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| Malheureusement
pour nos ministres cette excellente nouvelle a été occultée par laffaire DSK,
au moment même où ils lançaient une grande campagne deuphorie conjoncturelle
sur le thème « Tous les clignotants sont au vert » (Christine Lagarde).
La preuve ? 1% de croissance au premier trimestre 2011. Il faut avoir un
mauvais esprit comme le mien pour se méfier des analyses hâtives, pour rappeler
quune hirondelle ne fait pas le printemps, voire même pour douter de lhirondelle
en question. Nos gouvernants ont joué une comédie médiatique, qui tranche avec
la tragi-comédie dune crise qui se prolonge, parce que les réformes de fond indispensables
à léconomie française nont pas été faites. Un
succès du pilotage économique Admirons
dabord la réactivité des hommes politiques. Jeudi 12 mai, les ordinateurs de
Bercy nont pas encore tout à fait terminé leurs calculs sur la croissance au
premier trimestre 2011, mais le premier ministre, en direct sur TF1, annonce déjà :
« La croissance française au premier trimestre a été supérieure à 0,8% ».
Et de préciser : cest le double de Mais
la surenchère nétait pas terminée. Des exercices prévisionnels puérils Essayons
de dépasser un peu la comédie médiatique et daller plus loin que les cocoricos
pré-électoraux. Restons dabord sur les chiffres, même si nous sommes sans illusion
sur les exercices conjoncturels. Ainsi, mesurer la croissance dun seul trimestre
na aucun sens. Il faut voir les choses au moins sur un an. Si la croissance a
bien été de 1% au premier trimestre 2011, elle nétait que de 0,5% au second trimestre
2010, 0,4% au troisième et 0,3% au quatrième (chiffre dabord annoncé à 0,4% puis
rectifié en baisse la prévision conjoncturelle nest pas à son plus haut niveau !).
Pour 2010, cela donne une croissance de 1,4% pour lensemble de lannée. Et
pour 2011 ? Personne nen sait rien, puisquil faudra attendre les résultats
des trimestres 2, 3 et 4. Mais déjà lINSEE annonce que le second trimestre sera
moins glorieux (0,4% selon ses calculs). Le Fmi prévoit, pour lensemble de lannée
2011, 1,6% pour la France ; la commission européenne nous promet 1,8%, mais
le gouvernement saccroche à son hypothèse (celle qui a servi à bâtir le budget)
de 2%. Dans tous les cas, on est bien loin du rythme du premier trimestre (1%
pour un trimestre, cest 4% sur lannée). Certes,
il paraîtrait que nous fassions mieux que lAngleterre. Mais les Allemands ont
eu ce trimestre 1,5% de croissance (50% de plus que nous) et ils ont toujours
eu des performances supérieures aux nôtres depuis deux ans, et le FMI leur prédit
2,5% en 2011. Bien
entendu, ces exercices sont puérils. Il ne sort des ordinateurs que ce que lon
y a entré. Dune part, les prévisions sont presque toujours démenties, les calculs
après coup incertains (on la vu avec la correction à la baisse du trimestre précédent).
Dautre part, la comptabilité nationale repose sur des conventions contestables,
comme celle qui inclut dans la croissance la hausse du PIB non marchand (embaucher
des fonctionnaires augmente le taux de croissance), ou celle qui exclut lauto-production
des ménages (services domestiques, bricolage, jardinage,etc.) Les querelles autour
de 0,1 ou 0,2% sont donc grotesques, même si elles font le régal de la presse
économique et des discours officiels. Vrais et faux moteurs de la croissance Essayons
cependant de regarder dun peu plus près ces 1% de croissance. Les gens de lINSEE
ne lont pas caché : 0,7 viennent de la reconstitution des stocks des entreprises,
qui avaient beaucoup diminué au moment des difficultés majeures de 2010. Reconstituer
les stocks ne change rien à la vie des gens ou à leur satisfaction, mais cela
gonfle le chiffre. Et bien sûr, même si cest quelque chose de nécessaire, cest
sans lendemain. Maintenant que les stocks sont reconstitués, ce « moteur »
là va tomber en panne. Il
en va de même pour la consommation. Nous navons cessé dexpliquer depuis des
semaines, que ce nétait pas un vrai « moteur » : il na tourné
quavec la manivelle de la relance. La croissance de la consommation début 2011
est venue de secteurs comme lautomobile, c'est-à-dire de leffet de traine de
la prime à la casse (supprimée fin 2010, mais qui a provoqué des livraisons de
voiture pendant le premier trimestre). Là encore, peu despoir
pour limmédiat. En
revanche, deux vrais moteurs ont des ratés. Le premier est celui du commerce extérieur,
qui est un bon indice de notre compétitivité, de notre capacité productive, de
nos coûts de production, etc. Or si les exportations progressent ce trimestre
de 1,4%, les importations vont presque deux fois plus vite : + 2,7%. Autre
indicateur majeur, car influençant directement lavenir, les investissements productifs
des entreprises. Là encore, les commentaires enthousiastes me surprennent :
la hausse des investissements productifs serait de 1,9% ; il est vrai que
cest mieux quau trimestre précédent (0,9%). Mais parler dune reprise considérable
des investissements des entreprises est ridicule quand on sait quils sont encore
de 10% inférieurs à la situation de lavant crise. Or sans investissements suffisants,
pas de vraie croissance à long terme, pas demplois durables, pas de pouvoir dachat
réel distribué. Ainsi,
il nest nul besoin dutiliser des modèles mathématiques inutiles et trompeurs
pour affirmer que la « reprise » de ce trimestre sera sans lendemain,
quelle est purement technique (la reconstitution des stocks) et quelle na
aucun appui solide. Pas besoin de prévisions conjoncturelles pour voir la
réalité en face Faut-il,
une nouvelle fois, rappeler que seules les entreprises créent des richesses :
production, revenus et emplois ? Voilà pourquoi le niveau de linvestissement
est déterminant. Comment nos entreprises pourraient-elles massivement investir,
quand on sait que linvestissement a lieu grâce aux profits (quon ne cesse de
dénigrer et de taxer) ou grâce à lépargne (quon ne cesse de dénoncer comme inutile,
freinant la croissance et nintéressant que des rentiers) ? En réalité, linvestissement
est le fait dentrepreneurs capables danticiper, de créer, dimaginer lavenir,
alors quon fait tout pour les décourager, les spolier du fruit de leur activité,
les paralyser par la réglementation, la bureaucratie, tout en créant un environnement
incertain puisque lois et règles sociales ou fiscales changent à chaque instant.
Cest un miracle que nous ayons encore quelques entrepreneurs. Il
ny a pas besoin des ordinateurs de Bercy ni des commentaires de Madame Lagarde
pour savoir que la crise est loin dêtre terminée. Dailleurs, peut-il en être
autrement dans un pays qui reste champion des dépenses publiques, et qui a des
prélèvements obligatoires parmi les plus élevés ? Dans un pays qui a des
dettes publiques et déficits budgétaires croissants ? Qui a un marché du
travail paralysé ? Dans lequel lEtat soccupe de tout, sauf de ses fonctions
« régaliennes » ? Qui traîne une armée de fonctionnaires et un
secteur public pléthorique ? Tous les calculs de tous les ordinateurs ne changeront rien à cette réalité. Imaginer une vraie reprise et une vraie croissance quand lEtat est pratiquement seul maître à bord est une totale illusion. La présomption fatale des hommes politiques est de croire quil y a une machine avec des moteurs et que cest eux qui font tourner la machine, alors quils ne constituent que le corps des « enrayeurs » comme disait Bastiat, c'est-à-dire de ceux qui freinent la croissance en bricolant sans cesse la mécanique au lieu de laisser faire ceux qui savent faire.
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