AIR LIB VICTIME DE L’ECONOMIE MIXTE

 


Ce qui vient de se passer avec Air Lib, conduisant à la disparition de cette entreprise, n’est pas le résultat de l’économie de marché, mais bien de l’économie mixte. C’est l’Etat qui porte la responsabilité majeure de ce désastre économique et social.

 

Quand Air France empêche la concurrence de jouer

 

Il faut d’abord rappeler que lorsque Air liberté, l’ancêtre de l’actuel Air Lib, a été créé en 1987, il s’agissait de concurrencer le monopole d’Air inter en métropole et celui d’Air France sur des lignes extérieures, puis le monopole d’Air France après la fusion des deux compagnies. L’idée de l’époque était de créer un deuxième pôle aérien français. Or la politique des gouvernements successifs a toujours été de favoriser sur le territoire métropolitain les deux grandes entreprises nationalisées de transports (Air Inter puis Air France d’une part, la SNCF de l’autre), pour ne laisser la place à personne d’autre. La soi-disant concurrence avec Air liberté a été biaisée dès le départ par les privilèges des compagnies publiques. Comment lutter à armes égales avec des concurrents qui ne respectent pas les règles du jeu, qui vivent de subventions publiques et de crédits publics et qui faussent toute concurrence. C’est ainsi que les créneaux horaires attribués ou les lieux de départ et d’arrivée (A Orly Sud au lieu de Orly Ouest par exemple) ont toujours visé à favoriser l’entreprise publique et à pénaliser son concurrent privé.

Certes, il y a sans doute eu aussi des erreurs de gestion d’Air liberté, car, comme nous l’avons montré ici même il y a quelques semaines, des compagnies à bas coûts ont pu s’installer et concurrencer l’ancien monopole public; mais elles l’ont fait en recherchant des coûts plus bas, des aéroports moins coûteux et plus lointains, en simplifiant au minimum le service, en ne cherchant pas à aligner la rémunération du personnel sur celle de l’entreprise publique subventionnée. Air liberté a sans doute voulu se situer sur des créneaux trop proches de ceux d’Air France, au lieu de comprendre que la concurrence consistait à offrir des services différents, non à singer le monopole public.

 

Les prêts de Jean-Claude GAYSSOT

 

A partir de là, l’histoire d‘Air liberté est faite de faillites successives et de rachats illusoires. En 1996 a eu lieu un premier dépôt de bilan. On aurait déjà dû en rester là. Puis British Airways a racheté la compagnie en la fusionnant avec TAT, avant de vendre le tout en particulier à la compagnie suisse Swissair, qui avait déjà acquis AOM et Air littoral. Mais l’addition d’entreprises non rentables ne fait pas pour autant une nouvelle entreprise rentable et la fusion d’AOM et d’Air liberté, sous le nom d’Air liberté, n’a entraîné que de lourdes pertes, Air France ne modifiant pas son attitude dominatrice, grâce à l’aide de l’Etat. La compagnie n’a survécu qu’artificiellement grâce aux financements de Swissair, poussée par le gouvernement qui voulait éviter une nouvelle faillite. Le dépôt de bilan a eu lieu en juin 2001 et on aurait dû une nouvelle fois en rester là. Mais en juillet 2001 sur la suggestion du gouvernement JOSPIN et en particulier du ministre des transports Jean-Claude GAYSSOT, la compagnie est confiée à un ancien pilote de ligne, syndicaliste bien connu pour ses amitiés communistes, Jean-Charles COURBET : on n’avait pas choisi un entrepreneur pour ses qualités ou celles de son projet, mais un ami politique. Il fusionne AOM-Air liberté, pour créer Air lib, tandis que Swissair, elle-même en faillite, disparaissait du paysage.

Résultat : l’entreprise n’était pas viable, dès le début, mais le gouvernement lui a accordé, pour organiser une survie artificielle, en janvier 2002, un prêt de 30,5 millions d’euros. Depuis, la compagnie se traîne de menace de dépôt de bilan en menace de dépôt de bilan et n’a survécu jusqu’à aujourd’hui que parce le gouvernement JOSPIN, mais aussi son successeur, ont fermé les yeux sur les dettes de l’entreprise, en particulier en matière de charges fiscales ou sociales, ou encore auprès d’aéroport de Paris. Cette longue agonie artificielle n’a fait que prolonger une situation condamnée depuis longtemps et a surtout servi à alourdir la facture pour le contribuable.

 

Bruxelles s’alarme des distorsions de concurrence

 

La situation était tellement choquante que Bruxelles a ouvert une enquête sur les aides publiques accordées à Air lib. Cette enquête fait suite, semble-t-il, à une action intentée par Corsair, transporteur du groupe Nouvelles Frontières, qui avait alerté il y a un an l’exécutif européen sur les aides dont bénéficiait sa concurrente. La Commission a demandé des informations au ministère des transports, mais les autorités françaises n’ont même pas daigné répondre.

Bruxelles conteste en particulier le prêt de 30,5 millions accordé en janvier 2002 par Jean-Claude GAYSSOT, mais aussi le moratoire de fait dont bénéficiait Air Lib sur ses dettes fiscales et sociales. Bruxelles s’interroge « sur le fait que l’aide a été versée sans notification, sur l’absence de transmission d’un plan de restructuration, sur le possible versement d’autres aides que l’aide au sauvetage et sur les effets distorsifs de concurrence ». Il faut quand même rappeler qu’au total la dette publique de la compagnie s’élève à 120 millions d’euros environ, aides non compatibles avec le droit communautaire.

Il y a donc près de quinze ans que cette illusion est entretenue, à grands renforts de subventions publiques et d’interventions politiques. Air lib n’a pas été victime du marché. Elle a été victime d’une part du duopole artificiel d’Air France et de la SNCF, entretenu à grands coups de privilèges et de subventions publiques. Elle a été victime ensuite d’avoir refusé de voir la réalité en face. Et au lieu de disparaître en douceur, avec des possibilités réelles de reclassement pour le personnel dans les compagnies à bas prix qui se développaient sur des créneaux nouveaux, on l’a maintenue en survie artificielle, créant de nouvelles distorsions de concurrence, ruinant le contribuable, pour finalement abandonner les salariés après les avoir bercés d’illusions. Mais si les salariés doivent être en colère, devant tout ce gâchis, c’est contre l’Etat qu’ils doivent se retourner : c’est l’économie mixte qui a ruiné Air lib et a ensuite entretenu d’artificielles illusions ruineuses pour tous.