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EURO EN HAUSSE, DOLLAR EN BAISSE
A en croire les observateurs, euro et dollar semblent jouer
au yo-yo. Quand lun monte, lautre baisse. Mais depuis plus dun an,
lévolution semble aller dans un seul sens : le dollar ne cesse de
baisser, leuro de monter. Pourquoi ces mouvements monétaires ? Et
faut-il sen inquiéter ?
Il est normal que le prix des monnaies varie
Il faut dabord partir dun principe essentiel : nous
sommes en situation de changes flottants. Et dans cette affaire du dollar
et de leuro, il rentre chez beaucoup de commentateurs une nostalgie de
lépoque des changes fixes, où tout semblait simple : cest lEtat
qui fixait la parité des monnaies. Pourtant ce système, connu dans laprès-guerre
sous le nom de Bretton-Woods, a gravement perturbé léconomie mondiale. Les
changes fixes ont tous les inconvénients des prix bloqués et, sils sont
fixés à un niveau irréaliste, ils ont tous les inconvénients des faux
prix. En outre, le marché retrouve toujours ses droits et si une parité
est sous-évaluée, la banque centrale intervient pour lempêcher de monter
en créant de la monnaie nationale (et en achetant des devises), ce qui
a un effet inflationniste : cest pour cette raison par exemple que
les Allemands ou les Japonais ne voulaient plus de changes fixes, car
ceux-ci mettaient en péril leur volonté de politique monétaire rigoureuse
de lutte contre linflation. Il faut donc partir dun point de départ
très simple : il est normal que les prix des monnaies soient libres
et quils évoluent en fonction de loffre et de la demande.
Comme Jacques GARELLO la rappelé dans son éditorial de la
semaine dernière, même après la mort du système de changes fixes dans
les années 70, la plupart des pays ont refusé ce libre jeu des marchés
et ont prétendu « encadrer » les mouvements des monnaies en
se fixant des limites de variation, en intervenant sur les marchés des
changes. Non seulement ces interventions nont servi à rien, parce quon
ne peut rien contre les mouvements de fond du marché, mais encore elles
ont provoqué des désordres et des crises financières majeures. Cette tentation
nest pas toujours totalement abandonnée et le Japon par exemple a encore
récemment tenté de freiner la baisse du dollar et la hausse du yen. Mais
tout cela est vain et nest que le souvenir du temps où les économies
étaient dirigées par lEtat, de même que les monnaies. La liberté du marché
doit sappliquer partout, y compris évidemment aux monnaies.
Des explications
peu convaincantes
Reste à savoir pourquoi le dollar baisse. Il faut relativiser
les choses et rappeler que le cours que leuro vient datteindre par rapport
au dollar ( 1,17) correspond au cours de départ
de leuro, au moment de sa création en janvier 1999 (1,168 exactement)
. Après quelques jours de hausse (jusquà 1,1890), leuro navait cessé
de baisser et le dollar de monter. Au minimum, leuro avait atteint le
25 octobre 2000 le plancher de 0,8255 dollar. Depuis cette date, le mouvement
est parti en sens inverse et cest cette fois leuro qui monte et le dollar
qui baisse : nous voilà simplement revenu au point de départ. Ensuite,
il faut en finir avec ces cocoricos ridicules sur la hausse de leuro
- qui bientôt « va supplanter le dollar », alors que cest de
la baisse du dollar quil sagit, comme le montre le mouvement vis à vis
des autres monnaies : le yen, lui aussi, par exemple, progresse par
rapport au dollar.
On peut mettre en avant plusieurs explications. La première
est liée aux taux dintérêt : ils ont baissé en Europe comme aux
USA, mais ils sont aujourdhui plus bas dans ce dernier pays. Le taux
de base est à 1,25% contre 2,5% en Europe. Les capitaux seraient ainsi
attirés là où largent rapporte le plus, cest à dire en Europe. Mais
lexplication est un peu courte, car lécart nest guère important et
elle ne joue pas par rapport au yen, puisque les taux sont encore inférieurs
au Japon.
Dautres mettent en avant les problèmes extérieurs. LEurope
a une balance commerciale et plus largement une balance des paiements
excédentaire ; les Etats-Unis ont un déficit
extérieur considérable, qui aurait franchi pour la balance courante la
barre des 500 milliards. Le dollar serait en train de craquer face à ces
déficits insupportables. Mais on peut nuancer cette explication. La faible
croissance en Europe et au Japon explique largement ces excédents, qui
diminueraient si ces économies étaient plus dynamiques. De plus le déficit
extérieur américain nest pas nouveau
et cela na pas empêché le dollar de monter à dautres moments
de lhistoire récente.
Certains suggèrent alors que la faiblesse du dollar viendrait
de celle de léconomie américaine. Mais là lexplication est évidemment
fausse. Comme nous lavons montré plusieurs fois ici même, léconomie
américaine est beaucoup plus solide que celle de lEurope ou du Japon :
plus de croissance, moins de chômage. Pendant ce temps, lAllemagne est
en récession, les grèves paralysent la France, les déficits publics sont
énormes. LOCDE au contraire sinquiète de lécart croissant de dynamisme
entre les Etats-Unis et ses partenaires. Et la reprise en 2004, selon
toutes les prévisions, sera plus forte aux Etats-Unis quailleurs.
Ce nest pas la monnaie qui compte, mais léconomie
Mais les monnaies nobéissent pas à des règles du jeu mécaniques,
mais à de nombreux facteurs subjectifs. Et les autorités publiques américaines
ne cachent pas quelles souhaitent la baisse du dollar : cest peut-être
là lexplication la plus simple. Le dollar faible permettrait de redresser
un peu le commerce extérieur américain et rendrait les importations plus
chères . Dautre part un dollar faible signifie
un crédit bon marché, et cest ce quAlan GREENSPAN a visiblement voulu
ces derniers temps, pour éviter un effondrement de Wall
Street et une stagnation de la production américaine :
deux craintes à notre avis injustifiées.
A long terme, la politique monétaire de la FED nest pas très
prudente. Comme Jacques GARELLO la indiqué dans son éditorial, une monnaie
« bon marché » par suite des manipulations de la Banque Centrale
finit par créer ce quHAYEK appelait un « mal-investissement » :
largent va nimporte où et pas nécessairement vers les entreprises rentables
et dynamiques. Lécart entre le taux dintérêt monétaire (le prix de largent
distribué par le système bancaire) et le taux dintérêt réel (ce que rapporte
largent investi) est toujours nocif. Mais nous nen sommes pas encore
là
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