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LA BALLADE IRLANDAISE
Une croissance du PIB à lasiatique La presse sinterroge pour savoir si
le miracle irlandais nest pas en train de sessouffler. Quon en juge :
le PIB aura finalement progressé de 1,8% en 2002. Notons en passant que
la même année lAllemagne était en récession tandis quen France la croissance
était de 0,2% ; pas de quoi pavoiser. Mais 2003 est en réalité partout
en Europe une année de récession et 1,8% ce nest pas si mal par rapport
aux autres. En revanche, ce qui est plus intéressant,
cest de regarder les choses sur une plus longue période : la croissance
était de 6,9% en 2002 et de 8,2% en 2001 : des taux quasi-asiatiques.
Encore mieux : une croissance proche de 10% en 2000. Certes, les
choses seront moins brillantes dans les deux années à venir, mais on annonce
3,6% de croissance en 2004 et 4,8% en 2005 : nous serions heureux
si nous en étions là. Linvestissement, qui a reculé comme
partout en 2003, devrait progresser de 3,4% en 2004 et de 5,1% en 2005.
La consommation privée repart en flèche, avec 3,2% de hausse en 2004 et
4,3% en 2005, alors que la consommation publique se ralentit de plus en
plus, pesant ainsi moins sur léconomie. Enfin cette croissance se fait
avec une inflation qui reste maîtrisée, même si elle a été excessive en
2003 (+ 4,1%). Elle devrait tomber à 2,8% cette année, ce qui nest guère
différent de la moyenne européenne. Lindicateur le plus spectaculaire
pour lIrlande a été le PIB par tête dhabitant, tel quil est publié
par Eurostat. Cest cette fameuse statistique qui a placé en 2003
la France à la douzième place de lEurope des quinze, confirmant le déclin
français. Or lIrlande est seconde, juste après limbattable Luxembourg.
Il ne faut pas oublier quil y a encore quelques années, lIrlande était
bien en dessous de la moyenne européenne, à un point tel quelle bénéficiait
largement des fonds structurels européens, réservés aux pays européens
les plus retardés : cest désormais de lhistoire ancienne. Limpôt sur les sociétés le plus faible dEurope Cette croissance saccompagne dun
chômage faible, puisquil est de 4,8% de la population active en 2003,
à comparer aux 9,7% de notre pays ou
aux plus de 9% de lAllemagne : lIrlande est plus proche du taux
de chômage anglais ou américain que de celui de lEurope continentale.
Tout cela se fait dans un quasi-équilibre
budgétaire, puisque le solde des administrations publiques, en pourcentage
du PIB, sélève à moins de 1%, à comparer aux plus de 4% de la France
et de lAllemagne. LIrlande, elle, na pas cherché une fuite en avant
dans la dépense budgétaire et le déficit, mais a cherché à maîtriser ses
dépenses et ses déficits, ce qui a profité à son économie. Bien entendu, dautres facteurs explicatifs
ont joué. Cest en particulier le cas de la fiscalité. Limpôt sur les
bénéfices des sociétés est devenu le plus faible dEurope. Il a dabord
été fixé à 10%, puis vient de passer à 12,5%. La comparaison est facile
avec la France (en tête avec un taux dimpôt sur les bénéfices de 35,4%)
ou la Belgique (33,99%), ou encore lItalie (33%) et même lAngleterre
(30%). LAllemagne elle-même, avec un taux de 25%, est loin devant. Or ce qui est vrai de limpôt sur les
bénéfices lest aussi des prélèvements obligatoires en général. Selon
lOCDE, ils sélèvent à 29,2% du PIB, contre 42% pour la moyenne de lEurope
des quinze et 45,4% pour la France : il ny a pas photo et un écart
avec la France de plus de 16% de prélèvements explique bien des différences
entre les deux pays. Même lAngleterre, avec 37,4% du PIB, est beaucoup
plus imposée que lIrlande. Notons en outre que le poids de la
Sécurité Sociale est lun des plus faibles de lOCDE, 4,3% du PIB à comparer
à la moyenne de 11,7% et aux 16,5% de la France. Les salaires ne sont
donc pas soumis à un pourcentage élevé de prélèvements sociaux et comme
les salaires eux-mêmes demeurent à un niveau raisonnable, le coût salarial
est lun des plus faibles dEurope, ce qui explique à la fois croissance
économique et faible chômage. Le pays le plus « globalisé » du monde Un autre facteur explique le miracle
irlandais. Cest que ce pays a joué à fond la carte de la mondialisation
et de louverture internationale. Or une étude conduite auprès de 65 pays
par AT KEARNEY-Foreign Policy Magazine
montre que lIrlande vient en tête du classement 2004 des pays les plus
globalisés : oui, en numéro Un, même devant Singapour. Les calculs
sont complexes et ils tiennent compte de lintégration économique mondiale
(commerce extérieur, investissements directs, flux de capitaux), mais
aussi des contacts entre populations (voyages touristiques et daffaires,
trafic téléphonique international), des connexions technologiques (utilisateurs
dInternet, nombre de serveurs) et de tout un ensemble dautres critères
douverture et dintégration internationale. Voilà bien la preuve, une fois de plus,
que lacceptation de la liberté des échanges et de la mondialisation était
le plus sûr chemin vers la prospérité. Pas étonnant que de nombreuses
entreprises étrangères se soient installées dans ce pays et que le commerce
extérieur tire le PIB. A titre de comparaison, dans ce classement de « globalisation »
la France a perdu trois places en un an et se situe au quinzième rang. Faut-il crier au miracle ? Son
intégration dans le marché mondial provient-elle dun avantage comparatif
de lIrlande ? LIrlande possède-t-elle des ressources naturelles
cachées spectaculaires dans son sol ? Est-elle partie dune bonne
situation dorigine ? Rien de tout cela. Elle a joué la carte de
la liberté extérieure et dun certain libéralisme intérieur, à commencer
par une faible fiscalité. Apparemment, elle ne sen porte pas mal. Ceux
qui ont fait de même se portent également mieux que les autres :
peut-être serait-il temps douvrir les yeux et de constater que le libéralisme,
ça marche. Le 9 Mars 2004
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