent que l'article
de Coase de 1960 et le travail de Hayek sur l'importance de l'information
convoyée par le marché, sont complémentaires. Buchanan[1]
considère l'approche de Coase comme étant dans la droite ligne d'une
tradition initiée par l'article de Hayek de 1937, "Science économique
et Information". Très récemment, Farrel[2] présenta
et critiqua, l'idée de la complémentarité du travail de Coase et l'article
de Hayek de 1945 intitulé "L'utilisation de l'information dans
la société", à l'égard de la prise de décision décentralisée dans
une économie de marché. Ces appréciations des travaux
de Coase et de Hayek ne réussissent pas à révéler la différence fondamentale
de leurs approches de l'analyse économique[3]. Le
présent article soutiendra qu'en attirant l'attention sur les problèmes
d'information rencontrés par les participants au marché et les décideurs
politiques, Hayek pose un sérieux défi à certaines des conclusions de
Coase ainsi qu'à leurs applications[4]. Alors
qu'à la fois Hayek et Coase formulent d'importantes critiques à l'analyse
walrasienne ainsi qu'à ses prolongements, notamment l'économie du bien-être
pigouvienne, on ne reconnaît habituellement pas que les arguments d'Hayek
sont tout autant applicables au "juge coasien" qu'au commissaire-priseur
walrasien et au contrôleur des impôts pigouvien[5]. A la
fois Coase et ses disciples mettent à l'écart les problèmes posés par
Hayek. Lorsque ces problèmes sont envisagés, les implications politiques
de l'approche coasienne perdent beaucoup de leur clarté. Dans la dernière section de
cet article, le type d'analyse normative des droits de propriété qui
serait cohérent avec la vue hayékienne des marchés sera brièvement examiné.
Ce n'est pas mon propos que de présenter une alternative pleinement
développée ; cela irait au-delà du champ de cet article ; mais il s'agira
plutôt d'esquisser certaines conséquences de l'approche hayékienne pour
les types de problèmes envisagés par Coase. 2. Les objectifs normatifs
et la méthode d'analyse coasienne. La première préoccupation de
l'article de Coase datant de 1960 est de réexaminer les implications
normatives des externalités négatives. Il considère que l'approche pigouvienne
traditionnelle, centrée sur la divergence entre les coûts privés et
les coûts sociaux que les externalités génèrent, a des conséquences
politiques pouvant conduire à des résultats sous-optimaux. Pour Coase,
le centre d'intérêt traditionnel sur l'internalisation est mal placé.
Il considère que le but de la politique publique devrait être la maximisation
du produit[6], laquelle
ne doit pas nécessairement conduire à l'internalisation de tous les
effets externes nuisibles. En réexaminant l'exemple de l'entreprise
qui contamine un fleuve et tue les poissons, Coase soutient que "la
question à trancher est la suivante : est-ce que la valeur du poisson
perdu est inférieure ou supérieure à la valeur du produit que la contamination
du fleuve rend possible"[7]. A travers la vaste littérature
que l'article de Coase a déclenchée, la maximisation de la valeur du
produit social et, par implication, la minimisation du coût social,
ont constitué les principes normatifs à suivre. Par exemple, quasiment
toute l'approche de l'"Ecole de Chicago" du droit et de l'économie,
en évaluant l'efficience des diverses règles de responsabilité, a été
développée dans cet esprit[8].
Avec quelques exceptions[9], la
mesure dans laquelle cet objectif est opératoire en tant que guide universel
réel de la politique publique n'est pas réellement discutée. L'analyse
hayekienne du processus de marché révèle des conséquences directes pour
ce problème. Coase met en lumière son alternative
à l'analyse pigouvienne avec de nombreux exemples dans lesquels les
actions d'une personne ou d'une entreprise ont des effets nocifs sur
d'autres. Ce genre de difficultés est examiné sous diverses hypothèses
concernant les coûts de transaction. Tout d'abord, il estime les résultats
obtenus avec des coûts de transaction nuls ou assez faibles pour ne
pas empêcher les négociations entre parties concernées. Cette hypothèse donne naissance
aux résultats typiquement associés au théorème de Coase, c'est-à-dire
le fait que les parties, indifférentes à qui est tenu de supporter les
coûts ex ante, poursuivront leur négociation
jusqu'à obtenir un résultat maximisant la valeur combinée de leurs productions. Pour démontrer ce résultat,
il utilise l'exemple du propriétaire d'un troupeau dont les bêtes errent
sur le pré d'un fermier voisin et endommagent sa récolte. Avec des coûts
de transaction nuls, l'intérêt personnel du fermier et celui du propriétaire
de bestiaux conduisent à un processus de négociation débouchant sur
le résultat efficient. La négociation qui s'effectue est fondée sur
les prix de marché de la récolte du fermier, de la valeur de la viande
que retirera le propriétaire des bovins, et de la clôture nécessaire
pour contenir le troupeau. Finalement les paiements compensatoires sont
réalisés soit par le fermier envers le propriétaire du bétail afin d'obtenir
une réduction de la taille du troupeau, soit par le propriétaire du
troupeau envers le fermier, afin d'obtenir des droits sur une portion
des terres du fermier, c'est-à-dire une réduction de la surface des
cultures. La direction des paiements compensatoires dépend de qui, antérieurement
à toute négociation, s'attend à devoir subir les coûts des dommages.
Dans un cas comme dans l'autre, les résultats de la négociation débouchent
sur la combinaison des récoltes et du bétail qui maximise leur valeur
sociale combinée. Une hypothèse critique dans l'analyse de Coase réside
dans le fait que tous les prix sont des prix d'équilibre concurrentiels
et de ce fait intègrent les coûts marginaux sociaux associés aux activités
productives envisagées[10]. Cela
permet à Coase d'affirmer qu'à la fois la valeur de marché et la valeur
"sociale" des deux parties sont conjointement maximisées. Dans la seconde hypothèse,
qui est la plus pertinente des coûts de transactions élevés empêchent
l'émergence d'un résultat efficace en provenance d'une libre négociation.
En ces circonstances, une tierce partie, probablement un juge préoccupé
de résoudre un litige légal, aurait pour tâche de déterminer "la
disposition légale des droits susceptibles d'assurer une valeur de la
production plus importante que toute autre"[11],[12]. Plus explicitement, Coase soutient
que "ce qui doit être tranché consiste dans le fait de savoir si
le gain provenant de l'empêchement du préjudice est plus important que
la perte qui serait autrement supportée comme résultant de l'arrêt de
l'action engendrant le préjudice"[13]. Coase utilise un exemple dans
lequel les étincelles projetées par un chemin de fer mettent le feu
aux cultures situées près des voies ferrées. Dans le cadre de notre
propos, il n'y a aucun besoin d'entrer dans les spécifications quantitatives
de l'exemple Coasien[14].
La procédure générale est la suivante : le juge doit examiner la valeur
marginale des récoltes auxquelles on doit renoncer lorsque un droit
de détruire les terres agricoles adjacentes est attribué au chemin de
fer, et les comparer à la valeur marginale d'un service de chemin de
fer inexistant quand le fermier peut cultiver cette terre. Ces valeurs
sont supposées données par les prix de marché. Le juge doit alors utiliser
ces calculs de coûts pour déterminer quelle combinaison de droits maximiserait
le produit social net. A ce stade, les droits de propriété, si nécessaire,
sont réalloués suivant cette règle de maximisation. Le scénario des coûts de transaction
positifs est devenu le fondement de la plupart des applications de l'analyse
coasienne dans la littérature concernant l'analyse économique du droit.
Les évaluations de l'efficience des diverses règles de responsabilité
dans des domaines aussi différents que les accidents d'automobiles et
la pollution industrielle sont, fondamentalement, des applications spécifiques
des principes généraux établis dans l'exemple de Coase[15].
Comme dans l'hypothèse des
coûts de transactions nuls, afin d'obtenir la valeur maximisant les
résultats, Coase suppose que tous les prix de marché observés sont des
prix d'équilibre concurrentiel[16].
Cela signifie que pour le "juge coasien", les prix observés
saisissent toute l'information pertinente nécessaire pour déterminer
la solution efficiente. La critique hayekienne de l'analyse coasienne
et de ses applications se concentre sur cette hypothèse cruciale. Elle
est basée fondamentalement sur les mêmes arguments utilisés par Hayek
pour critiquer le socialisme, et que d'autres[17] ont
utilisé dans leurs critiques de l'impôt pigouvien. 3. Le problème de l'information. "L'information concrète
qui guide l'action d'un groupe d'individus n'existe jamais comme un
corps cohérent et logique. Elle existe seulement sous une forme dispersée,
incomplète et incohérente, dans laquelle elle apparaît à l'esprit des
individus ; et cette dispersion et cette imperfection de l'information
constituent un des faits fondamentaux à partir desquels les sciences
sociales doivent évoluer"[18]. 3.1. Le problème de l'information
et l'écoulement du temps réel. Le "problème de l'information"
constitue le thème central des contributions de Hayek à l'analyse économique
du socialisme[19], à
la théorie de la concurrence[20], et
à la méthodologie en sciences sociales[21]. Pour
affecter efficacement les ressources, un système économique nécessite
de l'information concernant les changements économiques, les raretés
relatives, et les préférences. Hayek souligne qu'une grande partie de
l'information est extrêmement diffuse et personnalisée, souvent contradictoire,
et avec le passage du temps, dans une situation de flux permanent. Il
estime que le problème économique pour la société réside dans le fait
de trouver la meilleure voie afin de communiquer et d'utiliser cette
information qui, en raison de sa nature ne peut être disponible pour
un esprit unique[22].
Cela contraste avec les approches plus traditionnelles de l'économie
du bien-être. Il est habituel de soutenir que l'objectif d'un système
économique est d'atteindre une allocation optimale prédéterminée des
ressources. Le succès ou l'échec du marché est jugé par la mesure dans
laquelle les résultats approchent la solution optimale. Hayek soutient qu'un système
de prix, conséquence de l'échange libre, se préoccupe le plus efficacement
du problème de l'information. Dans un sens général, la loi de l'offre
et de la demande uvre pour engendrer des prix qui révèlent aussi précisément
que possible les changements qui s'opèrent dans l'information. A travers
le système des pertes et profits, l'activité entrepreneuriale fondée
sur une information correcte se trouve récompensée et soutenue, tandis
que l'activité fondée sur une information erronée est pénalisée, conduisant
à une mise à l'écart de cette information. Il est important de noter
que dans le schéma hayékien, il s'agit d'un processus continu d'essais
et d'erreurs, et non pas d'un processus itératif aboutissant à un état
final d'équilibre complet. Puisque le temps qui s'écoule de manière
continue révèle une information nouvelle et des changements dans l'ancienne
information, le processus d'apprentissage, c'est-à-dire le processus
de marché pour Hayek, se renouvelle sans cesse[23]. Une conséquence cruciale de
cette approche est que les marchés ne seront jamais "parfaits".
Selon Hayek, bien que l'économie de marché constitue le meilleur dispositif
institutionnel, pour traiter du problème de l'information, les prix
qui sont générés ne peuvent communiquer et ne communiqueront pas une
information sans erreur. A tout moment, les prix reflètent une information
incomplète et parfois incorrecte. Une fois encore le passage
du temps en est la cause. D'abord, les changements actuels dans l'information
peuvent se refléter dans les prix seulement après l'événement. Cela
rend, en partie, tous les prix historiques. Les prix observés aujourd'hui
traduisent l'information d'hier. Cela implique que certains des changements
informationnels saisis seront dépassés. Mais la formation des prix est
également prospective. Puisque la plupart des décisions sont en partie
fondées sur les anticipations concernant le futur, lesquelles sont conjecturales
et parfois incorrectes, les prix de marché révéleront des erreurs de
jugement. Si les prix de marché reflètent
une information précise aussi bien qu'incorrecte, ils ne peuvent décrire
parfaitement les coûts d'opportunité marginaux. Par exemple, si le prix
d'un produit donné contient une information inexacte à propos des préférences
des individus, il induira nécessairement de l'information incorrecte
concernant la valeur que les consommateurs placent dans les diverses
utilisations de ce produit et à propos des facteurs qui entrent dans
sa fabrication. Une fois de plus, comme le temps s'écoule, certains
entrepreneurs se lancent dans des actions basées sur cette information
erronée. Étant donné que cela provoque des pertes, elle sera éliminée,
mais seulement pour être remplacée par de nouvelles inexactitudes, qui
devront également être révélées à travers l'épreuve et l'erreur de l'activité
de marché. Dans cette perspective, on ne peut compter sur les prix pour
révéler parfaitement les coûts d'opportunité marginaux. De plus, puisque
les complexités du problème de l'information empêchent les observateurs
du marché de connaître ce que "serait" le prix en dehors de
ce qu'indique le marché, on ne peut juger de la proximité par rapport
au prix d'équilibre concurrentiel. Ces problèmes sont inhérents
à la nature de la formation du prix. Si le spécialiste en sciences sociales
suppose, comme Hayek soutenait que ce devrait être le cas, que la "dispersion
et l'imperfection de toute l'information constituent l'un des faits
fondamentaux à partir desquels les sciences sociales doivent évoluer"[24],
il est contradictoire de supposer simultanément que les prix observés
sont des prix d'équilibre concurrentiels. Cela peut expliquer pourquoi
Hayek n'a jamais considéré l'équilibre concurrentiel comme une référence
pertinente pour l'analyse économique normative. Il exprime "que
l'analyse qui décrit seulement les conditions de l'équilibre ... serait
bien entendu de pure logique et ne contiendrait aucune assertion à propos
du monde réel"[25].
Il estime plus loin que supposer l'existence de telles conditions "
[nous] fourvoie en nous laissant accroire que la situation [décrite par l'équilibre concurrentiel] présente un rapport direct
avec la résolution des problèmes pratiques"[26]. Pour éviter la confusion, il
est important de comparer brièvement le problème hayékien de l'information
avec la théorie de l'optimum de second rang que l'on rencontre dans
des discussions plus traditionnelles de l'économie du bien-être[27]. Tout
comme le problème de l'information, la théorie de l'optimum de second
rang se concentre sur les difficultés qui affleurent pour les décideurs
politiques publics, puisque le monde ne se conforme pas aux hypothèses
de la concurrence parfaite. La différence réside dans le fait que le
problème de l'information est intrinsèquement relié au passage du temps,
tandis que la théorie de l'optimum de second rang est formulée à l'intérieur
du cadre d'un équilibre général statique. La théorie démontre justement
que si des écarts à partir de la concurrence parfaite se produisent
dans différents secteurs de l'économie à cause du monopole, des externalités
ou de l'impôt alors ce qui se présente comme une réallocation
des ressources maximisant la valeur dans un secteur, peut en réalité
réduire le bien-être social dans un sens général. Cela génère un problème
informationnel. Par exemple, alors que les prix de marché en situation
de concurrence parfaite sont efficients parce qu'ils reflètent les coûts
d'opportunité marginaux subis par la société, la théorie de l'optimum
de second rang suggère que si
une commission d'utilité publique plaçait le prix au coût marginal,
elle pourrait réellement réduire le bien-être social car les échecs
de marché engendrent des surproductions ou des sous-productions dans
d'autres secteurs de l'économie[28].
Le problème de la découverte de ces inefficacités crée un sérieux obstacle
pour celui qui tente de découvrir de manière exogène le prix et la combinaison
de produit optimaux sur chaque marché. Certains ont également avancé
qu'un juge tentant de mettre en uvre une solution coasienne à un litige
concernant les droits de propriété est confronté à un problème du même
type[29]. Ce qui est important dans cette
discussion c'est le fait que dans la théorie de l'optimum de second
rang, la solution pertinente de "premier rang" constitue encore
un équilibre général parfaitement concurrentiel. Les échecs de marché
qui sont à l'origine de la prise en compte d'une solution de second
rang naissent à l'intérieur d'une structure d'équilibre général intemporelle.
Les problèmes informationnels de Hayek existeraient même dans un monde
dans lequel aucun échec de marché, i.e.,
des externalités, monopoles, etc., défini dans le sens néoclassique
traditionnel, ne pourrait être identifié. Cela provient du fait que
les changements informationnels continus qui donnent naissance au problème
de l'information sont inhérents à l'écoulement du temps. Un élève de
Hayek, L. Lachmann, rend compte succinctement de ce point : "Dès qu'on reconnaît le
passage du temps, on doit admettre un changement dans l'information
(...) L'état de l'information (...) ne peut être le même en deux points
successifs du temps, et le temps ne peut s'écouler sans déplacements
de l'offre et de la demande. Le flux d'information génère toujours des
situations caractérisées par de nouveaux déséquilibres..."[30]. Les origines du problème informationnel
de Hayek et celles des difficultés suggérées par la théorie de l'optimum
de second rang sont fondamentalement différentes et reflètent des tensions
méthodologiques qui distinguent l'analyse hayékienne des approches plus
traditionnelles en termes d'économie du bien-être. La similitude la
plus remarquable entre les deux analyses est qu'elles indiquent ce que
pourraient être les problèmes informationnels insurmontables auxquels
les décideurs (politiques) publics font face lorsqu'ils tentent d'appliquer
l'économie du bien-être standard à l'analyse du marché dans le monde
réel. 3.2. Le problème de l'information
et le subjectivisme hayékien. Un deuxième aspect de la méthodologie
hayékienne créant une barrière informationnelle pour les décideurs publics
est son adhésion stricte à l'idée que toute valeur est subjective[31].
Considérés sous cet angle, tous les coûts et avantages sont définis
soit comme la satisfaction à laquelle on doit renoncer dans l'acte de
choix d'une alternative par rapport à une autre, soit comme la satisfaction
obtenue[32].
Ces niveaux de satisfaction sont déterminés et éprouvés de manière interpersonnelle
et, à la fois pratiquement et conceptuellement, ils échappent à toute
quantification. La vision hayékienne de l'importance de la théorie de
la valeur subjective en économie ne peut-être sous-estimée. Il a exprimé
que : "Il n'est probablement
pas exagéré d'affirmer que chaque avancée importante dans la théorie
économique au cours des cent dernières années fut un pas supplémentaire
dans l'application cohérente du subjectivisme"[33]. Le subjectivisme chez Hayek
ne devrait pas être considéré comme détaché des problèmes informationnels
créés par la dynamique du processus de marché. Ce n'est que dans le
cadre de l'équilibre général que les coûts et les bénéfices deviennent
quantifiables[34].
Une mise en relief de la nature subjective de la valeur représente la
conséquence logique d'un monde vu comme étant fondamentalement en déséquilibre.
Bien entendu, cela écarte l'analyse coût-avantage social du statut de
moyen scientifique de déterminer la politique publique appropriée. Mais
les conséquences vont encore plus loin. Dans cette perspective, l'idée
de définir les résultats optimaux du marché à partir des coûts et avantages
sociaux ne peut avoir de sens à l'extérieur d'un cadre d'équilibre général.
Par conséquent les modèles normatifs reposant sur l'utilisation d'une
telle analyse ne sont pas considérés comme des guides utiles dans la
formulation des objectifs politiques du monde réel. 4. Les conséquences pour l'analyse
coasienne en termes de droits de propriété. Si l'on admet que les prix de marché observés ne reflètent pas toute
l'information pertinente, et donc qu'ils ne peuvent décrire précisément
les coûts sociaux marginaux, à la fois le théorème de Coase et l'approche
coasienne plus générale de l'analyse en termes de droits de propriété
conduisent à des difficultés. Les conséquences de l'hypothèse des coûts
de transaction nuls sont beaucoup moins drastiques que pour le scénario
des coûts de transaction positifs. Revenons au cas du propriétaire
d'un troupeau de bétail et du fermier. L'hypothèse de coûts de transaction
nuls affirme que la négociation suivra. Mais si nous ne supposons pas
que les prix de marché du troupeau et de la récolte reflètent toute
l'information pertinente, nous ne sommes pas assurés que le résultat
escompté maximisera la valeur sociale nette du produit[35]. Le mieux que nous puissions
dire est que le résultat maximisera la valeur de marché du troupeau
et des récoltes au moment où la négociation se produit. En occultant
l'hypothèse que les prix intègrent les coûts sociaux marginaux, on ne
peut parvenir à aucune conclusion concernant la valeur sociale nette
du troupeau et des récoltes finalement produits. Cette conclusion, bien que
ne parvenant pas à tous les résultats auxquels le théorème de Coase
conduit, a cependant certaines conséquences normatives. D'abord on peut toujours conclure
que, en l'absence de coûts de transaction qui représentent un sérieux
obstacle à la négociation, un résultat mutuellement satisfaisant sera
obtenu. Même si ce résultat ne peut maximiser la valeur sociale nette
des produits considérés, il s'agit d'une solution qui place le fermier
et le propriétaire du troupeau dans une meilleure situation que ce qu'elle
aurait été sans la négociation. Ce qui demeure intact, c'est l'observation
de Coase selon laquelle en l'absence de coûts de transaction insurmontables,
aucune intervention extérieure ne serait nécessaire pour résoudre les
litiges concernant les conflits sur l'utilisation des ressources, tant
que le droit de négocier est garanti. Les conséquences du problème
de l'information dans l'hypothèse des coûts de transaction positifs
et pour la plupart des applications qui en découlent sont beaucoup plus
sérieuses. En l'absence de prix d'équilibre, le montant d'information
qui serait requis par une tierce partie chargée de résoudre les types
de problèmes posés par Coase créerait un obstacle insurmontable à l'obtention
de la solution efficiente, c'est-à-dire la solution coasienne. On peut illustrer cela en utilisant
le propre exemple de Coase ; celui du chemin de fer et des récoltes.
Le juge rencontre le problème de déterminer si le dommage encouru par
les étincelles destructrices des récoltes au cas où deux trains plutôt
qu'un circuleraient quotidiennement, dépasserait la valeur du train
supplémentaire mis en service. Si nous plaçons le juge dans le contexte
d'un processus de marché dynamique dans lequel les prix ne sont pas
parfaitement concurrentiels, son problème devient insurmontable. D'abord
il doit, en tant qu'observateur extérieur, décider si l'allocation des
ressources qui proviendrait d'une absence d'interférence, dans ce cas
la circulation de deux trains par jour, est sous-optimale. Si tel est
le cas, il doit ensuite décider quelle est l'allocation optimale de
ressources et si oui ou non une compensation des dommages doit être
versée. Pour s'acquitter du premier objectif, il devrait connaître tous
les coûts d'opportunité associés à l'utilisation des ressources pertinentes
au moment où le marché est observé. Le juge devrait alors effectuer
les calculs appropriés pour déterminer si la valeur du "produit
social" peut être accrue par un autre usage des ressources. C'est
seulement à ce moment-là que les jugements peuvent être rendus. Mais
étant donné qu'en dehors de l'équilibre concurrentiel tous les coûts
d'opportunité sont subjectivement définis et par nature impossibles
à estimer, le juge coasien ferait face dès le départ à une tâche insurmontable. En laissant de côté les problèmes
créés par la nature subjective des coûts d'opportunité et en supposant
qu'une décision rationnelle a été prise pour réallouer les ressources,
le juge fait face à de nouveaux obstacles. Dans le cadre d'un marché dynamique,
il aurait besoin de prévoir parfaitement l'évolution de toutes les variables
considérées dans son estimation initiale du marché. Comme les processus
de marché en déséquilibre se déroulent au cours du temps, les fonctions
d'utilité et les raretés relatives changeront et les coûts d'opportunité
fluctueront continuellement. En dehors du cadre stable de l'équilibre
concurrentiel, un juge tentant de réallouer les ressources et les droits
de propriété en accord avec les préceptes coasiens, ferait face à une
série d'obstacles supplémentaires. Il devrait tout d'abord déterminer
une structure de temps appropriée et ensuite recueillir toute l'information
pertinente, qui n'est pas saisie par les prix de marché, afin de réaliser
les calculs précis des valeurs actuelles eu égard aux ressources concernées.
Cela soulève une autre interrogation : peut-il y avoir une conclusion
logique à ce processus judiciaire ? Même en posant l'hypothèse
irréaliste selon laquelle un juge pourrait recueillir toute l'information
pertinente pour une période finie, mais pas infiniment dans le futur,
il semblerait qu'il aurait à reconsidérer continuellement ses décisions
à la fin de chaque période. Il existe des différences importantes
entre un juge, ou n'importe quel décideur politique qui alloue de manière
exogène des ressources assises sur des prix de marché observés, et un
entrepreneur qui remplit un rôle similaire mais en tant que participant
endogène au processus de marché. Ces différences portent essentiellement
sur les incitations rencontrées par chacun d'agir et de réagir aux informations
envoyées par des signaux de prix. Un entrepreneur agissant à partir
de signaux de prix contenant une fausse information subira des pertes
personnelles. Cela incitera à opérer des corrections aussi rapidement
que possible afin de minimiser les pertes. En allouant les ressources
qui ne sont pas les leurs, les décideurs politiques ne sont pas soumis
aux mêmes incitations et n'ont aucun moyen de dire, ex
post, si leurs décisions sont bonnes ou mauvaises. Si une décision
est fondée sur des signaux de prix erronés, aucune perte personnelle
ne sera subie et il n'y aura pas de rétroaction opportune du type de
celle fournie aux entrepreneurs. Bien que le système des prix ne soit
pas parfait, il fournit un mécanisme de rétroaction sophistiqué et relativement
rapide, à travers les pertes et les profits, qui "oblige"
les participants au marché à réviser les décisions basées sur une information
erronée. Le décideur politique public, juge ou planificateur central,
est à l'extérieur de ce processus. Non seulement il est vraisemblable
qu'il demeure ignorant des décisions erronées, mais il ne ferait face
à aucune incitation du marché à opérer des corrections même si cette
ignorance était d'une manière ou d'une autre éliminée. Une distinction éclairante
devrait être remarquée entre le type de processus d'apprentissage envisagé
ici, et le processus décrit par Priest[36] qui
encouragerait le système légal à promulguer des règles plus efficaces[37].
Une nouvelle fois, la distinction est entre l'analyse menée à l'intérieur
du contexte du processus de marché sans limites caractérisé par un flot
continu de nouvelles informations, et les analyses appliquées avec à
l'esprit un résultat allocatif "efficace" particulier. L'entrepreneur
considéré plus haut contrôle et (ajuste) les prix des facteurs et des
produits qui sont continuellement altérés afin de refléter la nouvelle
information. Les décisions de réallocation des ressources sont fondées
sur ces changements de prix et elles doivent également être continues.
Ce n'est pas un processus qui pousse en réalité les marchés vers un
équilibre réalisable ou un "résultat" efficient, mais au contraire
il s'agit d'un processus continu et jamais achevé. Comme on le verra,
les jugements normatifs de Hayek à propos des performances du marché
sont fondées sur la façon dont le système des prix reflète bien la nouvelle
information et sur la manière dont cette information est bien intégrée
dans les plans des participants au marché. Cela déplace le propos hors
de tout résultat particulier du marché. Priest indique clairement que
son analyse s'inscrit dans la tradition coasienne[38],
dans laquelle les règles efficientes sont celles qui débouchent sur
une allocation de ressources qui maximiserait la valeur du produit (qui
minimiserait le "coût social"). Contrairement au processus
entrepreneurial, il envisage un système fermé en ayant à l'esprit des
revenus de marché particuliers. Son but consiste à expliquer pourquoi
on peut s'attendre à ce que les règles de droit (au sens "common
law") deviennent allocativement plus efficaces à travers le temps
même si les juges ne se soucient pas du caractère efficient des effets
de leurs décisions. Priest décrit un processus d'évolution de la règle
conduit par la quantité de litiges qu'une règle particulière génère.
Il soutient que parce que des règles inefficaces provoqueront des coûts
(joints) plus élevés pour les parties, elles auront tendance à se trouver
plus fréquemment à nouveau en litige. Cela accroît la probabilité que
ces règles soient renversées en faveur d'autres plus efficaces. Priest
décrit un processus itératif mené par le nombre de litiges qu'une règle
provoque, processus conduisant à une solution d'équilibre dominée par
des règles efficientes. Je ne prétend pas qu'il y a
un problème avec ce type d'analyse à l'intérieur du cadre méthodologique
établi par Coase. Mais l'analyse de Priest peut être utilisée pour jeter
un éclairage sur les différences entre les traditions coasienne et hayékienne.
Le problème qu'aurait un analyste adoptant une vision du monde hayékienne
face au modèle de Priest, est fondamental. Il provient du standard normatif
qui a été choisi au départ. Conceptuellement, cela n'a aucun sens pour
les décisions d'un juge d'essayer d'assurer un résultat de marché particulier
ou une distribution particulière des ressources. C'est parce que le
résultat "efficient" sur le plan de l'allocation, s'il peut
être significativement identifié, sera vraisemblablement différent à
tous les points successifs du temps. Par conséquent ce serait seulement
par accident qu'une règle quelconque serait efficiente au moment où
elle serait réellement établie ou entrée en vigueur. La stricte adhésion
de Hayek à la théorie de la valeur subjective est associée à cela, conception
qui écarte les comparaisons interpersonnelles de coûts et de bénéfices
y compris à un moment donné. Dans le cadre adopté par Priest, et par
d'autres qui ont développé des théories similaires[39],[40],
la sommation des coûts et bénéfices des individus et leurs comparaisons
interpersonnelles constitue un élément permettant de définir simplement
les résultats efficients et, par conséquent, les règles légales efficientes. 5. Vers une approche alternative. Comme on l'a noté, l'analyse
hayékienne suggère une alternative à Coase. D'abord Hayek, en posant
la nature du problème économique auquel la société fait face, sous-entend
un standard de bien-être social qui se débarrasse de résultats de marché
particuliers. Il estime que : "Le problème économique
de société est (...) le problème de savoir comment assurer la meilleure
utilisation des ressources connues de tous les membres de la société,
pour des fins dont seuls ces individus connaissent l'importance relative
(...) Il s'agit du problème de l'utilisation de l'information qui n'est
pas donnée à tout un chacun dans sa totalité"[41]. Cela ne nie pas ou n'est pas
en désaccord avec l'objectif normatif qui préoccupe Coase. Assurément,
en posant que le problème économique consiste à obtenir "la meilleure
utilisation des ressources", Hayek comme Coase, estime que la valeur
des ressources disponibles devrait être maximisée. Mais pour Hayek cette
"meilleure utilisation" est relative à la réalisation de buts
individuellement déterminés et subjectivement évalués. Pour cette raison,
la "meilleure utilisation des ressources" ne pourrait jamais
être imposée de manière exogène, mais pourrait seulement être réalisée
à travers des processus de marché endogènes. L'efficience, dans cette
perspective, renvoie à la mesure dans laquelle le système économique
encourage les individus à utiliser les moyens disponibles en leur possession
d'une façon compatible avec la réalisation de leurs objectifs[42].
Cela dépend de la mesure dans laquelle les individus possèdent de l'information
à propos de l'adéquation des moyens aux fins. Par conséquent, le problème
de l'efficience est le problème de l'information. Dans un monde d'information
parfaite, il n'y aurait aucun problème d'efficience. Où cela nous éloigne-t-il de
l'évaluation des types de problèmes que Coase essayait de poser ? Hayek
formule certaines indications applicables à la formulation des règles
légales. Il insiste sur la proposition fondamentale de l'analyse de
la politique économique qui est de définir les "aménagements institutionnels"
qui permettront au système des prix d'utiliser et de répandre le maximum
de l'information disponible[43].
Cela est compatible avec le "problème économique de la société"
défini dans la citation précédente. Il considère que par implication,
les règles qui sont finalement mises en place, devraient être indépendantes
de tout objectif", i.e.
ne devraient pas émettre de jugements de valeur en ce qui concerne l'importance
relative des objectifs spécifiques que les individus poursuivent dans
la société. Cela est cohérent avec l'analyse économique hayékienne.
Plus fondamentalement, le système des prix doit, aussi précisément que
possible refléter les préférences des individus, qui dépendent des fins
poursuivies et qui forment la base de tous les coûts et bénéfices[44].
Dans le schéma analytique de Hayek, la hiérarchie des objectifs des
participants au marché doit être appréhendée comme étant fournie par
l'analyste de la politique économique. Remarquons que dans l'analyse
de Coase il existe un jugement implicite que certains objectifs sont
plus "précieux" pour la société que d'autres. Les choix effectués
par l'analyste entre ou parmi les buts des individus ne peuvent, dans
la perspective hayékienne, être considérés comme scientifiques, puisque
ils entraînent nécessairement des comparaisons interpersonnelles d'utilités. En soulignant l'importance
des règles indépendantes des fins, Hayek argumente contre le type de
règles suggéré par l'analyse coasienne : "Une politique ne vise
pas nécessairement des buts particuliers ; elle peut aussi tendre à
assurer un ordre global abstrait dont les caractères seront de nature
à offrir aux membres de la société la meilleure chance d'atteindre leurs
fins particulières, diverses et largement ignorées. L'objectif politique
d'une telle société devrait être d'accroître (...)
les chances de poursuivre avec succès des objectifs tout aussi
inconnus (...). Une politique (...) ne peut donc s'assigner
un maximum connu de résultats particuliers (...)"[45]. Hayek nous conduit tout près
de découvrir une approche concrète permettant de traiter du problème
des effets nuisibles. En esquissant les principes pour la formulation
des "règles de juste conduite" générales, il en infère clairement
une approche en termes de droits de propriété : "Les règles [devraient
être cantonnées] dans l'interdiction d'actes affectant les tiers susceptibles
de leur nuire, et (...) ceci ne peut être réalisé qu'au moyen de règles
qui délimitent un domaine propre aux individus [sic] (...), domaine
sur lequel les tiers n'ont pas licence d'empiéter (...). La fonction
primordiale des règles de juste conduite est ainsi de dire à chacun
ce sur quoi il peut compter, quels objets matériels ou services il peut
utiliser pour ses projets, et quel est le champ d'action qui lui est
ouvert (...). Les règles de juste conduite circonscrivent ainsi des
domaines protégés (...) en rendant possible de déduire, à partir de
faits véritables, que telles et telles choses appartiennent à telle
personne"[46]. Dans l'uvre de Hayek par conséquent
les règles devraient revêtir deux caractéristiques fondamentales. En
premier lieu, il y a "l'indépendance des fins", i.e., elles devraient transcender l'importance relative que les individus
au sein de la société placent dans leurs buts. Cela élimine de la discussion
les approches qui dépendent d'une analyse coûts-avantages interpersonnelle. En second lieu, les règles
devraient clairement "délimiter un domaine protégé" de l'action,
"domaine sur lequel les tiers n'ont pas licence d'empiéter",
i.e., elles devraient définir les droits
de propriété. Comme Hayek l'a souligné, il est important que nous soyons
capables de déterminer "à qui les choses appartiennent." En se fondant sur l'analyse
hayékienne du marché, Kirzner[47] a décrit
un cadre institutionnel simple qui incorpore ces deux caractéristiques
fondamentales. L'apport de Kirzner nous permet de combler l'écart entre
l'analyse plus abstraite de Hayek concernant la formulation des règles
et le problème concret de l'établissement des règles "efficientes"
pour traiter des externalités négatives. Son propos consiste à identifier
un cadre légal qui permettrait au système des prix de favoriser, aussi
bien que possible, la dissémination de l'information existante et la
découverte d'une nouvelle information. Kirzner identifie trois critères
simples. Il soutient que le système économique devrait "opérer
à l'intérieur d'un cadre légal dans lequel" : 1. les individus ont un droit
à la propriété. 2. les droits de propriété
prennent la forme de l'autorisation donnée à l'individu d'"employer
les moyens dont il dispose dans le but de servir ses propres fins". 3. la seule contrainte légale
réside dans le fait que l'individu "n'envahisse pas les droits
de propriété des autres"[48]. Ce cadre institutionnel met
en relief que les individus devraient pouvoir utiliser leur propriété,
à la fois directement et à travers l'échange de marché, en cohérence
avec leurs propres préférences et leurs contraintes de coûts. Cela est
indépendant des fins et définit une sphère d'activités avec laquelle
les autres ne devraient pas interférer. De ce fait, ce cadre institutionnel
encouragera également le système des prix à maximiser la dissémination
de l'information. Dans la mesure où les individus tentent d'atteindre
leurs objectifs à travers l'échange de marché un accord mutuel sur les
prix de marché reflétera autant que possible l'information sur les raretés
et sur les préférences des participants au marché. La poursuite de l'objectif
de dissémination de l'information réside dans le fait que ce cadre institutionnel
fournit beaucoup d'assurance dans la prise de décisions économiques
tout en permettant toujours aux individus d'agir suivant leurs propres
préférences. Le système des prix opérera pour faciliter la dissémination
de l'information appropriée uniquement dans la mesure où les individus
sont tenus de réaliser et d'exécuter des plans basés sur leurs préférences.
Puisque l'élaboration de plans implique nécessairement l'utilisation
de la propriété à différents moments dans le futur, la certitude en
ce qui concerne les droits et obligations futurs supprime ce qui pourrait
constituer une importante source d'erreur à partir de la prise de décision
sur le marché. Les anticipations à propos du futur constituent une part
importante de l'information reflétée dans tous
les prix. Par définition ces anticipations sont chargées d'incertitude
et, parfois du moins, se révéleront fausses. Un cadre légal qui n'ajoute
pas d'incertitude serait un important support pour toutes les prescriptions
normatives qui sont indiquées à partir d'une perspective hayékienne[49]. Hayek
soutient que : "[Les règles] ne peuvent
créer de certitude que dans la mesure où elles mettent les moyens à
l'abri des empiétements d'autrui, et ainsi permettent à l'individu de
traiter ces moyens comme étant à sa disposition"[50]. Cela suggère une nouvelle distinction
entre les analyses hayékienne et coasienne. Tandis que les droits de
propriété sont considérés comme la variable la plus importante dans
la perspective coasienne, l'analyse de Hayek, afin de minimiser l'incertitude,
et une fois les droits de propriété clairement définis, suggère que
ceux-ci soient considérés comme une donnée dans la réalisation d'évaluations
économiques normatives des résultats ou des processus de marché[51]. Il en résulte qu'en ce qui
concerne le problème des effets nuisibles, les droits de propriété devraient
être à la fois clairement définis et strictement appliqués. Cette conclusion
est en désaccord total avec celle à laquelle Coase et toute la littérature
sur l'analyse économique du droit parviennent. Dans l'exemple du chemin
de fer et du fermier, si l'on suppose que les limites de propriété sont
clairement établies, le droit du fermier de faire croître ses cultures
devrait être soutenu. Une combinaison optimale quelconque de l'utilisation
du chemin de fer et de la croissance des récoltes, hormis celle qui
se produirait dans cet environnement, serait impossible à déterminer.
Tant que ce résultat fait partie d'un cadre général de règles constamment
appliquées, la décision de soutenir les droits du fermier contribuerait
au fonctionnement efficient des marchés. Dans ce contexte, un marché
efficient est un marché que répand le maximum d'informations concernant
les goûts et les raretés. Le terme "efficience" ne renvoie
pas à un résultat de marché ou une allocation de ressources particuliers[52]. Cette discussion suggère que
l'analyse hayékienne offre une justification en termes d'efficience
pour la responsabilité stricte, comme Richard Epstein[53] l'a
préconisé. La plupart des problèmes d'efficience associés à la responsabilité
stricte, dans la littérature concernant l'analyse économique du droit,
sont fondés sur la méthode d'analyse établie par Coase[54]
dans son exemple du fermier face au chemin de fer, et par conséquent
sont confrontés à toutes les critiques exposées plus haut[55].
Coase revendiquera que l'objectif premier de son analyse consistait
à montrer que la responsabilité stricte, dans la lignée de l'impôt pigouvien,
pouvait conduire à des résultats sous-optimaux. En établissant ses conclusions
à propos de la responsabilité stricte, Coase affirme ceci : "Je soutiens que les déroulements
suggérés des actions sont inadéquats, dans la mesure où ils conduisent
à des résultats qui ne sont nécessairement pas, ou même habituellement
pas, souhaitables"[56]. La justification hayékienne
en faveur de la responsabilité stricte se distingue de celle de Pigou.
Elle ne repose pas sur la possible évaluation des dommages qui couvrirait
exactement les coûts, et par conséquent conduirait au résultat optimal.
De tels calculs de coûts sont impossibles dans la perspective hayékienne.
Les critiques originellement adressées par Coase
à la responsabilité stricte ne s'appliquent pas à la justification hayékienne.
Dans ce contexte, la responsabilité stricte tire son efficience d'un
cadre institutionnel général qui incite le système des prix à recueillir
le maximum de l'information pertinente présente sur le marché. Une caractéristique supplémentaire
de la responsabilité stricte réside dans le fait qu'elle encouragerait
de manière endogène le maintien du cadre institutionnel "efficient".
Une règle qui rendrait les individus, prima facie, constamment responsables
des effets nuisibles qu'ils génèrent inciterait les participants au
marché à internaliser ex ante
les externalités négatives. Cela conduirait à une diminution de l'importance
des conflits qui naissent toujours dans l'utilisation de la propriété.
Cela réduirait également le volume d'information erronée intégrée dans
les mouvements de prix en réduisant l'insécurité sur les droits et obligations
futurs. Les analyses hayékienne et
coasienne conduisent à des différences non triviales dans les prescriptions
politiques. Je ne soutiens pas que les deux approches sont nécessairement
irréconciliables, mais leurs différences ne peuvent être ignorées. 6. Conclusion On a longtemps considéré Hayek
et Coase comme des économistes dont l'uvre est faite de parties compatibles
et complémentaires dans la discussion générale favorable aux solutions
de marché ou contractuelles à donner aux problèmes économiques. Mais
l'approche de Hayek affiche certaines contradictions fondamentales avec
celle exposée par Coase dans la mesure où son uvre la plus influente
se situe dans le domaine de l'économie normative. Considéré sous l'éclairage
des mêmes critiques que Hayek a adressées à l'encontre de la théorie
standard de la concurrence et au socialisme, à la fois le théorème de
Coase et son analyse en termes de droits de propriété en général manquent
singulièrement de pertinence en tant que guides pratiques de la politique
économique et de la prise de décisions en matière judiciaire. L'hypothèse cruciale dans l'approche
de Coase qui permet à son standard normatif de devenir opératoire, et
à son analyse de se dérouler sans difficultés, réside dans l'existence
de marchés parfaitement concurrentiels. Dans la perspective hayékienne
il s'agit d'une hypothèse illégitime si on veut mener une analyse économique
normative. Elle élimine le problème économique fondamental auquel les
individus font face, à savoir comment s'en sortir au mieux dans un monde
caractérisé par une information imparfaite. Dans ce contexte elle détourne
également l'attention du problème fondamental auquel les décideurs politiques
sont confrontés : révéler les institutions qui permettent au système
de marché d'utiliser le maximum de l'information pertinente tout en
minimisant l'erreur. En analysant les conséquences
économiques d'activités qui génèrent des effets néfastes, les analyses
hayékienne et coasienne conduisent à des conclusions différentes et
parfois contradictoires. L'analyse de Coase conclut que les droits de
propriété devraient être considérés comme la variable fondamentale, i. e., ils pourraient et devraient être manipulés afin de parvenir
à un résultat efficient. L'analyse hayékienne, bien qu'elle souligne
aussi fortement l'importance des droits de propriété, conclut qu'une
fois clairement définis, ceux-ci devraient être strictement appliqués.
En d'autres termes, l'analyse économique doit être conduite au sein
d'un cadre déterminé de droits de propriété. Enfin, les deux approches peuvent
conduire à des conclusions différentes si on considère les propriétés
en termes d'efficience des règles de responsabilité alternatives. A
la fois le premier article de Coase et la littérature traditionnelle
en analyse économique du droit rejettent l'application générale de la
responsabilité stricte en tant qu'approche économiquement saine de la
décision judiciaire. Dans la plupart des cas qui concernent des effets
externes nuisibles, on considère qu'un certain type d'approche négligente
(intégrant la responsabilité stricte à une défense du manque de précaution)
donnera les résultats les plus efficaces.[57]
Par ailleurs, l'analyse hayékienne, en soulignant que le cadre institutionnel
le plus efficace reposerait sur des droits de propriété strictement
mis en vigueur, apporte un nouveau soutien à l'application cohérente
d'une règle de responsabilité stricte. A l'exception des lois antitrust[58],
l'uvre de Hayek ne s'est pas concentrée systématiquement sur des questions
que l'on retrouve habituellement dans la littérature portant sur l'analyse
économique du droit. Les problèmes posés ici suggèrent que cela devrait
être fait. Ainsi, il est clair que de nouvelles questions surgiront
à propos de problèmes qui dans de nombreuses Écoles ont été considérés
comme tranchés. Références Armentano, D.T., (1982) Antitrust and Monopoly: Anatomy
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No. 3. [1] Buchanan-1969, 1981. [2] Farrel-1987. [3] Cf. Boettke-1989. [4] Posner-1973 et Polinsky-1983. [5] Cf. O'Driscoll/Rizzo-1985. [6] Coase-1960, p. 509. [7] Coase-1960, p. 485. [8] Voir Posner-1973 ; Polinsky-1983 et Shavell-1980. [9] Rizzo-1980a et b ; Littlechild-1978. [10]Cette hypothèse est rendue explicite et renouvelée plusieurs fois dans l'analyse de Coase (Coase-1960, pp. 486, 488 et 508). [11] Coase-1960, p. 496. [12] Coase considère ici et plus longuement dans son article sur la nature de la firme (Coase-1937) que l'émergence de la firme peut s'analyser comme une tentative d'internaliser de telles externalités. [13] Coase-1960, p. 504. [14] Voir Coase-1960, pp. 508-510. [15] Voir Polinsky-1983. [16] Coase-1960, p. 508. [17] Cf. O'Driscoll/Rizzo-1985. [18] Hayek-1955, pp. 29-30. [19] Hayek-). [20] Hayek-1948 [21] Hayek-1955. [22] Hayek-1945. [23] Voir Kirzner-1988 et Langlois-1985. [24] Cf. la citation au début de cette section. [25] Hayek-1937, p. 58. [26] Hayek-1945, p. 91. [27] Lipsey/Lancaster-1957 ; Sharkey-1982.
[28] Cf. Sharkey-1982. [29] Rizzo-1980b. [30] Lachmann-1976, p. 128. [31] On peut faire remonter cela aux racines de Hayek dans l'Ecole Autrichienne de Science Economique et à son maître et mentor Ludwig von Mises. [32] Buchanan-1969. [33] Hayek-1955, p. 31. [34] Buchanan-1969, Vaughn-1980. [35] Dans un article beaucoup plus récent (Coase-)) Coase lui-même souligne que le prix que l'on rencontre dans les affaires ne reflètent pas réellement ls coûts d'opportunité, même strictement du point de vue de la firme calculatrice. Coase affirme que les "coûts ne sont pas nécessairement les mêmes en tant que paiements. C'est ce fait qui rend les "coûts" révélés par les experts (en matière de coûts) complètement différents des "coûts d'opportunité". (...) Le coût d'utilisation d'une machine représente la recette la plus élevée qui pourrait être obtenue par l'utilisation alternative de la machine. Cela peut prendre n'importe quelle forme et cela peut n'avoir aucun rapport avec le coût de la machine" (pp. 108-109). Dans cette affirmation on reconnait implicitement le fait que le prix de marché de la machine n'est probablement pas le prix d'équilibre concurrentiel. [36] Priest-1977. [37] Voir également Rubin-1977. [38] Priest-1977, p. 66. [39] Cf. Rubin-1977, Goodman-1978. [40] Pour une discussion plus approfondie de ces théories voir Reese-1989. [41] Hayek-1945, pp. 77-78. [42] Voir Cordato-1989. [43] Hayek-1945, p. 95. [44] Buchanan (Buchanan-1969) considère cet argument, estimant que puisque les coûts sont une expression de la satisfaction à laquelle on renonce, toutes les courbes de coût devraient être exposées dans un espace d'utilité. [45] Hayek-1976, trad française 1981, p. 138 ; c'est nous qui soulignons. [46] Hayek-1976, trad française 1981, pp. 44-45, passim. [47] Kirzner-1963. [48] Kirzner-1963, p. 13. [49] Voir Rizzo-1980a. [50] Hayek-1976, trad. française 1981, p. 46. [51] Comment traiter des conflits dans lesquels les droits de propriété ne sont pas clairement définis et comment établir au mieux les titres initiaux concernant la propriété non possédée constituent des questions cruciales dont on devrait se préoccuper comme une partie de tout programme de recherche entrepris à partir d'une perspctive hayékienne. [52] Le meilleur terme permettant de désigner ce concept pourrait être "l'efficience catallactique" et non pas "l'efficience économique". Hayek estime que la nature du sytème de marché peut être appréhendée de la meilleure façon par le terme de catallaxie, plutôt que d'économie. Il avance que "Une économie, au sens strict du mot (...) consiste en une combinaison d'activités par laquelle un ensemble donné de moyens se trouve affecté selon un plan unitaire et réparti entre les diverses tâches d'après leur importance respective. L'ordre de marché ne sert nullement un tel agencement unitaire d'objectifs. Ce qui est d'ordinaire appelé [une] (...) économie n'est pas en ce sens une unité économique mais un réseau de nombreuses économies imbriquées les unes dans les autres" (Hayek-1976, trad. franç. 1981, pp. 129-130.). Au lieu d'utiliser le terme économie, Hayek préfère utiliser celui de "catallaxie", qu'il adopte pour "désigner l'ordre engendré par l'ajustement mutuel de nombreuses économies individuelles sur un marché" (p. 131). Selon Hayek, la catallaxie est un système d'interaction entre les individus chacun d'eux poursuivant des objectifs séparés. "L'efficience catallactique" peut être définie comme la mesure dans laquelle la sytème d'échange opère afin d'aider les participants au marché à réaliser leurs différents objectifs. [53] Epstein-1973, 1974, 1975. [54] Voir Polinsky-1980 et 1983. [55] Rizzo-1980a. [56] Coase-1960, p. 485. [57] Shavell-1980. [58] Armenento-1982. |