LE PETROLE A 100 DOLLARS ?


Le pétrole flambe à nouveau. Il a dépassé les 57 dollars le baril à Londres, les 58 à New York. Demain il sera à 60 ou 80 dollars, après-demain à 100 ! Est-ce inévitable ? Quelle est la responsabilité de la demande ? Pourquoi l’offre ne progresse-t-elle pas aussi vite ? Et d’abord cette hausse n’a-t-elle pas une fonction économique, celle d’indiquer les raretés futures et de préparer l’après pétrole ? Enfin, faut-il craindre pour l’inflation ou pour le chômage ? Le point sur un marché, qui, en fait, n’est pas très différent des autres marchés.

 

Inflation ou récession ?

 

C’est la nouvelle inquiétude au niveau mondial : le pétrole est reparti à la hausse et la flambée semble cette fois assez sensible. Les cours n’ont-ils pas, en moyenne, progressé de 40% en à peine trois mois ? Cette semaine, on semblait se rapprocher inéluctablement des 60 dollars le baril, puisqu’on était déjà à 58 à New York et à 57 à Londres. Certains experts n’annoncent-ils pas que demain on pourrait dépasser les 100 dollars le baril ?

Faut-il s’en inquiéter ? Après tout, il s’agit du prix d’un produit et il est normal que sur les marchés les prix varient, en hausse ou en baisse suivant les raretés. La hausse du cours du pétrole est donc un signal et elle a une signification économique. Va-t-elle, comme certains le craignent, provoquer de l’inflation ? Cela semble peu probable. La hausse d’un prix n’est pas de l’inflation. Et pour que cette hausse se répercute de proche en proche sur tous les produits et dégénère en inflation, il faut un dérèglement général du système économique, c'est-à-dire une création monétaire excessive. Or ce n’est pas le cas pour l’instant. La hausse du prix du pétrole ne va donc pas provoquer de dérapage inflationniste, sauf si on entend ouvrir les vannes de la création monétaire pour alléger, en apparence, la facture.

On peut être plus inquiet pour la croissance. La facture pétrolière augmente et, s’il n’y a pas de création artificielle de monnaie, il faut bien réduire la demande des autres produits pour payer ce surcroît de dépenses. Certes, dans une vraie économie de marché, cela se traduirait par une baisse des prix dans les secteurs où la demande diminuerait. Mais les prix sont souvent rigides, notamment en Europe et particulièrement en France, quand la concurrence est trop faible et, dans ce cas, les demandes de produits autres que le pétrole peuvent se réduire. Cela peut entraîner, comme semble le craindre la Commission européenne, un ralentissement de la croissance : l’Europe n’annonce-t-elle pas pour 2005 à peine 1,6% de croissance, en partie à cause de la hausse du pétrole ? Mais le même phénomène ne se produit pas aux Etats-Unis, ce qui est la preuve que la responsabilité vient avant tout des rigidités européennes qui empêchent les adaptations de marché de se faire suffisamment vite.

 

La demande est forte

 

Pourquoi le pétrole flambe-t-il ? Première explication, la demande. Celle-ci est exceptionnellement forte en Chine et dans une moindre mesure dans d’autres pays en développement (Inde), en raison d’une hausse du PIB de près de 10%. Il en va de même aux Etats-Unis, où la croissance est rapide. Et il n’y a guère qu’en Europe que la faible croissance entraîne une moindre demande de pétrole.

Mais un marché, ce n’est pas seulement la demande. Si la demande augmente, les prix montent, à offre inchangée : c’est ce qui se passe en ce moment. Mais cette hausse des prix a une fonction économique. Elle est un signal, un vecteur d’information qui indique l’existence d’une rareté. Elle va donc influencer la demande (qui peut se réduire un peu, mais celle-ci est assez inélastique, c'est-à-dire peu sensible au prix) et surtout stimuler l’offre.

Contrairement, à ce qu’on pense souvent, c’est ce qui n’a cessé de se passer depuis 30 ans : la hausse du pétrole a stimulé la production pétrolière et les recherches partout dans le monde. Sans la hausse du prix, jamais on n’aurait développé le pétrole de la Mer du Nord ou celui de la Russie. Un expert précise qu’on découvre 12 milliards de barils de réserves nouvelles par an. En 1973, on annonçait qu’il n’y aurait plus de pétrole en 2000. Aujourd’hui, on nous dit que l’on a au moins 40 à 50 ans de réserves. Et on en découvre tous les jours. La hausse du prix stimule et finance les recherches, encourage les améliorations techniques et les gains de productivité. Comme cela a été bien souvent le cas depuis 1973, elle finit par faire baisser les prix : qu’on pense au contre-choc pétrolier de 1986.

 

Mais l’offre est manipulée

 

Pourtant, la tendance reste, en longue période, haussière. Il y a à cela deux raisons. La première, c’est qu’une partie de l’offre de pétrole ne joue pas le jeu du marché, mais celui d’un cartel, l’OPEP. Celui-ci représentait jusqu’à 85% des exportations mondiales de pétrole. Aujourd’hui, la part de l’OPEP est devenue minoritaire, car la hausse du prix a stimulé la production hors OPEP : l’OPEP a scié la branche sur laquelle elle était assise. Elle n’a cessé, par une politique de quotas pétroliers, de chercher à manipuler le prix. Elle peut le faire à court terme. Mais à long terme, le marché reprend toujours ses droits et la concurrence joue.

Actuellement, face à la hausse de la demande, il faudrait une bien plus forte augmentation de l’offre. Mais l’OPEP se fait prier et concède 500 000 barils de plus, soit à peine 1,8% de la production du cartel. Cette politique vise à manipuler les cours et a pour effet de les faire monter artificiellement. Il faut ajouter que, pour diverses raisons, les capacités de raffinage sont insuffisantes et ne permettent pas non plus de répondre à l’évolution de la demande. Là encore, les manipulations par les Etats ne facilitent pas les adaptations nécessaires.

Mais il y a sans doute une autre raison à la hausse du pétrole, qui nous fait penser que l’ère des prix bon marché est terminée (encore que le prix actuel, inflation déduite, soit moins élevé qu’à la fin des années 70, ou il atteignait 45 dollars de l’époque, soit 80 dollars d’aujourd’hui). C’est le fait que le pétrole n’est pas une énergie renouvelable. Il faudra bien un jour ou l’autre le remplacer, ici par l’énergie nucléaire, là par l’énergie solaire, ailleurs par autre chose. La hausse des prix exprime la rareté future du produit et permet aux marchés de produits de substitution de se développer peu à peu et de devenir rentables. Un jour il n’y aura plus de pétrole. Mais il y aura d’autres sources d’énergie. Et si on laisse le marché faire, sans manipulations, les adaptations se feront peu à peu. Car dans une économie de marché, il n’y a jamais de pénurie : il y a toujours des solutions alternatives, révélées par le jeu du marché.

 

Le 19 Avril 2005

 


 

 

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