CORRUPTION : LA FRANCE VINGT-DEUXIEME…


Prompte à donner des leçons de morale au monde entier, la France n’a pas de quoi être fière de son classement au hit-parade de la corruption. Selon l’étude de Transparency international, nous voilà seulement vingt-deuxième, loin derrière un certain nombre de nos partenaires. Mais est-ce un hasard ? Le classement montre que les pays les plus corrompus sont ceux où l’interventionnisme étatique est le plus fort. Est-il en effet raisonnable de laisser le pot de miel sous la garde de l’ours ? Si nous voulons réduire la corruption, il nous faut réduire le rôle de l’Etat.

 

La plupart des pays occidentaux moins corrompus que la France

 

Chaque année, l’ONG Transparency international, qui est présente dans de nombreux pays, publie son rapport sur la corruption dans les différents pays du monde. Les notes vont de 10 à 0, et sont classées des pays les moins corrompus (note proche de 10) vers les pays les plus corrompus (proche de 0).

Notons d’abord que la Finlande arrive en tête, elle est donc considérée comme le pays le moins corrompu, avec une note de 9,7. Puis on trouve la Nouvelle Zélande (9,6), le Danemark (9,5), l’Islande (9,5), Singapour (9,3), la Suède (9,2), la Suisse (9,1), la Norvège (8,9), l’Australie (8,8), les Pays-bas ( 8,7), la Grande-Bretagne (8,6), le Canada (8,5).

Notons aussi la quinzième place de l’Allemagne (8,2) et la dix-septième place des Etats-Unis (7,5). La France est donc vingt-deuxième : nous étions vingt-troisième l’an dernier, le progrès n’est pas spectaculaire. Notre note est de 7,1. La plupart des pays occidentaux sont dans les quarante pays les moins corrompus, tandis qu’au contraire on trouve en bas du tableau les pays les plus corrompus : au numéro 145, le Bangladesh et Haïti, avec la note de 1,5. Mais on trouve aussi dans les plus corrompus la Côte d’Ivoire (132ème avec 2), l’Algérie (97ème avec 2,7), la Russie (90ème avec 2,8), aux côtés de bien d’autres pays du tiers-monde.

Cette année, Transparency international épingle en particulier les pays producteurs de pétrole : « Comme l’indique l’indice de perception de corruption de Transparency international, les riches pays producteurs de pétrole tels que l’Angola, l’Azerbaïdjan, le Tchad, l’Equateur, l’Indonésie, l’Iran, l’Irak, le Kazakhstan, la Libye, le Nigeria, la Russie, le Soudan, le Venezuela et le Yémen affichent des scores extrêmement faibles. Dans ces pays, le secteur pétrolier souffre d’une évasion des revenus dans les proches des dirigeants occidentaux des sociétés pétrolières, des intermédiaires et des fonctionnaires locaux ».

 

La corruption vient du secteur public

 

Or, ce qui est intéressant dans cette liste, c’est que n’y figurent aucun des pays occidentaux producteurs de pétrole, des Etats-Unis à la Grande-Bretagne, pays dans lesquels les compagnies pétrolières sont indépendantes du gouvernement. Au contraire, tous les pays cités comme corrompus par le pétrole par Transparency international sont des pays dans lesquels le pétrole est nationalisé et appartient à des compagnies d’Etat. Ce sont pour la plupart des pays ou d’anciens pays socialistes ou socialisants et à économie étatisée, et des dictatures sur le plan politique.

La corruption n’est pas le fait du secteur privé quand il fonctionne librement, mais du secteur public, livré à toutes les tentations des hommes de l’Etat. Ce n’est pas lié à un secteur (le pétrole), mais au mode de gestion étatique (En France, faut-il rappeler qu’Elf était nationalisé et que la corruption y battait son plein ?). Plus généralement, Transparency note que la corruption dans les marchés publics constitue un « obstacle majeur au développement » des pays pauvres.

D’une manière encore plus générale, sur 4000 milliards de dollars dépensés par les gouvernements pour les marchés publics, les sommes perdues en pots de vin et autres corruptions lors de la passation de ces marchés représentent au moins 400 milliards de dollars. Conclusion de l’ONG : pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement, il faut avant tout s’attaquer à la corruption dans les marchés publics. De même, les fonds d’aide publique venus des pays riches sont systématiquement détournés.

 

Faire reculer l’Etat, pour faire reculer la corruption

 

Que dire de la situation de la France ? Elle est mal placée par rapport aux pays occidentaux comparables. Or la France est l’un des pays occidentaux les plus interventionnistes, avec un grand nombre de réglementations arbitraires freinant l’activité, qu’il est tentant d’essayer d’assouplir par le jeu de la corruption. La cause majeure tient ici au fait que l’Etat revendique des responsabilités qu’il ne devrait pas exercer, ce qui explique le développement de la corruption. C’est particulièrement vrai dans le domaine de la construction, de l’urbanisme, de l’installation des grandes surfaces dont nous parlons par ailleurs, des marchés publics en général. Plus l’Etat intervient, plus les occasions de corruption se multiplient, en raison des liens entre l’économie étatisée et la politique.

Une comparaison avec la Suède, mieux placée que nous dans le classement, est instructive. Les Suédois ont un taux de prélèvements obligatoires supérieur au nôtre, ce qui donnerait l’impression d’un pays plus étatisé. Mais en revanche le poids des réglementations y est bien moindre. Les Suédois, surtout aujourd’hui, ont moins d’entreprises publiques, moins de réglementations, moins de services publics monopolistiques. Nous avons ici même montré, par exemple, la privatisation quasi-totale de la poste en Suède.

Fondamentalement, la corruption est quasi-inexistante dans le secteur privé. Elle est le fruit du trop plein de l’ordre politique dans l’ordre marchand, quand le premier sort de son rôle et envahit le second. C’est ce qui se passe dans de nombreux pays du tiers monde, où rien ne se fait sans l’Etat et donc sans corruption. C’est ce qui se passe a fortiori dans les économies planifiées. Et c’est hélas se qui se passe en France, où le poids de l’Etat est la principale source de corruption. Pour retrouver l’éthique économique dont nous avons besoin et pour faire reculer la corruption, il faut faire reculer l’Etat.

Le 2 Novembre 2004

 

 


 

 

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